NOTE DE LA CHAPITRE 2.

Dans _les Mémoires_ écrits en français, de Jacques Casanova, on peut

lire à la page 179 du 2e volume de l'édition Rozez, de Bruxelles:

«Les dieux qu'on adore ici, quoiqu'on ne leur élève pas des autels,

sont la nouveauté et la mode. Qu'un homme se mette à courir et

tout le monde lui court après. La foule ne s'arrêtera qu'autant

qu'on découvrira qu'il est fou; mais c'est la mer à boire que cette

découverte, car nous avons une foule de fous de naissance qui passent

encore pour des sages.

Le tabac de la Civette n'est qu'un faible exemple de la foule que la

moindre circonstance peut attirer en ira endroit. Le roi étant un jour

à la chasse se trouva au port de Neuilly et eut envie d'un verre de

ratafia. Il s'arrête à la porte du cabaret et par le plus heureux des

hasards, il se trouve que le pauvre cabaretier en avait une bouteille.

Le roi, après en avoir pris un petit verre, s'avisa d'en demander

un second, en disant qu'il n'avait de sa vie bu de ratafia aussi

délicieux. Il n'en fallait pas tant pour que le ratafia du bonhomme

de Neuilly fût réputé pour être le meilleur de l'Europe. Le roi

l'avait dit. Aussi les plus brillantes compagnies se succédèrent sans

interruption chez le pauvre cabaretier qui est aujourd'hui un homme

fort riche et qui a fait bâtir à l'endroit même une superbe maison, où

l'on voit l'inscription suivante: _Ex liquidis solidum_, inscription

assez comique dont un des quarante immortels fit les frais. Quel est le

dieu que ce cabaretier doit adorer? La sottise, la frivolité et l'envie

de rire.»

Cette «renommée» a continué sans interruption, évidemment; je ne sais

si elle existe encore en 1903, mais en 1848, quand j'étais étudiant, de

même qu'on allait _piquer une prune_ chez la mère Moreau, de même on

allait prendre le ratafia à une vieille renommée dont je ne soupçonnais

pas alors l'origine, mais qui était _dans l'avenue de Neuilly à gauche,

assez près du pont._

Dr A. GUÈDE.

Le collier des jours: Le second rang du collier · 第 29 / 31 题