§ 3.--_Réunions de sociétés._
Des hommes de même âge, de mêmes goûts, de même éducation, se réunissent
en société, soit chez des courtisanes en renom et en leur compagnie,
soit dans la demeure de l'un d'eux, pour converser, composer des vers et
se les Communiquer. Dans ce dernier cas, les femmes distinguées par leur
beauté, et qui ont des goûts et des talents semblables, peuvent être
admises et recevoir des hommages.
Souvent les conversations étaient une joute d'improvisations poétiques
et de citations opposées de divers poètes.
Pour en donner une idée, nous avons arrangé le dialogue suivant avec des
citations de poètes:
UN BRAHMANE SAVANT.--Par qui a été fabriqué ce dédale d'incertitude, ce
temple d'immodesties, ce réceptacle de fautes, ce champ semé de mille
fourberies, cette barrière de la porte du Ciel, cette bouche de la cité
infernale, cette corbeille remplie de tous les artifices, ce poison qui
ressemble à l'ambroisie, cette corde qui attache les mortels au monde
d'ici-bas, la femme en un mot?
UNE COURTISANE.--Le faux sage qui médit des femmes trompe lui-même et
les autres; car le fruit de la pénitence est le _Ciel_ et le Ciel offre
les Apsaras à ceux qui l'obtiennent.
LE BRAHMANE.--Les femmes ont du miel dans leurs paroles et du poison
dans le coeur, aussi leur suce-t-on les lèvres, tandis qu'on leur frappe
la poitrine avec le revers de la main[17].
[Note 17: Pétrone a dit:
«Toute femme, en soi, cache un venin corrupteur,
Le miel est sur sa lèvre, et le fiel dans son coeur.»]
LA COURTISANE.--Les fous qui fuient les femmes n'obtiennent que des
fruits amers; leur sottise et le dieu d'amour les châtient cruellement.
Le jour où des hommes honorables parviendront à maîtriser leurs sens,
les monts Vindhyas traverseront l'Océan à la nage.
LE BRAHMANE.--Il n'est ici-bas qu'un jardin rempli de fleurs
pernicieuses, c'est la jeunesse; elle est le foyer de la passion, la
cause de peines plus cuisantes que n'en feraient endurer cent enfers,
le germe de la folie, le rideau de nuages qui couvre la lumière de la
science, la seule arme du Dieu de l'amour, la chaîne de fautes de toute
nature.
LA COURTISANE.--Un vieux chien borgne, boiteux, galeux, n'ayant que la
peau et les os et dont la gueule est déchirée par les tessons qu'il
ronge, poursuit encore les chiennes; le Dieu de l'amour tourmente
jusqu'aux mourants. Quand l'arbre Açoka est touché du pied d'une belle,
ses fleurs s'épanouissent de suite[18].
[Note 18: Jolie légende indienne.]
Les femmes voluptueuses enflamment tous les coeurs de leurs grâces
lascives; elles babillent avec l'un, envoient à un autre des oeillades
provocatrices, un troisième occupe leur coeur.
LE BRAHMANE.--Celui qui, maîtrisant ses sens, a confondu son
intelligence dans l'âme-suprême, qu'a-t-il à faire des causeries des
bien-aimées, du miel de leurs lèvres, de la lune de leur visage, des
jeux d'amour accompagnés de soupirs dans lesquels on presse leurs seins
arrondis?
LA COURTISANE.--Les Docteurs ayant sans cesse à la bouche les saints
écrits, sont les seuls qui parlent, et seulement du bout des lèvres, de
renoncer à l'amour.
Qui pourrait fuir les hanches des belles jeunes filles ornées de
ceintures bruyantes, auxquelles pendent des perles rouges?
Ce que femme entreprend dans sa passion, Brahma lui-même n'a pas le
courage d'y mettre obstacle[19].
[Note 19: Nous disons dans le même sens: Ce que femme veut, Dieu le
veut.]
UN HOMME MUR.--L'homme n'est sûr de son honneur, de sa vertu, de sa
sagesse, que quand son coeur et ses fermes résolutions ont résisté
victorieusement à la corruption par les femmes.
Combien ont succombé par elles, que tout l'or du monde n'aurait pu
acheter!
UN JEUNE HOMME.--Quel est le plus beau des spectacles? Le visage
respirant l'amour d'une fille. Quel est le plus suave des parfums?
Son haleine douce. Quel est le plus agréable des sons? la voix de la
bien-aimée.
Quelle est la plus exquise des saveurs? La rosée qui humecte ses lèvres.
Quel est le plus doux des contacts?
Celui de son corps.
Quelle est l'image la plus agréable sur laquelle la pensée puisse
s'arrêter? Ses charmes.
