II

Confession du cœur.

Et quand même je vous fermerais mon cœur, que pourrais-je vous dérober?

Vos yeux, Seigneur, ne voient-ils pas à nu l’abîme de la conscience

humaine? C’est vous que je cacherais à moi-même, sans me cacher à vous.

Et maintenant que mes gémissements témoignent que je me suis en dégoût,

voilà qu’aimable et glorieux vous attirez mon cœur et mes désirs, afin

que je rougisse de moi, que je me rejette et vous élise; afin que je ne

trouve grâce devant moi-même, comme devant vous, que grâce à vous.

Quel que je sois, vous me connaissez donc toujours, Seigneur; et j’ai

dit cependant quel fruit je recueillais de ma confession. Je vous la

fais, non de la bouche et de la voix, mais en paroles de l’âme, en cris

de la pensée qu’entend votre oreille. En effet, suis-je mauvais, c’est

me confesser à vous que de me déplaire à moi-même; suis-je meilleur,

c’est me confesser à vous que de ne pas m’attribuer les bons élans de

mon âme. Et il est ainsi, mon Dieu! «celui que vous bénissez comme

juste, vous l’avez d’abord justifié comme pécheur[214]».

[214] Ps. V, 15; Rom., IV, 5.

Ma confession en votre présence, Seigneur, est donc explicite et tacite:

silence des lèvres, cris d’amour! Que dis-je de bon aux hommes que vous

n’ayez d’abord entendu au fond de moi-même, et que pouvez-vous entendre

de tel en moi-même que vous ne m’ayez dit d’abord?

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 154 / 306 题