VII

Dieu ne peut être connu par les sens.

Qu’aimai-je donc, en aimant mon Dieu? Quel est celui qui domine de si

haut le faîte de mon âme? Mon âme elle-même me servira d’échelon pour

monter à lui. Je franchirai cette force de vitalité qui me lie à mon

corps et en remplit les organes de sa sève. Elle ne peut me faire

trouver Dieu; autrement elle le ferait trouver «au cheval, au mulet qui

«n’ont pas la raison[226]», et dont les corps vivent du même principe.

[226] Ps. XXXI, 9.

Il est une autre puissance qui non-seulement donne la vie, mais la

sensibilité à cette chair que Dieu m’a faite, défend à l’œil d’entendre,

à l’oreille de voir, ordonne à l’un de se tenir prêt pour que je voie, à

l’autre pour que j’entende, et maintient tous les sens chacun à son

poste et dans sa fonction, pour qu’ils prêtent la diversité de leur

ministère à l’active unité du moi, de l’homme-esprit. Mais je franchirai

encore cette puissance qui m’est commune avec le cheval et le mulet,

également doués de la sensibilité corporelle.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 158 / 306 题