XXIX

De l’union avec Dieu.

Mais «votre miséricorde vaut mieux que toutes les vies[271]»; et toute

ma vie à moi n’est qu’une dissipation; et votre main m’a rassemblé en

mon Seigneur, fils de l’homme, médiateur en votre unité et nous,

multitude, multiplicité et division, afin qu’en lui j’appréhende celui

qui m’a appréhendé par lui, et que, ralliant mon être dissipé au caprice

de mes anciens jours, je demeure à la suite de votre unité, sans

souvenance de ce qui n’est plus, sans aspiration inquiète vers ce qui

doit venir et passer, mais recueilli «dans l’immutabilité toujours

présente», et ravi par un attrait sans distraction à la poursuite de

cette «palme que votre voix me promet dans la gloire[272]» où

j’entendrai l’hymne de vos louanges, où je contemplerai votre joie sans

avenir et sans passé.

[271] Ps. XLII, 4.

[272] Philipp., III, 13, 14.

Maintenant «mes années s’écoulent dans les gémissements[273]», et vous,

ô ma consolation, ô Seigneur, ô mon Père, vous êtes éternel. Et moi je

suis devenu la proie des temps, dont l’ordre m’est inconnu; et ils m’ont

partagé; et les tourmentes de la vicissitude déchirent mes pensées, ces

entrailles de mon âme, tant que le jour n’est pas venu où, purifié de

mes souillures et fondu au feu de votre amour, je m’écoulerai tout en

vous.

[273] Ps. XXX, 11.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 220 / 306 题