XXIII

_Fragment de la lettre que m'adresse la Ligue de la Défense nationale

turque._

... Et lorsque nous restions stupéfaits de notre abandon par la France

que nous avions appris à aimer, c'est vous qui nous avez rappelé qu'en

dehors et bien au-dessus de cette nouvelle France financière, âpre et

jouisseuse, aveuglée par les reflets de son fétiche d'or, vit toujours

la France que nous connaissons, la France intellectuelle et morale, la

vraie France, qui pendant de longs siècles a patiemment édifié sa

grandeur sur de nobles traditions de justice, de moralité et de

solidarité humaine.

C'est à elle que les financiers arrogants doivent leur existence; c'est

de son prestige qu'ils abusent lorsque, sous l'empire de la passion

aveuglante du lucre, ils prostituent à de bas appétits le fruit de son

travail, qu'elle leur a confié pour servir à l'extension de son

influence civilisatrice, et au relèvement moral et matériel des peuples

moins heureux.

Cette France, souvent lointaine, distraite par le travail de la pensée,

ignore les abus qui se pratiquent en son nom. C'est vous encore cette

fois qui, à la tête d'un petit groupe d'amis dévoués à la cause du

Droit, avez assumé la tâche de la réveiller.

Lorsqu'elle le sera, qu'elle aura déchiré le voile de mensonges et de

calomnies dont on a couvert ses yeux, et que, dans toute leur hideuse

réalité, elle contemplera les crimes indescriptibles qui se perpètrent

au nom de la Croix, emblème de l'amour fraternel, frémissante

d'indignation et d'horreur, elle n'hésitera pas, nous en sommes sûrs, à

élever la voix, et à faire sentir le poids de sa colère à ceux qui

oublient trop que la devise: «La Force prime le Droit» n'est pas la

sienne, et qu'elle est jalouse de ses hautes traditions... etc...,

etc...

_Signé_: HOULOUSSI,

_Président de la Ligue de la Défense nationale ottomane._

Turquie agonisante · 第 80 / 101 题