rare, quand on les examine de tout près, de découvrir au milieu des laines
éclatantes, une petite mèche de cheveux. C'est la mèche de cheveux, que se
coupe la femme turque, en son travail à la maison, le jour tombant, pour à
défaut d'autre marque, arrêter et se remémorer la tâche de sa journée.
* * * * *
_Mercredi 18 juillet_.--Il y a longtemps que je ne me suis mêlé, dans un
lieu public, à l'humanité parisienne. Ce soir, au Cirque, je suis frappé
de la physionomie de la jeunesse française, de son aspect concentré,
triste, rogue. Il n'y a plus sur les jeunes figures, cet éveil, cet air un
peu fou, un peu casseur, mais qui se faisait pardonner par l'inoffensivité,
et comme par le restant d'une joyeuse et remuante enfance.
* * * * *
_Mardi 24 juillet_.--Un voisin de mon dîner de Brébant, un universitaire
dont je ne peux jamais me rappeler le nom, me disait qu'en Nubie, on
pratique, une opération, retranchant à la femme, les organes de la
jouissance, et que grâce au bienfait de cette opération, une prostituée
pouvait se livrer à son métier, sans aucune fatigue, et conservait ainsi
très longtemps, dans leur fraîcheur, les charmes de sa jeunesse.
* * * * *
_Vendredi 27 juillet_.--Ce jour, j'étais convoqué à la mairie du huitième
arrondissement; pour le mariage de Mlle Madeleine Burty. Je me trouvais
être témoin de ce mariage avec Gambetta.
La proclamation de l'union de l'homme et de la femme, dans ces endroits
civils, ressemble vraiment trop à la condamnation prononcée par un
président de Cour d'assises.
Au moment, où je m'avançais pour signer sur le registre, le maire me fait
signe d'aller à lui. Et le voici,--du reste en homme fort
distingué--moitié mécontent, moitié satisfait, à se plaindre à moi,
d'avoir fait figurer son frère dans un roman, avec des détails si
particuliers, qu'il est impossible, me dit-il, que je ne l'aie pas connu.
Le maire, est, à ce qu'il paraît, le frère de l'abbé Caron, que j'ai
croqué sous le nom de l'abbé Blampoix, dans RENÉE MAUPERIN. Je me défends,
en lui répondant que, dans mon livre, je n'ai fait aucune personnalité,
que j'ai peint un type général--et ce qui est la vérité--que je n'ai
jamais vu ni connu l'abbé.
Sur quoi, nous nous quittons très gracieusement.
De là au temple protestant, à la cérémonie religieuse, qu'a bien fallu
subir Burty. Ici le ministre a des amabilités non pareilles pour tout le
monde. Le marié est de la race héroïque, qui a fait passer d'Angleterre en
Amérique, l'indépendance de la foi. Burty est l'homme de bien par
excellence. Gambetta va redonner à la France, sous trois mois, la grandeur
qu'elle a perdue, et moi, je suis en train d'apprendre aux femmes de ce
temps, la grâce de la femme du dix-huitième siècle.
Du temple chez Burty, où dans deux chambres démeublées, Potel et Chabot
ont dressé deux tables de douze couverts. Gambetta, à ce déjeuner, apporte
une formidable gaîté, et au milieu de rires retentissants jusque sur le
palier, certifie qu'il est sûr, à l'heure présente, de la nomination de
405 députés républicains.
A trois heures, le monde se lève de table. La mariée se fait coiffer par
Julie, le marié quitte son habit noir et passe un veston, et Burty, dont
la paternité est arrivée à la limite dernière des devoirs et des
obligations, m'entraîne japoniser chez Bing.
* * * * *
_Jeudi 2 août_.--Aujourd'hui, en faisant un paquet de tous les journaux,
qui ont parlé de la FILLE ÉLISA, je les _lisotte_, en les pliant. C'est
vraiment inouï, ce qu'a fait écrire ce livre, où je défie de trouver, je
ne dirai pas un mot cochon, mais une expression vive,--ce qu'a fait écrire
ce livre aux _purs_ du journalisme. On a évoqué le nom de M. de Germiny
«moins digne d'une punition que moi», et un journal a été jusqu'à demander,
que l'auteur de la FILLE ÉLISA soit enfermé dans une maison de fous,
ainsi que l'auteur de JUSTINE, le fut par ordre de l'empereur Napoléon Ier.