Tout dans la jeune fille aimée est plein d'attraits.
UN JEUNE POÈTE.--La jeune vierge est semblable au tendre bouton de la
rose non encore épanouie; dans toute sa pureté, elle croît en paix à
l'ombre du bosquet tutélaire, à l'abri de tout outrage; mais lorsque son
sein dévoilé s'est prêté aux baisers du rossignol séducteur, bientôt
séparée de sa tige maternelle et indignement associée à l'herbe que
foule un pied vulgaire, on l'expose aux passants sur la place publique,
et flétrie alors par mille baisers impurs on chercherait en vain sa
fraîcheur virginale (voir l'Appendice).
AUTRE JEUNE HOMME.--Léger sourire sur les lèvres, regards à la fois
hardis et timides, babil enjoué, fuite, retour précipité, amusements
folâtres et continuels, tout n'est-il pas ravissant chez les jeunes
femmes aux yeux de gazelle?
Quand elles sont absentes, nous aspirons à les voir.
Quand nous les voyons nous n'avons qu'un désir, jouir de leur étreinte.
Quand nous sommes dans leurs bras, nous ne pouvons plus nous en
arracher.
LE JEUNE POÈTE.--A quel mortel est destinée cette beauté ravissante
semblable dans sa fraîcheur à une fleur dont on n'a pas encore respiré
le parfum, touché le fin duvet; à un tendre bourgeon qu'un ongle profane
n'a point osé séparer de sa tige, à une perle encore pure au sein de la
nacre protectrice où elle a pris naissance?
APPENDICE
A LA IIIe SECTION DU CHAPITRE I.
Le poète Catulle a exprimé la même pensée que le jeune poète indien dans
les beaux vers que nous traduisons:
«La fleur que la haie d'un jardin protège contre les troupeaux et le
tranchant du soc, croît mystérieusement caressée par le zéphyr, colorée
par le soleil, nourrie par la pluie, recherchée des jeunes beautés et
des amants; mais sitôt qu'un ongle léger l'a cueillie, elle n'inspire
plus que le dédain. De même une vierge reste chère à tous tant qu'elle
reste pure; mais si elle perd sa fleur d'innocence, les jeunes gens lui
retirent leur amour et les jeunes filles leur amitié.»
L'Arioste a presque traduit Catulle dans la plainte de Sacripant contre
Angélique (_Rolland furieux_).
«La Verginella è simile alla rosa;
Che in bel jardin sulla uativa spina
Mentre sola et sicura si reposa,
Ne grege ne pastor de le avvicina;
L'aura suave e l'alba rugiadosa
L'Aqua, la terra al suo amor s'inchina,
Giovani vaghi e donne innamorate
Amano averne i seni e le tempie ornate.
Ma non si tosto dal materno stelo
Rimossa viene dal suo ceppo verde,
Che quanto avea dagli uomini e dal cielo
Favor grazia e bellezza, tutto perde.
La vergine che il fior di che piu zelo
Che degli occhi et della vita aver dei
Lascia altrui corre, il pregio che aveva innanzi
Perde nel cor di tutti gli altri amanti.»
La vierge est comme la rose sur sa tige naissante dans un beau jardin;
tant qu'elle reste dans la solitude et la paix, elle n'a rien à craindre
du troupeau ni du berger.
Le doux zéphir, l'aube humide de rosée, la terre et l'onde lui
prodiguent leurs caresses et leurs trésors; les jeunes gens qui
soupirent et les belles énamourées se plaisent à orner de ses boutons
leurs cheveux et leurs seins.
A peine séparée de la branche maternelle, de ses vertes épines, elle
perd et la faveur des hommes et les dons du ciel, la grâce et la beauté.
Ainsi quand une jeune fille a laissé cueillir la fleur qu'elle devait
défendre plus que ses yeux et que sa vie, elle est avilie aux yeux de
tous les autres amants.
Nos naïvetés gauloises sont plus brèves et presque aussi expressives:
La pucelle est comme la rose
Dans sa primeur à peine éclose;
Chacun s'empresse à les cueillir.
Vienne la rose à se flétrir,
Vienne la fille à se donner,
Plus un ne veut les ramasser.
CHAPITRE II
Différentes sortes d'unions sexuelles.
Il y a sept sortes d'unions:
L'UNION SPONTANÉE.--Deux personnes s'aiment et s'unissent par sympathie
et par goût mutuel. Cette union a lieu entre deux amants de même
naissance.
