XIV

Il s’éveille enfin à la vraie connaissance de Dieu.

Il n’est pas en santé d’esprit celui qui trouve à reprendre dans votre

création; et mon jugement n’était pas sain quand je m’élevais contre

plusieurs de vos ouvrages. Et comme mon âme n’était pas assez hardie

pour trouver à reprendre mon Dieu, elle refusait de reconnaître pour

votre œuvre tout ce qui lui déplaisait. Et elle était tombée dans la

vaine opinion des deux substances, et elle ne pouvait s’y reposer, et

elle parlait un langage d’emprunt.

Et au sortir de cette erreur, elle s’était fait un Dieu répandu dans un

espace infini, et ce Dieu, elle le prenait pour vous, et elle l’avait

placé dans son cœur, et elle s’était faite de nouveau le temple de son

idole, abominable à vos yeux. Mais lorsque vous eûtes, à mon insu,

attiré sur vous ma tête appesantie, «et clos mes yeux pour qu’ils ne

vissent plus la vanité[139]», je me reposai un peu de moi-même, et ma

démence s’assoupit. Et je me réveillai en vous, et je vous vis infini,

mais d’un autre infini, et cette vue ne devait rien à l’œil charnel.

[139] Ps. CXVIII, 37.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 124 / 306 题