XXI

Il trouve dans l’Écriture l’humilité et la vraie voie du salut.

Je dévorai donc avidement ces vénérables dictées de votre Esprit, et

surtout l’apôtre Paul; et en un moment s’évanouirent ces difficultés, où

il m’avait paru quelquefois en contradiction avec lui-même, et son texte

en désaccord avec les témoignages de la loi et des prophètes. Et je

saisis l’unité de physionomie de ces chastes éloquences, et je connus

cette joie où l’on tremble.

Et j’appris aussitôt que tout ce que j’avais lu de vrai dans ces autres

livres s’enseignait ici avec l’idée toujours présente de votre grâce,

afin que celui qui voit ne se glorifie pas, comme s’il n’eût pas reçu,

non seulement ce qu’il voit, mais aussi de voir». «Qu’a-t-il, en effet,

qu’il n’ait reçu[145]»? afin que votre parole lui donne non seulement

les yeux pour voir, mais aussi la force pour embrasser votre

immutabilité; afin que le voyageur, encore trop éloigné pour vous

découvrir, prenne la route qui mène à vous, vous voie et vous embrasse.

[145] I Cor., IV, 7.

Que si «l’homme se plaît dans la loi de Dieu, selon l’homme intérieur,

que fera-t-il de cette autre loi, incarnée dans ses membres, qui combat

contre la loi de son esprit, et le traîne captif sous cette loi de péché

qui lui est incorporée[146]»? Car «vous êtes juste, Seigneur; ce sont

nos péchés, nos iniquités, nos offenses, qui ont appesanti sur nous

votre main[147]». Et votre justice nous a livrés à l’antique pécheur, au

prince de la mort, qui a persuadé à notre volonté l’imitation de sa

volonté déchue de votre vérité.

[146] Rom., VII, 22.

[147] Dan., III, 27, 32.

Que fera cet homme de misère? «Qui le délivrera du corps de cette mort,

sinon votre grâce par Jésus-Christ Notre-Seigneur[148]», «que vous avez

engendré coéternel à vous-même, et créé au commencement de vos

voies[149]», «en qui le prince du monde n’a rien trouvé digne de

mort[150]»; «victime innocente, dont le sang a effacé l’arrêt de notre

condamnation[151]»?

[148] Rom., VII, 23, 25.

[149] Prov., VIII, 22.

[150] Joan., XIV, 30.

[151] Coloss., II, 14.

Voilà où ces livres sont muets. Ces pages profanes nous offrent-elles

cet air de piété, ces larmes de pénitence, ce sacrifice que vous aimez

des tribulations spirituelles d’un cœur contrit et humilié, et le salut

de votre peuple, et votre cité promise, et le gage de l’Esprit-Saint, et

le calice de notre rançon?

On n’y entend point ces cantiques: «Mon âme ne sera-t-elle pas soumise à

Dieu? Dieu dont elle attend son salut. Car il est mon Dieu, mon Sauveur,

mon Tuteur, et je ne serai plus ébranlé[152]». Personne n’y entend cet

appel: «Venez à moi, vous tous qui êtes affligés[153]». Ils dédaignent,

ces superbes, d’apprendre de lui qu’il est doux et humble de cœur. C’est

là ce que vous avez caché aux sages, aux savants, et révélé aux humbles.

[152] Ps. LXI, 2, 3.

[153] Matth., XI, 28, 29, 23.

Oui, autre chose est d’apercevoir du haut d’un roc sauvage la patrie de

la paix, sans trouver le chemin qui y mène, et de s’épuiser en vains

efforts, par des sentiers perdus, pour échapper aux embûches de ces

fugitifs, déserteurs de Dieu, guerroyant contre l’homme sous la conduite

de leur prince, tout ensemble lion et dragon; autre chose d’entrer en

possession de la véritable route, où la vigilance du souverain empereur

prévient le brigandage des transfuges de la milice céleste: car cette

voie, ils l’évitent comme un supplice. Et ma substance s’assimilait

merveilleusement ces vérités. A la lecture du «moindre» de vos apôtres,

«je considérais vos œuvres, et j’admirais».

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 131 / 306 题