Samedi.--Écrit dans la loge de votre concierge.
[Footnote 1: Citée par le vicomte Spoelberch de Lovenjoul dans son
_Histoire des Œuvres de Théophile Gautier._]
Un traité avait été signé, quelque temps avant, avec l'éditeur Brandus.
Cependant l'œuvre ne fut pas réalisée. Théophile Gautier écrivit
seulement le prologue en vers, qui est publié dans son _Théâtre,_ sous
ce titre: _Prologue de Struensée_; je crois qu'il n'a jamais été récité
dans les concerts, où la partition fut exécutée sans le drame de Michel
Beer.
Vers la même époque, Théophile Gautier avait composé pour Meyerbeer un
oratorio intitulé _Josué._ Mais le musicien égara le manuscrit et en
fut très désolé. Il redemanda avec insistance à mon père une nouvelle
copie; mais, comme celui-ci n'en avait pas, sauf quelques vers qui
semblent faire partie de cette œuvre, le poème fut définitivement
perdu.
La première fois que je vis Meyerbeer, ce fut dans son escalier, qu'il
descendait, tandis que nous le montions avec ma mère, qui nous présenta
à lui. Nous étions encore très jeunes, ma sœur et moi, mais grandes
pour notre âge, et il s'écria avec surprise:
--Pas plus petites que ça?...
Meyerbeer aimait beaucoup le contralto vibrant et velouté de ma mère;
il composa pour elle, et lui dédia, une romance dramatique, mêlée de
récitation, sur des paroles de Méry, _la Fiancée du vieux Château_,--le
château de Bade,--et c'est à Bade que ma mère chanta la mélodie encore
inédite.
La dernière fois que je vis le maître, il m'apparut dans une situation
assez bizarre: debout, sur un banc de bois, au milieu du Champ-de-Mars,
où avait lieu l'ascension du ballon de Nadar: _le Géant._
Meyerbeer, qui était de petite taille, ne voyait rien, sans doute,
perdu dans la foule, et s'était hissé sur ce banc, apporté là par un
industriel de circonstance. Serré dans un petit paletot marron, le nez
chargé de lorgnons superposés, tenant des deux mains son parapluie, il
regardait en l'air l'énorme ballon, et paraissait complètement absorbé
par le spectacle et enchanté. Il avait vraiment, dans cette posture,
une silhouette inoubliable, et nous le contemplâmes longtemps, d'en
bas, sans rien dire. Mais sa position n'était pas sans danger: toujours
sans nous faire connaître, nous nous assîmes chacune à un bout du
banc, afin de le caler et de l'empêcher de faire la bascule.
Rossini, lui aussi, voulut collaborer avec Théophile Gautier. Le
fameux chanteur Paolo Barroilhet s'était chargé de la négociation.
Il s'agissait d'une «chanson militaire» que Théophile Gautier devait
refaire en y ajoutant un couplet. Les paroles, sur lesquelles le
compositeur avait déjà écrit la musique, étaient stupides au delà de
toute expression: