_Fragment de la lettre que m'adresse la Ligue de la Défense nationale
turque._
... Et lorsque nous restions stupéfaits de notre abandon par la France
que nous avions appris à aimer, c'est vous qui nous avez rappelé qu'en
dehors et bien au-dessus de cette nouvelle France financière, âpre et
jouisseuse, aveuglée par les reflets de son fétiche d'or, vit toujours
la France que nous connaissons, la France intellectuelle et morale, la
vraie France, qui pendant de longs siècles a patiemment édifié sa
grandeur sur de nobles traditions de justice, de moralité et de
solidarité humaine.
C'est à elle que les financiers arrogants doivent leur existence; c'est
de son prestige qu'ils abusent lorsque, sous l'empire de la passion
aveuglante du lucre, ils prostituent à de bas appétits le fruit de son
travail, qu'elle leur a confié pour servir à l'extension de son
influence civilisatrice, et au relèvement moral et matériel des peuples
moins heureux.
Cette France, souvent lointaine, distraite par le travail de la pensée,
ignore les abus qui se pratiquent en son nom. C'est vous encore cette
fois qui, à la tête d'un petit groupe d'amis dévoués à la cause du
Droit, avez assumé la tâche de la réveiller.
Lorsqu'elle le sera, qu'elle aura déchiré le voile de mensonges et de
calomnies dont on a couvert ses yeux, et que, dans toute leur hideuse
réalité, elle contemplera les crimes indescriptibles qui se perpètrent
au nom de la Croix, emblème de l'amour fraternel, frémissante
d'indignation et d'horreur, elle n'hésitera pas, nous en sommes sûrs, à
élever la voix, et à faire sentir le poids de sa colère à ceux qui
oublient trop que la devise: «La Force prime le Droit» n'est pas la
sienne, et qu'elle est jalouse de ses hautes traditions... etc...,
etc...
_Signé_: HOULOUSSI,
_Président de la Ligue de la Défense nationale ottomane._