Les jeux d'amour avec une femme de bonne naissance, dit Barthriari, sont
remplis de charme. D'abord, l'amante dit: non, non! et semble dédaigner
les caresses; puis les désirs naissent, sans que la pudeur disparaisse;
ensuite, la résistance se relâche et la fermeté est abandonnée; enfin,
elle ressent vivement le secret plaisir des ardeurs amoureuses; laissant
alors de côté toute retenue, elle goûte un bonheur inexprimable qui lui
fait crisper les membres.
L'UNION DE L'AMOUR ARDENT.--L'homme et la femme s'aiment depuis quelque
temps, et ont eu beaucoup de peine à se réunir; ou bien, l'un d'eux
revient de voyage, ou bien, deux amants se réconcilient après s'être
querellés.
Dans ces cas, les deux amants brûlent de s'unir et se donnent
mutuellement une complète satisfaction.
L'UNION POUR L'AMOUR A VENIR--Entre deux personnes dont l'amour n'est
encore qu'en germe.
L'UNION DE L'AMOUR ARTIFICIEL.--L'homme n'opère la connexion qu'en
s'excitant par les moyens accessoires qu'indique le Kama Soutra, les
baisers, les embrassements, ou bien l'homme et la femme s'unissent sans
amour, le coeur de chacun d'eux étant ailleurs. Dans ce cas, il faut
qu'ils emploient tous les moyens d'excitation enseignés par le Kama
Shastra (Appendice, n° 1).
L'UNION DE L'AMOUR TRANSMIS.--L'un des deux acteurs, pendant toute la
durée de la connexion, s'imagine qu'il est dans les bras d'une autre
personne qu'il aime réellement (Appendice, n° 2).
L'UNION DITE DES EUNUQUES.--La femme est une porteuse d'eau [20] ou une
domestique de caste inférieure à celle de l'homme; la conjonction dure
seulement le temps nécessaire pour éteindre le désir de l'homme. Dans ce
cas, il n'y a point d'actes accessoires ou préliminaires.
[Note 20: La porteuse d'eau est ordinairement attachée à une maison et y
fait le service de propreté.]
L'UNION TROMPEUSE.--Entre une courtisane et un paysan, ou entre un homme
de bonne éducation et une paysanne; elle se borne à un acte brutal, à
moins que la femme ne soit très belle.
APPENDICE AU CHAPITRE II
N° 1.--L'Union artificielle est blâmée par les poètes.
Bhartrihari (stance 29 _l'Amour_) dit: En ce monde, l'amour a pour effet
d'unir deux coeurs en une même pensée.
Quand les sentiments des amants ne sont pas confondus, c'est comme
l'union de deux cadavres.
Le mariage sans l'amour est un corps sans âme, dit Tirouvallouvao (le
divin Pariah).
N° 2.--Le Père Gury, _Théologie morale _(908). L'usage du mariage est
gravement illicite s'il a lieu dans un esprit d'adultère, de telle sorte
qu'en approchant de son épouse, on se figure que c'est une autre femme.
Cet avis est évidemment celui de tous les théologiens.
G. Sand, dans _Mademoiselle de la Quintinie, _décrit une union de ce
genre.
CHAPITRE III
Des cas ou le Kama est permis ou défendu
Le Kama, quand il est pratiqué dans le mariage contracté selon les
règles tracées par Manou, entre personnes de même caste, donne une
progéniture légitime et la considération générale.
Il est défendu avec des femmes de caste supérieure ou bien de même
caste, mais ayant déjà appartenu à d'autres.
Le Kama n'est ni ordonné ni défendu avec des femmes, de castes
inférieures ou déchues de leur caste, avec les courtisanes et avec les
femmes divorcées.
Avec toutes ces femmes, la pratique du Kama n'a pas d'autre but que le
plaisir.
On appelle Nayikas les femmes auxquelles on peut s'unir sans péché;
telles sont les filles qui ne dépendent de personne, les courtisanes et
les femmes qui ont été mariées deux fois (N° 1 Appendice).
Vatsyayana rattache à ces trois catégories les veuves, les filles des
courtisanes, les servantes qui sont encore vierges, et même toute femme
de caste qui a dépassé l'âge de puberté, sans se marier.
Ganikapati pense qu'il existe des circonstances ou des considérations
particulières qui autorisent la connexion avec les femmes des autres.
Par exemple, on peut se faire, selon les cas, les raisonnements
suivants;
--Cette femme veut se donner à moi, et déjà s'est livrée à beaucoup
d'autres auparavant; quoi qu'elle soit d'une caste supérieure, elle est
dans la circulation comme une courtisane; je puis donc m'unir à elle
sans pécher.
--Cette femme exerce un grand empire sur son mari qui est un homme
puissant et ami de mon ennemi. En devenant son amant, j'enlèverai à mon
ennemi l'appui de son mari.
