M. de Charette vint à Jean-Nu-Pieds:

--C'est pour aujourd'hui, lui dit-il tout bas.

--Pour aujourd'hui? Mais notre tentative ne devait s'exécuter que

demain?

--Demain, ce serait impossible, ainsi que les jours suivants. Si nous ne

risquons pas notre coup de main aujourd'hui, il nous faudra attendre

quinze jours pour le prochain marché. Tandis que, nous mêlant à la foule

des métayers et des paysans qui iront en ville vendre leurs denrées,

nous sommes sûrs de n'éveiller aucun soupçon.

--Oui, vous avez raison.

--Voilà quelle serait mon idée. Nous diviserions nos deux cents hommes

en huit bandes de vingt-cinq, et elles entreraient à Nantes les unes

après les autres.

--Et les armes?

--Nous en avons un dépôt là-bas.

--C'est vrai.

--Nos gars ont tous conservé leurs costumes de paysans, nous de même. Il

n'y a donc aucun danger à craindre de ce côté-là.

--Je suis prêt.

Un coup de sifflet jeté par M. de Charette éveilla les chouans. Il leur

fit part de la résolution qui venait d'être prise. Ces hommes de fer

qui, depuis quatre mois, étaient sur pied, ne donnèrent que des signes

de joie à la pensée qu'ils allaient se battre encore.

Jean-nu-pieds, Vol. 2 chronique de 1832 · 第 45 / 112 题