Amours impures.--Il tombe, à dix-neuf ans, dans l’hérésie des
Manichéens.--Prières et larmes de sa mère.--Paroles prophétiques d’un
évêque.
I
Amours impures.
Je vins à Carthage, où bientôt j’entendis frémir autour de moi le
brasier des honteuses amours. Je n’aimais pas encore, et j’aimais à
aimer; et par une indigence secrète, je m’en voulais de n’être pas
encore assez indigent. Je cherchais un objet à mon amour, aimant à
aimer; et je haïssais ma sécurité, ma voie exempte de pièges. Mon cœur
défaillait, vide de la nourriture intérieure, de vous-même, mon Dieu; et
ce n’était pas de cette faim-là que je me sentais affamé; je n’avais pas
l’appétit des aliments incorruptibles, non que j’en fusse rassasié; je
n’étais dégoûté que par inanition. Et mon âme était mal portante, et
couverte de plaies, et se jetant misérablement hors d’elle-même, elle
mendiait ces vifs attouchements qui devaient envenimer son ulcère. C’est
la vie que l’on aime dans les créatures: aimer, être aimé m’était encore
plus doux, quand la personne aimante se donnait toute à moi.
Je souillais donc la source de l’amitié des ordures de la concupiscence;
je couvrais sa sérénité du nuage infernal de la débauche. Hideux et
infâme, dans la plénitude de ma vanité, je prétendais encore à
l’urbanité élégante. Et je tombai dans l’amour où je désirais être pris.
O mon Dieu, ô ma miséricorde, de quelle amertume votre bonté a
assaisonné ce miel! Je fus aimé! j’en vins aux liens secrets de la
jouissance, et joyeux, je m’enlaçais dans un réseau d’angoisses, pour
être bientôt livré aux verges de fer brûlantes de la jalousie, des
soupçons, des craintes, des colères et des querelles.