--J'ai un ennemi qui peut me nuire beaucoup; si sa femme devient ma
maîtresse, elle changera ses dispositions malveillantes à mon égard.
--Avec l'aide de telle femme, si je suis son amant, j'assurerai le
triomphe de mon ami ou la ruine de mon ennemi, ou la réussite de
quelqu'autre entreprise fort difficile.
--En m'unissant à telle femme, je pourrai tuer son mari et m'approprier
ses biens.
--Je suis sans ressources et sans moyens d'en acquérir, l'union avec
telle femme me procurera la richesse sans me faire courir aucun danger.
--Telle femme m'aime ardemment et connaît tous mes secrets, toutes mes
faiblesses et, à cause de cela, peut me nuire infiniment, si je ne suis
point son amant.
--Un mari a séduit ma femme, je dois le payer de retour (peine du
talion).
--Devenu l'amant de telle femme, je tuerai un ennemi du roi, proscrit
par celui-ci et auquel elle a donné asile.
--J'aime une femme placée sous la surveillance d'une autre; par celle-ci
j'arriverai à posséder celle que j'aime.
--C'est par cette femme seulement que je puis épouser une jeune fille
riche et belle que je recherche; si je deviens son amant, elle me fera
atteindre mon but.
Pour ces motifs et d'autres semblables, il est permis d'avoir des
rapports avec des femmes mariées; mais il est bien entendu que c'est
seulement dans un but particulier, et jamais en vue du seul plaisir,
autrement il y aurait faute et péché [21].
[Note 21: Il est à peine besoin de faire remarquer que cette morale
n'est admise que par les brahmanes; on n'en trouve trace nulle part
ailleurs que dans leurs écrits, quelle qu'ait pu être la subtilité des
casuistes.]
L'école de Babhravya professe qu'il est permis de jouir de toute femme
qui a eu cinq amants; mais Ganakipoutra pense que, même dans ce cas, il
doit y avoir des exceptions pour les femmes d'un parent, d'un brahmane
savant et du roi. Vatsyayana dit que peu de femmes résistent à un homme
bien secondé (N° 2, Appendice).
Il est défendu de s'unir aux femmes énumérées ci-après:
Lépreuses, lunatiques, rejetées de la caste, ne sachant pas garder les
secrets, exprimant publiquement leur désir charnel, (N° 3, Appendice),
atteintes d'albinisme (elles sont impures), et celles dont la peau, d'un
noir intense, a mauvaise odeur.
Femmes amies [22], Femmes de la parenté (N° 4, Appendice); femmes
ascètes avec lesquelles l'union sexuelle est interdite.
[Note 22: Ce respect pour les amies dont la liste est assez longue ainsi
que celle de leurs qualités, honore les Hindous. Nous ne retrouvons pas
ce scrupule louable au même degré en Europe où beaucoup de gens ont
peine à croire à une amitié platonique entre personnes de sexes
différents.]
Sont réputées femmes amies avec lesquelles l'union sexuelle est
interdite:
Celles avec lesquelles nous avons joué dans la poussière (amies
d'enfance), auxquelles nous sommes liés d'obligation pour services
rendus.
Celles qui ont nos goûts et notre humeur.
Celles qui ont été nos compagnes d'études.
Celles qui connaissent nos secrets et nos défauts comme nous connaissons
les leurs.
Nos soeurs de lait et les jeunes filles élevées avec nous; les amies
héréditaires, c'est-à-dire appartenant à des familles unies par une
amitié héréditaire.
Ces amies doivent posséder les qualités suivantes: la sincérité, la
constance, le dévouement, la fermeté, l'exemption de convoitise,
l'incorruptibilité, une fidélité à toute épreuve pour garder nos
secrets.
APPENDICE AU CHAPITRE III
N° 1.--Sans doute les femmes mariées qui ont un amant, celles qui sont
séparées de leur mari et les veuves. Celles-ci, en grand nombre dans
l'Inde, et dans la force de l'âge, sont obligées d'avoir recours à
l'avortement pour cacher les conséquences de leur inconduite qui, si
elle était connue, serait punie par l'exclusion de la caste.
Toutes connaissent les drogues qui font avorter.
Quand la potion n'a pas produit l'effet voulu, quelques-unes ont recours
à des moyens mécaniques qui, souvent, mettent leurs jours en danger.
Ce fait nous a été révélé par des médecins européens qui, dans des cas
pareils, avaient été appelés par des femmes indigènes.
Lorsqu'aucun des moyens n'a réussi, les veuves enceintes prétextent un
voyage ou un pèlerinage et s'en vont au loin faire leurs couches.
L'avortement était une pratique usuelle chez les femmes galantes de
Rome, au temps d'Ovide. Ce poète consacre la 14e Élégie du Livre II _des
Amours_ à reprocher ce crime à sa maîtresse, Corine.
