Il trouve dans l’Écriture l’humilité et la vraie voie du salut.
Je dévorai donc avidement ces vénérables dictées de votre Esprit, et
surtout l’apôtre Paul; et en un moment s’évanouirent ces difficultés, où
il m’avait paru quelquefois en contradiction avec lui-même, et son texte
en désaccord avec les témoignages de la loi et des prophètes. Et je
saisis l’unité de physionomie de ces chastes éloquences, et je connus
cette joie où l’on tremble.
Et j’appris aussitôt que tout ce que j’avais lu de vrai dans ces autres
livres s’enseignait ici avec l’idée toujours présente de votre grâce,
afin que celui qui voit ne se glorifie pas, comme s’il n’eût pas reçu,
non seulement ce qu’il voit, mais aussi de voir». «Qu’a-t-il, en effet,
qu’il n’ait reçu[145]»? afin que votre parole lui donne non seulement
les yeux pour voir, mais aussi la force pour embrasser votre
immutabilité; afin que le voyageur, encore trop éloigné pour vous
découvrir, prenne la route qui mène à vous, vous voie et vous embrasse.
[145] I Cor., IV, 7.
Que si «l’homme se plaît dans la loi de Dieu, selon l’homme intérieur,
que fera-t-il de cette autre loi, incarnée dans ses membres, qui combat
contre la loi de son esprit, et le traîne captif sous cette loi de péché
qui lui est incorporée[146]»? Car «vous êtes juste, Seigneur; ce sont
nos péchés, nos iniquités, nos offenses, qui ont appesanti sur nous
votre main[147]». Et votre justice nous a livrés à l’antique pécheur, au
prince de la mort, qui a persuadé à notre volonté l’imitation de sa
volonté déchue de votre vérité.
[146] Rom., VII, 22.
[147] Dan., III, 27, 32.
Que fera cet homme de misère? «Qui le délivrera du corps de cette mort,
sinon votre grâce par Jésus-Christ Notre-Seigneur[148]», «que vous avez
engendré coéternel à vous-même, et créé au commencement de vos
voies[149]», «en qui le prince du monde n’a rien trouvé digne de
mort[150]»; «victime innocente, dont le sang a effacé l’arrêt de notre
condamnation[151]»?
[148] Rom., VII, 23, 25.
[149] Prov., VIII, 22.
[150] Joan., XIV, 30.
[151] Coloss., II, 14.
Voilà où ces livres sont muets. Ces pages profanes nous offrent-elles
cet air de piété, ces larmes de pénitence, ce sacrifice que vous aimez
des tribulations spirituelles d’un cœur contrit et humilié, et le salut
de votre peuple, et votre cité promise, et le gage de l’Esprit-Saint, et
le calice de notre rançon?
On n’y entend point ces cantiques: «Mon âme ne sera-t-elle pas soumise à
Dieu? Dieu dont elle attend son salut. Car il est mon Dieu, mon Sauveur,
mon Tuteur, et je ne serai plus ébranlé[152]». Personne n’y entend cet
appel: «Venez à moi, vous tous qui êtes affligés[153]». Ils dédaignent,
ces superbes, d’apprendre de lui qu’il est doux et humble de cœur. C’est
là ce que vous avez caché aux sages, aux savants, et révélé aux humbles.
[152] Ps. LXI, 2, 3.
[153] Matth., XI, 28, 29, 23.
Oui, autre chose est d’apercevoir du haut d’un roc sauvage la patrie de
la paix, sans trouver le chemin qui y mène, et de s’épuiser en vains
efforts, par des sentiers perdus, pour échapper aux embûches de ces
fugitifs, déserteurs de Dieu, guerroyant contre l’homme sous la conduite
de leur prince, tout ensemble lion et dragon; autre chose d’entrer en
possession de la véritable route, où la vigilance du souverain empereur
prévient le brigandage des transfuges de la milice céleste: car cette
voie, ils l’évitent comme un supplice. Et ma substance s’assimilait
merveilleusement ces vérités. A la lecture du «moindre» de vos apôtres,
«je considérais vos œuvres, et j’admirais».