* * * * *
_Samedi, 4 août_.--Départ pour le château de Jean d'Heurs.
Je voyage avec deux hommes gras: un jeune, un vieux. L'adolescent qui
semble de la race des Durham, passe le temps à s'éponger, avec son
mouchoir, le derrière des oreilles et le dessus des poignets. Le vieux, le
procréateur du jeune, la figure turgide, boursoufflée, un œil clos,
laisse par instants entrevoir, dans un demi-éveil clignotant, la prunelle
perfide de son bon œil. Il a des favoris blancs où reste un peu du roux
de leur ancienne couleur. Et de sa bouche lippue, le monstrueux borgne
tracasse un vieux bout de cigare éteint, avec la grimace d'un poupon de
Gargamelle qui téterait, le soleil dans les yeux.
Je sens que la fortune et la graisse de ces hommes, ont été faites avec
l'égorgement des paysans.
En vue de Bar-le-Duc, ma pensée va à ce temps, où je suis venu dans cette
ville, tout jeunet, tout plein de cette tendre flamme amoureuse, qui suit,
à deux ou trois ans de là, la flamme amoureuse de la première communion.
Et je revois cette gentille petite femme d'avocat,--mariée, il n'y avait
pas, ma foi, plus de trois mois--qui, toujours en retard, me gardait seul,
pour se faire accompagner au bois, à _la tendue_. Elle se plaignait d'une
maladie de cœur, et comme il y avait une grande côte à monter, avant
d'arriver au bois, elle me faisait mettre la main sur son cœur, sans
corset, pour me démontrer comme il battait fort. Si bien que Chérubin, à
la dernière visite à _la tendue,_ s'était juré de mettre à mal la femme de
l'avocat dans le bois, mais sa belle-sœur, qui était un peu ma parente,
vit si bien dans nos yeux, lors de notre arrivée à la baraque, l'envie
chez moi de tenter l'aventure, et peut-être chez elle le désir de
succomber, qu'elle se tint dans nos souliers, toute la journée.
Le lendemain, je repartais pour Paris, et le collège.
A quinze jours de là, le souvenir de la jolie et excitante «avocate»,
aurait dit Retif de la Bretonne, m'entraînait à me _desniaiser_, un
dimanche de sortie, avec «Madame Charles», une créature à dégoûter à tout
jamais de l'amour physique, une courte femme, au torse rhomboïdal,
emmanché de deux petits bras; de deux petites jambes, qui la faisait
ressembler, sur son lit, à un crabe renversé sur le dos.
* * * * *
_Lundi, 6 août_.--Jean d'Heurs. Un parc qui rappelle en grand le
Petit-Trianon, et dans lequel coule une vraie rivière, une cour d'honneur
digne d'un Marly, des amas de curiosités, parmi lesquelles il y a une
collection de livres et de reliures qui vaut plus d'un million, des
armoires toutes pleines de vieilles dentelles, dans lesquelles, il y a de
quoi fabriquer des robes de 30,000 francs, etc., etc., etc.
* * * * *
_Mercredi, 8 août_.--Des femmes de la campagne portant des enfants avec de
musculeux hanchements, marchent le long de la rivière, dans l'ombre des
grands arbres. Lentes, elles passent détachées sur un champ d'avoine, tout
ensoleillé. Elles apparaissent ainsi, comme de rustiques cariatides,
peintes en grisaille sur un fond d'or.
* * * * *
_Mercredi, 15 août_.--Une population de village un peu effrayante,--c'est
celle de Robert-Espagne--qui a pour le bourgeois, le regard hostile d'un
mauvais quartier de Paris, la veille d'une insurrection.
La _Truchotte_, la marchande d'écrevisses, chez laquelle nous allons, une
vieille femme, la tête nue, où il y a une raie, comme un large tracé d'une
route vicinale, en un pays de landes. Sa fille, la _Lancière_, n'y est
pas. Un petit bonhomme de cinq ans nous précède, au bord de la rivière,
bégayant des jurements, et armé d'un grand fouet, dont il fouaille les
poules sur le chemin. Il se jette sur mes mains pour les mordre, quand je
fais mine de lui ôter ce fouet, qu'il me fourre à la fin dans le derrière,
en manière de me demander une cigarette. Et voilà l'affreux môme, que sa
grand'mère nous dit déjà boire de l'eau-de-vie comme un homme, qui,
toussaillant et pleurant, fume, pendant que sa chemise breneuse sort par
sa culotte fendue.
