De l’union avec Dieu.
Mais «votre miséricorde vaut mieux que toutes les vies[271]»; et toute
ma vie à moi n’est qu’une dissipation; et votre main m’a rassemblé en
mon Seigneur, fils de l’homme, médiateur en votre unité et nous,
multitude, multiplicité et division, afin qu’en lui j’appréhende celui
qui m’a appréhendé par lui, et que, ralliant mon être dissipé au caprice
de mes anciens jours, je demeure à la suite de votre unité, sans
souvenance de ce qui n’est plus, sans aspiration inquiète vers ce qui
doit venir et passer, mais recueilli «dans l’immutabilité toujours
présente», et ravi par un attrait sans distraction à la poursuite de
cette «palme que votre voix me promet dans la gloire[272]» où
j’entendrai l’hymne de vos louanges, où je contemplerai votre joie sans
avenir et sans passé.
[271] Ps. XLII, 4.
[272] Philipp., III, 13, 14.
Maintenant «mes années s’écoulent dans les gémissements[273]», et vous,
ô ma consolation, ô Seigneur, ô mon Père, vous êtes éternel. Et moi je
suis devenu la proie des temps, dont l’ordre m’est inconnu; et ils m’ont
partagé; et les tourmentes de la vicissitude déchirent mes pensées, ces
entrailles de mon âme, tant que le jour n’est pas venu où, purifié de
mes souillures et fondu au feu de votre amour, je m’écoulerai tout en
vous.
[273] Ps. XXX, 11.