Neuf années d’erreur.--Sa passion pour l’astrologie.--Mort d’un ami;
violence de sa douleur.--Ses livres de la beauté et de la
convenance.--Force et vivacité de son intelligence.
I
Neuf années d’erreur.
Pendant ces neuf années de mon âge, de dix-neuf à vingt-huit, je
demeurai dans cet esclavage, séduit et séducteur, au gré de mes
instincts déréglés; je trompais en public par les sciences dites
libérales; en secret, par le mensonge d’une fausse religion: ici, jouet
de l’orgueil, là de la superstition, partout de la vanité. Épris du vide
de la gloire populaire, j’en étais venu à jalouser les applaudissements
du théâtre, les luttes de poésie, la poursuite des couronnes de foin,
les bagatelles des spectacles, toutes les intempérances du libertinage.
Et demandant d’autre part d’être purifié de ces souillures, j’apportais
des aliments à ces saints, à ces élus de Manès, pour que l’alambic de
leur estomac en exprimât à mon intention des anges et des dieux
libérateurs. Telle était l’extravagance des opinions et des pratiques
que je professais avec mes amis, par moi et comme moi séduits. Qu’ils me
raillent ces superbes, qui n’ont pas encore le bonheur d’être humiliés
et écrasés par vous, mon Dieu, moi je confesse mes ignominies pour votre
gloire, permettez-moi, je vous en conjure, de promener aujourd’hui mes
souvenirs par tous les détours de mes erreurs passées, et de vous
immoler une victime de joie. Car, sans vous, que suis-je à moi-même,
qu’un guide malheureux penché sur les précipices? Et que suis-je, dans
la santé de l’âme, qu’un nourrisson allaité de votre lait, et qui se
repaît de vous, incorruptible nourriture? Et qu’est-ce que l’homme,
quelque homme que ce soit, puisqu’il est homme? Qu’ils nous raillent
donc, les forts et les puissants; mais confessons toujours à vous nos
infirmités et notre indigence.