«Quoi, dit-il, de peur que les rides de ton ventre ne t'accusent, il
faudra porter le ravage sur le triste champ où tu livras le combat!
Femmes, pourquoi portez-vous dans vos entrailles des engins homicides?
Les tigresses ne sont pas si cruelles dans les antres de l'Hircanie,
et jamais la lionne n'osa se faire avorter; et ce sont de faibles et
tendres beautés qui commettent ce crime, non pas toutefois impunément.
Souvent celle qui étouffe son enfant dans son sein périt elle-même;
et, quand on emporte son cadavre encore tout échevelé, les spectateurs
s'écrient: Elle a bien mérité son sort.»
N° 2.--_Art d'aimer, _Livre I. Ne doutez point que vous ne puissiez
triompher de toutes les jeunes beautés; à peine sur mille en trouverez
vous une qui vous résistera. Celle qui se rend aisément, comme celle qui
se défend, aiment également à être priées.
Si vous échouez, qu'avez-vous à craindre? Mais pourquoi échoueriez-vous?
On se laisse prendre aux attraits d'un plaisir nouveau, et le bien
d'autrui nous paraît toujours préférable au nôtre.
Vous verrez plutôt les oiseaux se taire au printemps, et les cigales en
été, qu'une femme résister aux tendres sollicitations d'un jeune homme
caressant. Celle même qui paraît insensible brûle de secrets désirs.
Si les hommes s'entendaient pour ne pas faire les premières avances, les
femmes se jetteraient dans leurs bras toutes pâmées.
Entendez dans les molles prairies la génisse qui mugit d'amour pour le
taureau, et la jument qui hennit à l'aspect de l'étalon vigoureux.
N° 3.--Dans l'Inde, la décence extérieure est toujours observée entre
les deux sexes, au point qu'il ne vient à la pensée de personne d'y
manquer.
Quand on chemine en troupe, les hommes marchent en avant des femmes,
et les attendent aux passages des gués, pour leur tendre la main par
derrière. Les femmes se troussent alors jusqu'aux dessus des hanches, et
jamais un homme ne se retourne pour regarder (abbé Dubois).
Toute provocation en public d'un sexe à l'autre, et même toute
galanterie, sont absolument inconnues.
Une femme se croirait insultée par un homme qui lui témoignerait, au
dehors, des attentions particulières.
On verra plus loin que, quand un homme veut courtiser une femme,
il procède toujours par des voies indirectes, par des insinuations
détournées, des propos à double sens qui semblent s'adresser à une autre
personne.
Mais, dans le particulier, les femmes indiennes, habituées à se
considérer comme uniquement faites pour le plaisir de l'homme, ne savent
rien refuser aux sollicitations dont elles sont l'objet, lors même
qu'elles manquent de tempérament et d'imagination, ce qui est le cas le
plus ordinaire dans les pays Dravidiens (Sud de l'Inde).
N° 4.--Empêchement à l'union, doctrine de l'Eglise.
La Père Gury (Traduction P. Bert.)
Les casuistes hindous, on le voit, vont beaucoup plus loin que
les chrétiens dans les incompatibilités pour l'acte sexuel; ils
l'interdisent entre personnes dont les familles sont liées par une
amitié héréditaire et à fortiori entre tous les parents à tous les
degrés.
Dans sa théologie morale, le P. Gury défend l'inceste, l'union sexuelle
avec des parents ou des alliés à des degrés prohibés par l'Eglise; au
sujet de l'empêchement du mariage par l'alliance, il s'exprime ainsi:
810.--L'alliance est un lien qui s'établit avec les parents de la
personne avec laquelle on a un commerce charnel; ou encore, un lien
provenant d'un commerce charnel entre l'un et les parents de l'autre.
Il y a donc alliance entre le mari et les cousins de la femme, et
réciproquement.
L'alliance vient soit d'un commerce licite ou conjugal, soit d'un
commerce illicite, fornication, adultère, inceste.
811.--L'alliance venant d'un commerce licite empêche le mariage jusqu'au
4° degré inclusivement; venant d'un commerce illicite, seulement
jusqu'au 2° degré.
(On sait que l'autorité ecclésiastique accorde beaucoup de dispenses à
cet empêchement).
Une alliance n'est contractée que par un acte sexuel accompli et
consommé, de telle sorte que la génération puisse en résulter.
812.--Celui qui a péché avec les deux soeurs ou les deux cousines
germaines, ou la mère ou la fille, ne peut épouser aucune des deux.
