Une heure plus tard.
Par le petit carré de la fenêtre du saloon, j'apercevais le groupe des
buveurs. Je crois que tous étaient ivres, sauf Maria qui paisiblement
tricotait dans son coin.--Des rires, des chants, des cris.--Au milieu du
plancher, le gros Kid dormait, rouge, les bras en croix. Sur le mur, je
vis le clou dont, jadis, avant mon arrivée, Sam Wells s'était servi pour
se pendre. Sur l'autre cloison, le Napoléon d'Epinal, et, juste en face
de moi, la trace encore fraîche du coup de rabot que j'avais donné pour
nettoyer le mur taché par le sang du vieux Smith.
Jimmy était allé se coucher, retombé vite dans sa nuit, après un instant
de lumière.
Je ne me lassais pas de regarder dans le saloon. Où donc se trouvait
Annie?... Passant devant sa cabane, j'avais vu la porte ouverte. Dans la
petite chambre propre, bien tenue, bien rangée, personne... Où donc
pouvait être Annie?
Et toujours, je considérais le saloon, croyant peut-être qu'elle
apparaîtrait au milieu de cette assemblée de gens ivres...
Soudain, Holly jeta les yeux sur moi.
«Viens, Olivier! cria-t-il d'une grande voix saoule. Nous te pardonnons!
viens boire!»
Sans répondre, j'allais m'éloigner quand une main toucha mon épaule.
Je me retournai.
«Vous! oh! que me voulez-vous?...»
Annie me regardait. Son visage penché sur le mien avait une expression
tout à fait égarée; pourtant sa voix fut d'une grande douceur:
«Olivier! me dit-elle, écoute-moi! il faut vraiment que je te parle...»
* * * * *
Mais le reste est une autre histoire... J'ai promis de conter la vie de
Vincent van Horst; je n'ai que faire de conter ma vie à moi, et ma
honte... Certaines choses ne doivent pas être dites... Oublions... Que
Vincent van Horst, mon maître me pardonne... et que Dieu ait pitié de
nous!