NICOLE HARDIBERT À OGIER SÉRÉNIS.

«Georget, mon cher Georget,

«Aujourd’hui encore je vous appelle de ce nom... Aujourd’hui encore...

Et puis... jamais plus!... Oui, vous lisez bien... C’est un adieu que

je vous envoie.

«J’espère, je crois, que vous l’accepterez sans révolte, avec le

sentiment qu’il est, cette fois, irrévocable. Vous y verrez l’arrêt

même de notre destin, non plus une incertaine alternative de nos

vouloirs.

«Interrogez-vous sincèrement, Georget. Sans doute vous trouverez en

vous-même l’intuition de ce qui me fut révélé il y a quelques heures,

de ce que vous n’avez pu manquer d’entrevoir depuis nos résolutions

insensées. Si vous vous défendez contre le regret d’avoir pris de

telles résolutions, si vous craignez de l’éprouver plus tard, sachez

que ce n’est pas moi, hélas! qui pourrais vous en préserver. J’en

aurais trop grand’peur... Je vous le suggérerais rien qu’à trembler

toujours de le lire dans vos yeux.

«Ah! Georget... L’amour m’est apparu... Et il n’est pas entre nous. Il

est dans le jeune cœur intact, innocemment passionné, de celle qui

sera votre femme.

«Moi, je me suis trompée... Je ne vous aime pas comme cette enfant,

puisque je ne sais pas dire, comme elle: «Je suis sûre de le rendre

heureux!» Et puisque j’ai rencontré en moi-même quelque chose de plus

irrésistible que mon amour. Cette puissance à laquelle je cède, n’est

pas le devoir...--Hélas! je l’oubliais.--Ce n’est pas la crainte de

l’au delà... Mon salut--(ce blasphème me soit pardonné!)--me semblait

moins précieux que le paradis de notre chimère. C’est un sentiment

contre lequel s’anéantissent tous les assauts désespérés de mon désir.

Appelons-le la pitié... à défaut d’un nom plus auguste. Une invincible

pitié pour Elle... qui vous a aimé aussi longtemps que moi, mieux que

moi--oui, mieux que moi!--et dont la jeune vie ne doit pas aboutir au

gouffre de notre crime. Et aussi une tendre pitié pour Vous, que je

priverais, par mon égoïsme, d’un bonheur éblouissant. Croyez-moi... Je

l’ai bien vu... J’en ai les yeux pleins de lumière. Ouvrez les vôtres,

et vous me remercierez quand vous reconnaîtrez ce que j’ai découvert.

«Georget, je suis créée pour les défaites, et non pour les victoires,

de l’amour. La Destinée m’en avertit de nouveau. Je m’incline. Ne me

demandez pas si j’en souffre. Ne me plaignez pas. Ne me condamnez

pas... Mais seulement, je vous en supplie, soyez heureux! Vous me le

devez. Ce ne serait vraiment pas juste que j’aie tout manqué dans ma

vie.

«NICOLE.»

Le Cœur chemine · 第 27 / 29 题