L'homme qui a péché avec la soeur, la cousine ou la tante de son épouse,
est tenu de rendre, mais ne peut demander le devoir conjugal: parce
que, comme il s'agit d'une loi purement prohibitive, l'innocent ne peut
souffrir de la faute du coupable.
On n'est pas privé du droit de demander le devoir conjugal, pour avoir
péché avec ses propres cousines, parce qu'on ne contracte par là aucune
alliance avec son épouse.
(Mais c'est seulement quand ce péché a été commis avant le mariage, car
l'adultère prive le coupable de son droit).
L'amitié, surtout héréditaire, la parenté et le rejet de la caste sont
pour le brahmane les seuls empêchements rigoureux à l'acte sexuel; nous
venons de voir qu'ils autorisent toujours la fornication et qu'ils
excusent presque toujours l'adultère. Le Décalogue les interdit
absolument et, à cet égard, le P. Gury n'est que l'interprète de la
morale chrétienne dans les textes suivants:
411.--La luxure est un appétit déréglé dans l'amour et consiste dans un
plaisir charnel (delectatio venerea) goûté volontairement en dehors du
mariage. Or ce plaisir vient de l'excitation des esprits destinés à la
génération et ne doit pas être confondu avec un plaisir purement sensuel
qui provient de l'action d'un objet sensible sur quelque sens, par
exemple d'un objet visible sur la vue. Autre est donc l'objet de la
luxure, autre l'objet de la sensualité. Un plaisir sensuel, ou n'est pas
coupable, ou n'excède pas la plupart du temps, en principe, un péché
véniel.
412.--La luxure dans tous ses genres, dans toutes ses espèces, est,
en principe, un péché grave. La luxure directement volontaire n'admet
jamais matière légère.
_IX° Commandement de Dieu: _Luxurieux tu ne seras de fait ni de
consentement.
C'est, avec un peu plus de rigueur, la morale de Zoroastre et des
Iraniens.
Le Bouddha ne l'a adopté que pour ses religieux.
Il a permis aux laïques tout ce qui n'est pas compris dans la
prohibition: «Le bien d'autrui ne prendras», en considérant comme _bien
d'autrui _toute femme qui dépend d'un mari, ou de ses parents et tuteurs
ou d'un maître.
TITRE III
DES CARESSES ET MIGNARDISES
QUI PRÉCÈDENT OU ACCOMPAGNENT L'ACTE SEXUEL
CHAPITRE I
Des baisers.
On conseille de ne point, dans les premiers rendez-vous, multiplier les
baisers, les étreintes et autres accessoires de l'union sexuelle; mais
on pourra en être prodigue dans les rencontres qui suivront (Ap. N° 1).
On baise le front, les yeux, les joues, la gorge, la poitrine, les
seins, les lèvres et l'intérieur de la bouche (Ap. N° 2).
Les habitants de l'Est baisent aussi la femme aux jointures des cuisses,
sur les bras et le nombril.
Avec une jeune fille, il y a trois sortes de baisers:
Le nominal, le mouvant et le touchant.
Le nominal est le simple baiser sur la bouche, par l'apposition des
lèvres des deux amants.
Dans le baiser mouvant, la jeune fille presse entre ses lèvres la
lèvre inférieure de son amant; elle l'introduit dans sa bouche en lui
imprimant un mouvement de succion.
Dans le baiser touchant, elle touche avec sa langue la lèvre de son
amant, en fermant les yeux, et place ses deux mains dans les siennes.
Les auteurs distinguent encore quatre sortes de baisers:
Le droit, le penché, le tourné, le pressé.
Dans le baiser droit, les deux lèvres s'appliquent directement, celles
de l'amant sur celles de l'amante.
Dans le baiser penché, les deux amants, la tête penchée, tendent leurs
lèvres l'un vers l'autre.
Dans le baiser tourné, l'un des amants tourne vers lui, avec la main, la
tête de l'autre, et, de l'autre main, lui prend le menton.
Le baiser est dit pressé lorsque l'un des deux amants presse fortement
avec ses lèvres la lèvre inférieure de l'autre. Il est très pressé,
lorsqu'après avoir pris la lèvre entre deux doigts on la touche avec la
langue et la presse fortement avec une lèvre.
Entre amants, on parie à qui saisira le premier, avec ses lèvres,
la lèvre inférieure de l'autre. Si la femme perd, elle doit crier,
repousser son amant en battant des mains, le quereller et exiger un
autre pari. Si elle perd une seconde fois, elle doit montrer encore plus
de dépit, et saisir le moment où son amant n'est pas sur ses gardes,
ou bien dort, pour prendre entre les dents sa lèvre inférieure, et la
serrer assez fort pour qu'il ne puisse la dégager; cela fait, elle se
met à rire, fait beaucoup de bruit et se moque de son amant; elle danse
et s'agite devant lui, et lui dit, en plaisantant, tout ce qui lui passe
par l'esprit; elle fronce ses sourcils en lui roulant de gros yeux.
