Comment le passé et l’avenir sont présents.
Permettez-moi, Seigneur, de chercher encore. O mon espérance, éloignez
le trouble de mes efforts. S’il est vrai que l’avenir et le passé
soient, où sont-ils? Si cette connaissance est encore au-dessus de moi,
je sais pourtant que, où qu’ils soient, ils n’y sont ni passé ni futur,
mais présent: le futur, comme tel, n’y est pas encore; le passé, comme
tel, n’y est déjà plus. Où donc qu’ils soient, quels qu’ils soient, ils
ne sont qu’en tant que présent. Ainsi dans un récit véritable
d’événements passés, la mémoire ne reproduit pas les réalités qui ne
sont plus, mais les mots nés des images qu’elles ont laissées en passant
par nos sens, comme les traces de leurs pas. Mon enfance évanouie est
dans le passé, évanoui comme elle. Mais quand j’y pense, quand j’en
parle, je revois son image dans le temps présent, parce qu’elle est
encore dans ma mémoire.
Est-ce ainsi que se prédit l’avenir? Est-ce en présence d’images,
messagères de ce qui n’es pas encore? Mon Dieu, je confesse ici mon
ignorance. Mais, ce dont je suis certain, c’est que d’ordinaire nous
préméditons nos actes futurs; que cette préméditation est présente,
tandis que l’acte prémédité, en tant que futur, n’est pas encore. Notre
préméditation commençant à se réaliser l’acte sera, non plus à venir,
mais présent.
Quel que soit donc ce secret pressentiment de l’avenir, on ne saurait
voir que ce qui est. Or, ce qui est déjà, n’est point à venir, mais
présent. Ainsi, voir l’avenir, ce n’est pas voir ces réalités futures
qui ne sont pas encore, mais peut-être les causes et les symptômes qui
existent déjà, prémices de l’avenir déjà présentes aux regards de la
pensée qui le conçoit; cette conception est déjà dans l’esprit, et elle
est présente à la vision prophétique.
Une preuve éloquente entre tant de témoignages: je vois l’aurore et je
prédis le lever du soleil. Ce que je vois est présent, ce que je prédis
est futur; non pas le soleil qui est déjà, mais son lever qui n’est pas
encore; et si mon esprit ne se l’imaginait, comme au moment où j’en
parle, cette prédiction serait impossible. Or, cette aurore, que je vois
dans le ciel, n’est pas le lever du soleil, quoiqu’elle le devance, non
plus que cette image que je vois dans mon esprit, mais leur présence
coïncidente me fait augurer le phénomène futur. Ainsi, l’avenir n’est
pas encore; donc il n’est pas, donc il ne peut se voir; mais il se peut
prédire d’après des circonstances déjà présentes et visibles.