Toute substance est bonne d’origine.
Et il me parut évident que ce n’est qu’en tant que bonnes que les choses
se corrompent. Que si elles étaient de souveraine ou de nulle bonté,
elles ne pourraient se corrompre. Souverainement bonnes, elles seraient
incorruptibles; nullement bonnes, que laisseraient-elles à corrompre?
Car la corruption nuit, et ne saurait nuire sans diminuer le bien. Donc,
ou la corruption n’est point nuisible, ce qui ne se peut; ou, ce qui est
indubitable, tout ce qui se corrompt est privé d’un bien. Être privé de
tout bien, c’est le néant. Être, et ne plus pouvoir se corrompre, serait
un état meilleur; la permanence dans l’incorruptibilité. Or, quoi de
plus extravagant que de prétendre que la perte de tout bien améliore?
Donc, la privation de tout bien anéantit. Donc, ce qui est, tant qu’il
est, est bon. Donc, tout ce qui est est bon. Et ce mal, dont je
cherchais partout l’origine, n’est pas une substance; s’il était
substance, il serait bon. Car, ou il serait incorruptible, et sa bonté
serait grande, ou il serait corruptible, ce qui ne se peut sans bonté.
Ainsi je vis clairement que vous n’aviez rien fait que de bon, et qu’il
n’est aucune substance que vous n’ayez faite. Et quoique vous n’ayez pas
doué toutes choses d’une égale bonté, elles sont pourtant, parce
qu’elles sont, d’une bonté particulière; et toutes ensemble sont très
bonnes, parce que «vous avez fait», mon Dieu, «tout très bon[136]».
[136] Gen., I, 31.