Tels sont les jeux et les paris de deux amants à l'occasion des baisers.
Les amants très passionnés en usent de même pour les autres mignardises
que nous verrons plus loin.
Quand l'homme baise la lèvre supérieure de la femme pendant que
celle-ci, en retour, lui baise la lèvre inférieure, c'est là le baiser
de la lèvre supérieure.
Quand l'un des amants prend avec ses lèvres les lèvres de l'autre, c'est
là le baiser agrafe.
Quand, dans ce baiser, il touche avec la langue les dents et le palais
de l'autre, c'est là le combat de la langue.
Le baiser doit être modéré, serré, pressé ou doux, selon la partie du
corps à laquelle il est appliqué.
On peut encore ranger parmi les baisers la succion du bouton ou du
mamelon des seins qui, dans les chants des Bayadères du Sud de l'Inde,
est mentionnée comme un des préliminaires naturels de la connexion[23].
[Note 23: D'après le docteur Jules Guyot (_Bréviaire de l'amour
expérimental_), cette succion doit être forte pour produire l'effet
voulu (v. App.)]
Quand une femme baise au visage son amant endormi, cet appel est le
_baiser qui allume l'amour_.
Quand une femme baise son amant qui est distrait ou affairé, ou bien le
querelle, c'est le _baiser qui détourne_.
Quand l'amant attardé trouve l'amante couchée, et la baise dans son
sommeil pour lui manifester son désir, c'est le _baiser d'éveil_. En
pareil cas, la femme peut faire semblant de dormir à l'arrivée de son
amant pour provoquer ce baiser.
Quand on baise l'image d'une personne réfléchie dans un miroir ou
dans l'eau, ou bien son ombre portée sur un mur, c'est le _baiser de
déclaration_.
Quand on baise un enfant que l'on tient sur ses genoux, ou une image, ou
une statue, en présence de la personne aimée, c'est le _baiser que l'on
transmet_.
Quand la nuit, au théâtre ou dans une assemblée d'hommes de caste, un
homme s'approche d'une femme et lui baise un doigt de la main, si elle
se tient debout, ou un doigt de pied, si elle est assise; ou bien quand
une femme, en massant le corps de son amant, pose la figure sur sa
cuisse, comme si elle voulait s'en faire un coussin pour dormir de
manière à allumer son désir et lui baise la cuisse ou le gros doigt du
pied, c'est le _baiser de provocation_.
Au sujet de ces baisers on cite les vers suivants:
«Quelque chose que l'un des amants fasse à l'autre, celui-ci doit lui
rendre la pareille: baiser pour baiser, caresse pour caresse, coup pour
coup.»
APPENDICE AU CHAPITRE I
N° 1.--Bharlrihari (_l'Amour_, stance 26). «Heureux ceux qui baisent le
miel des lèvres des jeunes filles couchées dans leurs bras, la chevelure
dénouée, les yeux langoureux et à demi-clos, et les joues mouillées de
la sueur qu'a provoquée la fatigue des plaisirs d'amour.»
N° 2.--Les caresses et mignardises précédemment décrites sont
considérées par les Hindous, par les poètes latins et par beaucoup
d'auteurs modernes, comme les excitants les plus efficaces à l'amour
charnel.
Le docteur Gauthier pense, au contraire, que l'homme doit agir sur le
coeur et sur l'imagination bien plutôt que sur les sens pour préparer la
femme à l'union ou augmenter son amour. Il a sans doute raison quand il
s'agit de la généralité des femmes honnêtes; en tout cas, il est bon de
ne recourir aux moyens physiques qu'après avoir épuisé tous ceux qui
ménagent la pudeur et la délicatesse.
N° 3.--De tous les théologiens catholiques, les Jésuites sont, on le
sait, les plus indulgents; il suffit donc de citer le P. Gury pour
comparer, sur les sujets semblables, les casuistes brahmaniques et
catholiques.
_Théologie morale_, 413.--«Les baisers et les attouchements sur les
parties honnêtes ou peu honnêtes constituent des péchés mortels, si on y
cherche le plaisir charnel; véniels, s'il n'y a que de la légèreté, de
la plaisanterie, de la curiosité, etc.»
«Ils ne sont pas coupables, si c'est la coutume ou si l'on agit par
politesse ou par bienveillance.»
415. no 4.--«Mais doivent être considérés comme péchés mortels les
baisers et attouchements sur les autres parties du corps que la décence
et la pudeur prescrivent de voiler; tels, par exemple, que les baisers
sur les seins, surtout entre personnes de sexes différents et aussi les
baisers prolongés sur la bouche, notamment si on y introduit la langue.»
