IV

Dieu n’avait pas besoin des créatures.

Que manquerait-il donc à votre félicité essentielle, quand toutes ces

créatures demeureraient encore dans le néant ou l’informité? Aviez-vous

besoin d’elles? et n’est-ce point par la plénitude de votre bonté que

vous les avez faites? Et votre joie était-elle intéressée au complément

de leur être? Loin que vous soyez imparfait, pour attendre votre

perfection de la leur, parfait comme vous l’êtes, leur imperfection vous

déplaît, et vous les perfectionnez pour qu’elles vous plaisent. Car

votre Esprit saint était porté au-dessus des eaux, et non par les eaux,

comme s’il se fût reposé sur elles, lui qui fait reposer en soi ceux en

qui l’on dit «qu’il repose». Mais c’est votre volonté incorruptible,

immuable, se suffisant à elle-même, qui était portée au-dessus de cette

vie, votre création, en qui la vie et la béatitude ne sont pas même

chose, puisqu’elle ne laisse pas de vivre dans la fluctuation de ses

ténèbres, et qu’il lui faut se tourner vers son auteur, puiser de plus

en plus la vie à la source de la vie, voir la lumière dans sa lumière,

et en recevoir perfection, gloire, béatitude.

V

De la trinité.

Et maintenant m’apparaît comme en énigme votre Trinité, mon Dieu. C’est

dans le Principe votre sagesse, ô Père! née de vous, égale et

coéternelle à vous, c’est dans votre Fils que vous avez fait le ciel et

la terre. Et que n’ai-je pas dit sur le ciel du ciel, sur la terre

invisible et sans forme, sur cet abîme de ténèbres, qui serait livré à

toutes les tourmentes de l’informité spirituelle, si son être ne se fût

fixé devant celui qui l’avait fait vivre, et dont la lumière allait

répandre sur cette vie la forme et la beauté, pour qu’elle devînt ce

ciel du ciel, créé depuis, et résidant entre les eaux? Et déjà, par ce

nom de Dieu, j’atteignais le Père, qui a tout fait; par celui de

Principe, le Fils en qui il a tout fait; et, dans ma ferme croyance que

mon Dieu est une Trinité, je consultais les paroles saintes, qui me

répondent: «Et l’Esprit était porté au-dessus des eaux[295]». Et voilà

mon Dieu-Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, seul Dieu, Créateur de

toutes les créatures.

[295] Gen., I, 2.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 256 / 306 题