Cet enfant est un symbole: il me représente l'avenir des campagnes.
* * * * *
_Jeudi, 23 août_.--Aujourd'hui, tombe au château le peintre célèbre des
chiens et des chats: Lambert. Il vient peindre Alma, l'admirable épagneul
anglais: les amours de la châtelaine. Le fin gourmand, qu'est ce Lambert!
il arrive, les poches bourrées de menus, pour les faire exécuter par les
consciencieux _cordons bleus_ de la province.
* * * * *
_Vendredi, 31 août_.--Paris. Il y a quelque chose de triste chez l'homme
arrivé à la somme de notoriété, qu'un littérateur peut acquérir de son
vivant. Il est comme désintéressé de sa carrière. Il sent qu'un nouveau
livre le laisse où il est, ne le porte plus en avant. Il continue, par un
certain orgueil d'artiste, par l'amour du beau qui est en lui, de faire le
mieux qu'il peut, mais le coup de fouet du succès n'a plus d'aiguillon
pour lui. Il est un peu, comme un militaire arrivé au plus haut grade,
qu'il puisse atteindre dans une arme spéciale, et qui continue à faire des
actions d'éclat, sans entraînement, mais tout simplement parce qu'il est
brave.
* * * * *
_Samedi 1er septembre_.--Ce soir, chez Sichel tombe Doré. Il est engraissé,
épaissi, et du gros garçon sortent des esthétiques supérieures, des
théories nébuleuses, qui le font ressembler à un toucheur de bœufs,
attaqué de mysticisme...
Il vient de modeler une bouteille, haute comme une chambre, une bouteille,
dont s'échappent, dans une mousse pétillante, les hallucinations
matérialisées de l'ivresse, enfin une _dive bouteille_ grand format, et
dont un bronzier lui demande pour la fonte, 50 000 francs.
--------Je rapporte de la PORTE CHINOISE, un petit foukousa rose, de ce
ton adorablement faux, qu'on appelle _rose turc_. J'ai comme le sentiment
d'un sorbet à la fraise que boiraient mes yeux.
--------Cet enterrement de Thiers, cette idolâtrie d'un homme, est pour
moi le témoignage le plus frappant du tempérament monarchique de la
France. Elle voudra toujours dans un président, un monarque, un dominateur,
et non un serviteur des assemblées gouvernantes.
* * * * *
_Lundi 9 octobre_.--Journée passée avec les Charpentier, à Champrosay,
chez les Daudet.
Gai déjeuner, égayé par mille aimables blagues plaisantant Mme Daudet de
sa gentille idée, d'avoir voulu me marier avec une très charmante femme de
ses amies.
Daudet est tué. Voici cinq mois qu'il travaille depuis quatre heures du
matin jusqu'à huit heures, de neuf heures à midi, de deux heures à six
heures, de huit heures à minuit: en tout vingt heures de pioche,
auxquelles il faut ajouter trois heures de travail de sa femme.
Sa fièvre est passée, et il a encore trois feuilletons à revoir. Son
dernier morceau, sa «_première_» dont il pouvait faire un chef-d'œuvre,
ce n'est pas ça, dit-il. Maintenant, il adoptera ma méthode, il fera le
dernier chapitre avant la fin, au moment de l'empoignement.
Après déjeuner, une partie de boule dans la cour. Là-dessus, on va prendre,
pour une promenade dans la forêt, un ami qui demeure dans la maison de
Delacroix.
Une maison de notaire de village dans la débine, un jardin de curé, un
atelier peint d'un gris-vert pois: c'est le ci-devant logis de campagne
du coloriste.
