Dieu ne peut être connu par les sens.
Qu’aimai-je donc, en aimant mon Dieu? Quel est celui qui domine de si
haut le faîte de mon âme? Mon âme elle-même me servira d’échelon pour
monter à lui. Je franchirai cette force de vitalité qui me lie à mon
corps et en remplit les organes de sa sève. Elle ne peut me faire
trouver Dieu; autrement elle le ferait trouver «au cheval, au mulet qui
«n’ont pas la raison[226]», et dont les corps vivent du même principe.
[226] Ps. XXXI, 9.
Il est une autre puissance qui non-seulement donne la vie, mais la
sensibilité à cette chair que Dieu m’a faite, défend à l’œil d’entendre,
à l’oreille de voir, ordonne à l’un de se tenir prêt pour que je voie, à
l’autre pour que j’entende, et maintient tous les sens chacun à son
poste et dans sa fonction, pour qu’ils prêtent la diversité de leur
ministère à l’active unité du moi, de l’homme-esprit. Mais je franchirai
encore cette puissance qui m’est commune avec le cheval et le mulet,
également doués de la sensibilité corporelle.