XXXII

Plaisir de l’odorat.

Les odeurs me laissent assez indifférent à leur charme. Absentes, je ne

les recherche pas, je ne répudie pas leur présence; je suis disposé à

m’en passer. Du moins me semble-t-il ainsi, et je me trompe peut-être.

Car, ne faut-il pas gémir sur cette nuit profonde qui, nous voilant les

ressorts de notre être, interdit à l’esprit, lorsqu’il se consulte

lui-même sur sa puissance, toute créance facile à ses réponses, parce

qu’il ignore d’ordinaire ce qu’il recèle en lui, si l’expérience ne le

lui découvre? Et nul homme ne doit être en sécurité dans cette vie, qui

n’est, tout entière, qu’une tentation. De mauvais devenu meilleur, rien

ne garantit que de meilleur il ne devienne pire. Il n’est qu’un espoir,

qu’une confiance, qu’une promesse sûre: votre miséricorde.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 182 / 306 题