A propos de cette triste habitation, une jolie histoire. Le voisin de
Delacroix, un ancien marchand de vin, avait un mur qui gênait la vue du
peintre. Delacroix lui proposait pour l'abattis de ce mur, un grosse somme
qu'il refusait, puis enfin son portrait et celui de sa femme, qu'il
refusait encore. Mais à la mort du peintre, ne voilà-t-il pas que le
marchand de vin apprend le gros prix de ses peintures, et depuis ce jour,
le ménage qui a de quoi vivre cependant, mène une existence désespérée,
répétant à tous ceux qui veulent les entendre: «Pourquoi qu'il n'a pas dit
qu'un portrait de lui, se vendait 100,000 francs?»
Nous voici, les paletots relevés, sous une bise froide, vous coupant le
visage, dans la maigre et souffreteuse forêt de Sénart. On parle, en
marchant, de Meilhac et de la modernité de ses pièces, on parle des femmes
de la société bourgeoise se disputant Gambetta, on parle des
_catastropheux_ de la littérature, et de la mission officielle qu'ils se
donnent, d'apprendre à leurs amis, sans en être priés, que leurs livres ne
valent rien, on parle des Mémoires de Philarète Chasle, dont Daudet admire
la vie du style.
Dans un café d'un petit village, on se réchauffe, avec un saladier de vin
chaud, au milieu de paysans jouant au billard. Puis on rentre dans la
forêt, toujours causant. On va à l'ermitage, dans lequel est encastrée une
maison abrupte, au jardin fruitier devenu sauvage, qui appartient à Nadar.
De retour à la maison, on dîne avec des mets qui vous font venir des
ampoules sur la langue, et des vins sucrés. Et la politique, qui n'avait
fait que siffloter le matin, se met à hurler...
* * * * *
_Mardi 10 octobre_.--Aujourd'hui je suis mordu par mon roman de l'Actrice
«LA FAUSTIN». Le livre, sans que j'y mène ma pensée fait tout à coup son
entrée chez moi par une élévation du pouls et une petite fièvre de la
cervelle.
--------Saint-Simon jugé par Mme du Deffand: «Le style est abominable, les
portraits mal faits, l'auteur n'était point un homme d'esprit.»
* * * * *
_Jeudi 11 octobre_.--Il y a chez moi une aversion telle de la politique,
qu'aujourd'hui, où c'est vraiment un devoir de voter, je m'abstiens...
J'aurais passé toute ma vie, sans voter une seule fois!
* * * * *
_Dimanche 14 octobre_.--Des chapeaux, des chapeaux noirs, au-dessus
desquels on voit de temps en temps, émerger une chose blanche qui est un
journal, arraché d'un kiosque, et autour duquel se forme aussitôt un
groupe, aux oreilles tendues.
Le pas de tout ce monde sur l'asphalte, c'est le grondement d'une mer...
Je n'ai jamais vu de ma vie sur les boulevards, une foule pareille...
«C'est vous ici, me jette Burty d'une chaise, où il est assis au café
Bignon, au milieu des rédacteurs de la RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. Et j'entends
parler de traiter la droite, comme un ancien gouverneur du Tonkin, qui est
là, a traité les Annamites.
* * * * *
_Mardi 23 octobre_.--Des journées aux Archives, dans l'inconnu de
l'histoire intime des pécheresses du XVIIIe siècle. Au sortir de là, des
séances chez Bing ou Sichel, puis des dîners chez Noël, où un verre de
fine Champagne devant moi, je tire de la poche de ma jaquette qui est sur
le cœur, un petit objet précieux que je regarde dans le creux de ma main,
avec l'amour d'un objet volé.
* * * * *
_Dimanche 11 novembre_.--J'ai fait la remarque que les hommes qui
possèdent un gros postérieur, ont la dissimulation de la femme.
* * * * *
_Lundi 12 novembre_.--Un curieux type à fabriquer avec ce marquis de
Saint-Senne, vivant dans une mansarde, en face du plus beau tapis persan
du seizième siècle connu, et possédant dans deux ou trois malles,--des
malles des bonnes de la campagne,--les plus belles épées, les plus riches
majoliques, et pour garder ces trésors, se privant de tout, et mangeant
dans une crémerie.
--------Je sens maintenant la neige en moi, dans l'intérieur de mes os,
douze heures d'avance, et cela dans la pièce la mieux chauffée.
