Misère de cette vie.
Quand je vous serai uni de tout moi-même, plus de douleur alors, plus de
travail; ma vie sera toute vivante étant toute pleine de vous. L’âme que
vous remplissez devient légère; trop vide encore de vous, je pèse sur
moi.
Mes joies déplorables combattent mes tristesses salutaires, et de quel
côté demeure la victoire? je l’ignore. Hélas! Seigneur, ayez pitié de
moi. Mes tristesses coupables sont aux prises avec mes saintes joies; et
de quel côté demeure la victoire? je l’ignore encore. Hélas! Seigneur,
ayez pitié de moi! Pitié! Seigneur; vous voyez, je ne vous dérobe point
mes plaies. O médecin! je suis malade; ô miséricorde! vous voyez ma
misère! Ah! «N’est-ce pas une tentation continuelle que la vie de
l’homme sur la terre?[229]»
[229] Job., VII, 1.
Qui veut les afflictions et les épreuves? Vous ordonnez de les souffrir,
et non de les aimer. On n’aime point ce que l’on souffre, quoiqu’on en
aime la souffrance. On se réjouit de souffrir, mais on choisirait de
n’avoir pas tel sujet de joie. Dans le malheur, je désire la prospérité;
heureux, je crains le malheur. Entre ces deux écueils, est-il pour la
vie humaine un abri contre la tentation? Malheur, oui, malheur aux
prospérités du siècle livrées à la crainte de l’adversité et aux
séductions de la joie! Malheur, trois fois malheur aux adversités du
siècle, tempêtes où la patience fait naufrage! N’est-ce pas une
tentation continuelle que la vie de l’homme sur la terre?