Après la colonne de Pompée, je voulus voir les catacombes...
On me conduisit là-bas au Mex, près du palais, détruit aujourd’hui, où
campèrent quelques semaines les soldats de Bonaparte. Dans les
excavations des rochers bordant la mer, nous nous faufilâmes à grand
peine, mon mari, deux officiers du bord, trois guides indigènes et moi
la dernière et la plus intrépide, avide de tout voir et de tout
connaître, avec cette belle curiosité de la jeunesse qui ne se retrouve
plus jamais dans la suite...
Ce n’était pas chose facile de se diriger dans le labyrinthe de couloirs
et de boyaux qu’offrent les ruines des catacombes. Creusées sous le
règne de Dioclétien, ces catacombes partaient du cœur de la ville, pour
aboutir à la mer, où, plusieurs fois par semaine, les chrétiens
s’embarquaient afin d’échapper aux persécutions ou porter plus loin la
bonne parole. On sait que cette période marqua l’apogée des persécutions
en terre égyptienne. Le nouveau culte avait donné naissance à différents
schismes, qui, rapidement, s’étaient propagés en haute et moyenne
Égypte. Les prêtres des anciens dieux luttaient eux-mêmes éperdument,
pour le maintien de la foi et des coutumes ancestrales.
Les patriarches et les préfets, de races souvent distinctes, ne
s’entendaient guère; les Juifs qui maintenaient une partie des richesses
du pays, fomentaient le trouble si facile à faire naître en ces âmes
tourmentées, et les empereurs romains, excédés par les multiples ennuis
que leur donnait cette province de l’Empire, ne demandaient qu’à sévir.
Dioclétien avait déclaré qu’il ferait couler tant de sang à Alexandrie,
que son cheval en aurait jusqu’au poitrail. Il tint parole; durant huit
jours, les ruisseaux de la ville furent rouges...
Les catacombes devinrent donc nécessaires, mais contrairement à celles
de Rome, elles ne furent jamais, pour les adeptes de la religion
nouvelle, qu’un asile temporaire.
Il en reste d’ailleurs bien peu de choses. A part la salle centrale, où
se voit encore au plafond une colombe aux ailes déployées, et où, sans
doute, devaient se célébrer les offices, le reste n’est qu’une suite de
voies très étroites,--presque impraticables, peuplées d’insectes et de
chauve-souris,--dont chaque jour la visite devient plus difficile et
plus dangereuse à mesure que le sable se creuse et que la mer se
rapproche. Pour moi, je sais bien que je ne me risquerais plus
aujourd’hui à suivre cette route périlleuse que nous fîmes alors presque
à quatre pattes, à demi étouffés et plongés à chaque instant dans
l’obscurité, car le vent qui circule assez librement dans ces caves,
éteignait constamment les bougies dont s’étaient munis nos guides.
Aussi, quelle ivresse de revoir la lumière après quatre heures de marche
dans ces ténèbres!... comme l’air semblait plus léger, et le ciel plus
pur...