* * * * *
_Vendredi 23 novembre._--Ah! le succès, si le public voyait dans
l'intimité les triomphateurs, il n'aurait pas la jalousie de leurs
triomphes. Aujourd'hui, le lendemain de la mise en vente du NABAB,
aujourd'hui, où il est déjà parti onze mille exemplaires de son livre,
Daudet entre chez Charpentier, d'un petit pas rétracté, avec des gestes de
constriction, et un air soucieux, sur lequel l'amabilité est un effort.
Pendant le dîner, il est nerveux, agacé, inquiet des articles qui se
feront, inquiet des articles qui ne se feront pas. A la représentation
d'HERNANI--il l'avoue--il est obstinément resté à sa place, de peur de
tomber dans un compliment qui ne fût pas celui qu'il désirait, et ses
oreilles prises d'une acuité douloureuse, entendaient ou croyaient
entendre tout ce qu'on disait de lui et de son roman, et il passe la
soirée à combattre, presque avec de l'effroi et un peu d'humeur, le désir
qu'a sa femme d'aller avec Mme Charpentier, entendre une conférence de
Sarcey, sur le livre du jour.
Nous descendons à la librairie. Daudet montre à sa femme la dédicace,
tirée à quelques exemplaires, et qu'elle ne connaît pas encore. Et Mme
Daudet la lisant se défend de la reconnaissance de son talent par son mari,
avec des mots qui ont presque le bredouillement ému d'une défaite de
femme amoureuse: «Non, non, c'est trop... je ne veux pas... non, je ne
veux pas!»
--------Le boire et le manger me sont indifférents, le reste seulement
plaisant, et il n'y a plus pour moi, en ces jours énervés comme des
lendemains de migraine, il n'y a plus pour moi d'attachant dans la vie que
le travail de la cervelle: l'architecture d'un morceau ou la ciselure
d'une phrase.
* * * * *
_Décembre_.--Je ne connais pas dans l'histoire un homme plus digne de
pitié que le maréchal. Son message est la plus horrible torture qu'on ait
pu infliger à un homme d'honneur.
* * * * *
_Mardi 18 décembre_.--Dans ce dîner de l'ancien Magny, aujourd'hui tout
plein de ministres et de victorieux de l'heure présente, en la grosse et
exultante joie de leur triomphe politique, je me sens un vaincu, l'homme
d'une France qui est morte à tout jamais.
--------Une navrante fin d'année, avec mes 80 000 francs dont je n'ai
aucune nouvelle, avec cette bronchite chronique qui me confine et me
calfeutre des semaines entières dans mon intérieur désolé, avec Pélagie,
malade au lit d'un rhumatisme articulaire... Je comptais sur elle pour me
fermer les yeux. Est-ce que la pauvre fille, la dernière des personnes qui
me soit sérieusement attachée, est-ce que je vais la perdre, et rester
tout seul, tout seul sur la terre, sans une affection, sans un dévouement.
Ce sont des journées toutes noires, en proie à l'angoisse du matin, quand
je demande à sa fille des nouvelles de la nuit, en proie à l'angoisse du
soir, quand je rentre, et que je monte chez elle pour savoir comment elle
a passé la journée.
* * * * *
_Vendredi 28 décembre_.--Hier, chez Bing, le marchand de japonaiseries, je
voyais une longue femme, très pâle, empaquetée dans un _water-proof_
interminable, tout remuer, tout déplacer, et de temps en temps, mettre un
objet par terre en disant: «Ce sera pour ma sœur.»
Je ne reconnaissais pas la femme, mais j'avais le sentiment que c'était
une femme connue de moi et du public. Alors s'est avancé vers moi, en me
tendant la main, son cavalier qui se trouve être presque mon parent. C'est
singulier, comme cette Sarah Bernhardt me rappelait aujourd'hui, par ce
jour gris et pluvieux, ces élégantes et efflanquées convalescentes, qui,
dans un hôpital, passent devant vous, en le crépuscule de cinq heures,
pour se rendre à la prière du fond de la salle.
* * * * *
_Samedi 29 décembre_.--Le maréchal disait, il y a un mois, à de Behaine:
«C'est affreux... c'est affreux... je n'en serais pas là, si je n'avais
pas craint la guerre étrangère.»
* * * * *
FIN DU JOURNAL DES GONCOURT
--DEUXIÈME SÉRIE--DEUXIÈME VOLUME--TOME CINQUIÈME--1872-1877.
