Les fruits de la terre figurent les œuvres de piété.
Seigneur mon Dieu, je veux encore dire les pensées que la suite de vos
paroles m’inspire, et je les dirai sans crainte. Je dirai la vérité;
c’est au souffle de votre volonté que je parle. Et je ne puis croire que
jamais la vérité sorte de mes lèvres que par votre inspiration, car vous
êtes la vérité même; tout homme est menteur, et celui dont la parole est
mensonge parle de son propre fonds. Moi, je veux dire la vérité, je ne
parlerai donc que par vous.
Vous nous avez donné pour nourriture toutes les plantes séminales
répandues sur la terre, et tous les fruits qui recèlent en eux-mêmes
leur semence reproductive; et ce n’est pas à nous seuls que vous les
avez donnés, mais encore aux oiseaux du ciel, aux animaux terrestres et
aux serpents. Ils n’ont point été donnés aux poissons et aux géants de
l’abîme.
Je disais donc que ces fruits de la terre sont la figure allégorique des
œuvres de miséricorde qui sortent du sol fertile de l’âme pour soulager
les misères de la vie. Le pieux Onésiphore était une de ces charitables
terres, et vous fîtes miséricorde à toute sa maison, «parce qu’il
assista souvent votre serviteur Paul, et ne rougit jamais de ses
chaînes[329]». Tels étaient les frères qui se couvrirent des mêmes
fruits, en lui apportant de Macédoine de quoi fournir à sa détresse. Et
avec quelle douleur il déplore la stérilité des arbres qui ne lui
donnèrent point le fruit qu’ils lui devaient! «Au temps de ma première
défense, personne ne me vint en aide, mais tous m’abandonnèrent. Dieu
leur pardonne[330]»! Des secours ne sont-ils pas bien dus aux maîtres
spirituels qui initient notre raison à l’intelligence des saints
mystères? Ces secours sont les fruits que la terre doit à l’homme; ils
leur sont dus comme âme vivante qui anime la sève reproductive de leurs
vertus; ils leur sont dus comme oiseaux célestes, dont la voix s’est
répandue aux extrémités de la terre pour l’ensemencer de bénédictions.
[329] II Tim., I, 16.
[330] II Cor., XI, 9; II Tim., IV, 16.