XXXIII

Dieu a créé le monde d’une matière créée par lui au même temps.

Que vos œuvres vous louent, afin que nous vous aimions; et que nous vous

aimions, afin que vos œuvres vous louent; ces œuvres qui ont, dans le

temps, leur commencement et leur fin, leur lever et leur coucher, leur

progrès et leur déclin, leur beauté et leur défaillance! Elles ont donc

leur régulière vicissitude de matin et de soir, dans une évidence plus

ou moins manifeste. Car elles sont toutes votre création, tirées du

néant, et non pas de vous-même; non pas d’une autre substance,

étrangère, antérieure à vous, mais d’une manière créée par vous, dans le

même temps, et que vous avez fait passer, sans succession, de

l’informité à la forme.

Ainsi, quelle que soit la différence entre la matière du ciel et de la

terre, entre la beauté du ciel et de la terre, c’est du néant que vous

avez créé la matière, c’est de cette matière informe que vous avez formé

la beauté du monde, et néanmoins la création de la forme a suivi celle

de la matière immédiatement et sans intervalle.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 283 / 306 题