* * * * *
TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS.
A
Abbatucci (Mlle), 149.
Albert (le prince), 78.
Amaury-Duval, 158.
Amigues, 179.
Anacréon, 40.
Anastasi, 16, 286, 287.
Anna, 69.
Arago (Emmanuel), 240.
Aretin, 178.
Aristophane, 24.
Arnaud (de l'Ariège), 280.
Arnim (comte d'), 98, 195.
Arnould (Sophie), 280.
Artagnan (d'), 243.
Aubryet, 46, 49.
Audiffret-Pasquier, 206.
Augier (Émile), 155.
Aumale (duc d'), 90, 101, 167, 168.
B
Babeuf, 256.
Balloy (le comte de), 129, 130.
Balzac, 47, 108, 109, 198, 243, 269, 297.
Banneville (le comte), 129.
Banville (Théodore de), 118, 240, 243, 244.
Banville (Mme de), 240.
Barbey d'Aurevilly, 203, 204, 205.
Bardoux, 234, 246, 247.
Barodet, 78, 256.
Barye, 238.
Baton, 216.
Baudelaire, 28, 199, 290, 330.
Baudin, 50.
Bazaine, 14, 90, 97.
Beauvoir (Roger de), 205.
Behaine (le comte de), 55, 58, 60, 61, 98, 128, 135, 180, 348.
Behaine (Armand de), 119.
Behaine (Mme de), 61, 73, 120, 136.
Bellemare (de), 42.
Benedetti, 155, 181.
Benedetti (Mme), 155.
Beni-Barde, 82.
Benouville, 21.
Beranger, 200.
Bernard (Claude), 163.
Bernard (Mlle Charlotte), 146.
Bernhardt (Sarah), 347.
Bernhardt (Regina), 246.
Berthelot, 47, 95, 96, 97, 270.
Bescherelle, 75.
Billing, 63.
Bing, 213, 335, 344, 347.
Bismarck, 58, 59, 60, 67, 73, 94, 106, 181, 228.
Blanc (Louis), 217, 218, 219, 261.
Blanc (Charles), 36, 85, 162, 190, 191, 199, 209, 217, 218, 219, 292, 293.
Blanc (Mme), 218.
Blanchard, 107.
Bocher, 86.
Boissier, 260.
Boitelle, 76.
Boucher, 67.
Bouilhet, 7.
Bracquemond, 160.
Breal, 284.
Brobant, 8, 74, 80, 93, 190, 206, 244.
Brendel, 294.
Brossant, 166.
Brocca, 191.
Broglie (le duc de), 206, 280.
Broussais, 163.
Buffet, 191, 245, 264.
Buisson, 113.
Burty, 17, 27, 28, 70, 92, 144, 178, 199, 227, 236, 262, 309, 310, 324,
327, 334, 335, 343.
Burty (Madeleine), 333, 335.
C
Cadet-Gassicourt, 316.
Camundo (les), 212.
Camus (le docteur), 301, 302.
Canrobert (le maréchal), 183.
Caro, 39.
Caron (l'abbé), 334.
Carpeaux, 42.
Cassagnac (Paul de), 327.
Castelar, 268.
Cavour, 297.
Cellini, 173.
Cernuschi, 92, 211, 260, 261.
Champfleury, 28.
Charpentier (Georges), 318, 320, 331, 310.
Charpentier (Mme), 309, 340.
Charles (Mme), 337.
Charles-Edmond, 190, 192, 217.
Chasles (Philarète), 342.
Chateaubriand, 263.
Chauchard (le général), 148, 161.
Chenavard, 83.
Chennevières (de), 112,113,164,176.
Chennevières (Mme de), 113.
Cherbuliez, 326.
Chevet, 216,
Claudin, 293,
Claye (l'imprimeur), 184, 223.
Clément (marchand d'estampes), 213.
Ciceri (Eugène), 22.
Coquelin (l'aîné), 310.
Coquereau (l'abbé), 155.
Corneille, 184.
Cratinus, 24.
Crayer, 83,
Cremieux (Hector), 257, 258,
Cros, 70.
Courmont (Alphonse de), 7.
Cousin (Victor), 241, 242.
D
Dalloz, 239, 240, 243.
