II

Elle se rend à la défense de Saint Ambroise.

Ma mère ayant apporté aux tombeaux des martyrs, selon l’usage d’Afrique,

du pain, du vin et des gâteaux de riz, le portier de l’église lui opposa

la défense de l’évêque; elle reçut cet ordre avec une pieuse soumission,

et je l’admirai si prompte à condamner sa coutume plutôt qu’à discuter

la défense. L’intempérance ne livrait aucun assaut à son esprit, et

l’amour du vin ne l’excitait pas à la haine de la vérité, comme tant de

personnes, hommes et femmes, pour qui les chansons de sobriété sont le

verre d’eau qui donne des nausées à l’ivrogne. Lorsqu’elle apportait sa

corbeille remplie des offrandes funèbres, elle en goûtait et distribuait

le reste, ne se réservant que quelques gouttes de vin, autant que

l’honneur des saintes mémoires en pouvait demander à son extrême

sobriété. Si le même jour célébrait plus d’un pieux anniversaire, elle

portait sur tous les monuments un seul petit flacon de vin, trempé et

tiède, qu’elle partageait avec les siens en petites libations; car elle

satisfaisait à sa piété et non à son plaisir.

Sitôt qu’elle eut appris que le saint évêque, le grand prédicateur de

votre parole, avait défendu cette pratique même aux plus sobres

observateurs, pour refuser aux ivrognes toute occasion de se gorger

d’intempérance dans ces nouveaux banquets funèbres, trop semblables à la

superstition païenne, elle y renonça de grand cœur, et au lieu d’une

corbeille garnie de terrestres offrandes, elle sut apporter aux tombeaux

des martyrs une âme pleine des vœux les plus épurés, se réservant de

donner aux pauvres selon son pouvoir, il lui suffit dès lors de

participer, à la communion du corps du Seigneur, dont les membres,

imitateurs de sa croix, ont reçu la couronne du martyre.

Il me semble toutefois, Seigneur mon Dieu, et tel est le sentiment de

mon cœur en votre présence, qu’il n’eût pas été facile d’obtenir de ma

mère le retranchement de cette pratique, si la défense en eût été portée

par un autre moins aimé d’elle qu’Ambroise, qu’elle chérissait comme

l’instrument de mon salut, et lui l’aimait pour sa vie exemplaire, son

assiduité à l’église, sa ferveur spirituelle dans l’exercice des bonnes

œuvres: il ne pouvait se taire de ses louanges en me voyant, et me

félicitait d’avoir une telle mère. Il ne savait pas quel fils elle avait

en moi, qui doutais de toute vérité, et ne croyais plus qu’on pût

trouver le chemin de la vie.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 100 / 306 题