XXVIII

Misère de cette vie.

Quand je vous serai uni de tout moi-même, plus de douleur alors, plus de

travail; ma vie sera toute vivante étant toute pleine de vous. L’âme que

vous remplissez devient légère; trop vide encore de vous, je pèse sur

moi.

Mes joies déplorables combattent mes tristesses salutaires, et de quel

côté demeure la victoire? je l’ignore. Hélas! Seigneur, ayez pitié de

moi. Mes tristesses coupables sont aux prises avec mes saintes joies; et

de quel côté demeure la victoire? je l’ignore encore. Hélas! Seigneur,

ayez pitié de moi! Pitié! Seigneur; vous voyez, je ne vous dérobe point

mes plaies. O médecin! je suis malade; ô miséricorde! vous voyez ma

misère! Ah! «N’est-ce pas une tentation continuelle que la vie de

l’homme sur la terre?[229]»

[229] Job., VII, 1.

Qui veut les afflictions et les épreuves? Vous ordonnez de les souffrir,

et non de les aimer. On n’aime point ce que l’on souffre, quoiqu’on en

aime la souffrance. On se réjouit de souffrir, mais on choisirait de

n’avoir pas tel sujet de joie. Dans le malheur, je désire la prospérité;

heureux, je crains le malheur. Entre ces deux écueils, est-il pour la

vie humaine un abri contre la tentation? Malheur, oui, malheur aux

prospérités du siècle livrées à la crainte de l’adversité et aux

séductions de la joie! Malheur, trois fois malheur aux adversités du

siècle, tempêtes où la patience fait naufrage! N’est-ce pas une

tentation continuelle que la vie de l’homme sur la terre?

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 178 / 306 题