Daudet (Alphonse), 76, 109, 110, 118, 123, 126, 146, 196, 197, 201,
251, 254, 255, 256, 250, 272, 277, 318, 341, 342, 345.
Daudet (Mme Alphonse), 124, 126, 127, 173, 176, 251, 254, 318, 311,
345, 346.
Decazes (le duc), 190, 206, 297.
Decker (le céramiste), 153.
Deffand (Mme du), 343.
Degas, 111, 112.
Delacroix (Eugène), 88, 126.
Demarquay, 107, 108.
Deroulède, 184.
Desboutin, 177, 178, 179, 180.
Desoye (Mme), 198, 199.
Destailleurs, 281.
Desmaze, 54.
Deulinger, 63.
Devonshire (le duc de), 21.
Diaz, 310, 311.
Doré, 339.
Doumerc, 289.
Dosne (Mme), 237.
Drouet (Mme), 266, 267.
Droz, 255, 556.
Dubois, 220.
Dubois (de l'Estang), 146.
Dufaure, 162, 295, 296.
Dumaine, 90.
Dumas (père), 243.
Dumas (fils), 69, 75, 108, 185, 186, 243, 259.
Dumas (Jeannine), 184.
Dupanloup, 230.
E
Erdan, 207, 208.
Espinasse, 5, 6.
Eugénie (l'Impératrice), 15, 38.
F
Fantin, 29.
Favre (Jules), 5, 59, 67.
Ferri-Pisani, 218, 219.
Fervaques, 285, 286.
Ferry (Jules), 5.
Feuillet (Octave), 02, 325.
Feydeau, 93.
Flaubert (le chirurgien), 315.
Flaubert, 10, 16, 23, 25, 29, 48, 49, 50, 74, 76, 79, 99, 100, 101,
107, 108, 109, 116, 117, 118, 146, 150, 163, 173, 186, 188, 189, 197, 200,
202, 203, 251, 259, 265, 267, 275, 277, 278, 287, 288. 312, 314,.316, 329.
Fortuny, 202.
Freycinet, 273, 274.
Fromentin, 191, 192, 193, 247, 253, 256, 287, 292, 300.
Frontin, 43.
Frontin (le limonadier), 84.
G
Galland, 112.
Galbois (la baronne de), 149, 181, 182.
Gambetta, 93, 94, 236, 237, 238, 309, 310, 333, 334, 342.
Garibaldi, 108.
Gautier (Théophile), 12, 16, 23, 24, 26, 28, 39, 40,51,52, 54, 68,
69, 321.
Gautier (fils), 97, 115, 288.
Gautier fils (Mme), 151.
Gautier (Judith), 12, 32, 100, 101.
Gautier (Estelle), 40.
Gavarni, 27, 48, 78, 82, 83, 85, 198, 254.
Gavarni (Pierre), 81, 122, 164, 253.
Germiny (de), 335.
Gérome, 201.
Gibbon, 290.
Girardin (Émile), 298.
Girardin (Mme), 39.
Giraud (Eugène), 108, 109, 115, 147, 148, 149, 155, 165, 166, 280.
Giraud (Victor), 153, 155.
Goethe, 43.
Gontaut-Biron (le duc de), 228.
Gouzien, 207.
Guichardot, 213.
Guizot, 43, 242.
Guyon(Mme), 147, 151.
Guys, 78.
H
Halévy, 258.
Haussonville (le duc), 185.
Haussonville, (fils), 190.
Haussonville (Mme d'), 182.
Hébert, 282, 292, 317.
Heilbuth, 294,
Heine (Henri), 214.
Henri V, 94, 142.
Herouville (le duc d'), 167.
Hetzel, 38.
Hildebrand, 22.
Hoguet, 22.
Homère, 40.
Houssaye (Arsène), 38, 207, 298.
Hugo, 12, 31, 32, 33, 34, 35, 43, 47, 86, 87, 88, 89, 90, 199, 239,
240, 241, 242, 243, 244, 245, 256, 266, 267, 268, 312.
Hugo (Abel), 87.
Hugo (François), 81, 82, 89, 100.
Hugo (Mme Charles), 85, 240, 242, 267.
Hugo (Jeanne), 86, 88.
Huysmans, 289.
I
Isabey, 22.
J