416.--«Les attouchements sur les parties honteuses ou qui y confinent,
même lorsqu'ils ont lieu pardessus le vêtement, constituent, en
général, un péché grave, à moins qu'on ne le fasse par pétulance, par
plaisanterie, par légèreté ou en passant.»
«A plus forte raison, en dehors du cas de force majeure, il y a péché
mortel toutes les fois qu'on touche pour le plaisir les parties
honteuses de sexes différents.»
418.--«Regarder les parties honteuses ou les parties avoisinantes d'une
personne d'un autre sexe constitue un péché mortel, à moins que ce ne
soit de loin ou pendant fort peu de temps.»
918 P. Gury. _Théologie morale_.--«Tout ce qui est nécessaire pour
accomplir l'acte conjugal ou pour le rendre plus facile, plus prompt ou
plus parfait, est absolument permis aux époux, parce que si l'on permet
la chose principale on perme aussi la chose accessoire ou le moyen qui y
conduit.
«Tout ce qui est pour la génération est permis, tout ce qui est contre
est péché mortel. Tout ce qui est en dehors est péché véniel, ou bien
est permis.»
919.--«Il n'y a pas faute dans les baisers honnêtes, dans les
attouchements sur les parties honnêtes ou moins honnêtes destinées à
montrer l'affection conjugale ou à entretenir l'amour; parce que toute
marque honnête d'amour, même tendre, est permise à ceux qui, d'après le
lien du mariage, ne doivent faire qu'un seul coeur, une seule chair.
«Il n'y a pas faute _en principe_ dans les attouchements et les regards
peu honnêtes s'ils visent _immédiatement_ à l'acte sexuel.
«Il en est de même s'ils sont _simplement_ déshonnêtes, mais nécessaires
ou utiles pour exciter la nature; car alors ils sont comme une
préparation à l'acte, comme des préliminaires.
«Il y a péché véniel dans les attouchements, les regards et les propos
honteux qui ne visent pas _immédiatement_ l'acte conjugal et n'ont
pas pour but d'entretenir l'amour légitime d'une manière modérée et
raisonnable.»
CHAPITRE II
Des embrassements ou étreintes.
Les embrassements pour se témoigner un amour réciproque, sont de quatre
sortes: par le toucher, par la pénétration, par le frottement ou la
friction, par la pression.
Le premier a lieu lorsqu'un homme, sous un prétexte quelconque, se place
à côté ou en face d'une femme, de telle sorte que les deux corps se
touchent.
L'embrassement par pénétration se produit lorsque, dans un lieu
solitaire, une femme se penche pour prendre quelque objet, et pénètre,
pour ainsi dire, de ses seins l'homme qui, à son tour, la saisit et la
presse[24].
[Note 24: Ce passage fait supposer qu'à l'époque où écrivait Vatsyayana
les femmes allaient le sein nu, comme cela a lieu encore aujourd'hui
dans quelques basses castes et pour les Pariahs. Dans certaines
peintures ou sculptures très anciennes, on voit les femmes, même celle
du roi, avec la gorge découverte.]
Ces deux premières sortes d'embrassement se font entre personnes qui ne
peuvent se voir et se parler librement.
Le troisième embrassement a lieu quand deux personnes qui se promènent
lentement, dans l'obscurité, ou dans un lieu solitaire, frottent leurs
corps l'un contre l'autre.
Lorsque, dans les mêmes circonstances, l'un des amants presse fortement
le corps de l'autre contre un mur ou un pilier, c'est de l'embrassement
par pression.
Ces deux derniers contacts se font d'un accord commun.
Dans un rendez-vous, on se livre aux embrassements partiels, visage
contre visage, sein contre sein, Jadgana contre Jadgana (partie du corps
comprise entre le nombril et les cuisses), cuisses contre cuisses, et
aux étreintes de tout le corps, avec toutes sortes de mignardises, la
femme laissant flotter ses cheveux épars.
Ces étreintes portent les noms suivants: 1° celle du lierre; 2° celle
du grimpeur à l'arbre; 3° le mélange du sésame avec le riz; 4° celui du
lait et de l'eau.
Dans les deux premières, l'homme se tient debout; les deux dernières
font partie de la connection.
1° La femme enserre l'homme comme le lierre l'arbre; elle penche la tête
sur la sienne pour le baiser en poussant de petits cris: sut, sut; elle
l'enlace et le regarde amoureusement.
2° La femme met un pied sur le pied de l'homme et l'autre sur sa cuisse,
elle passe un de ses bras autour de son dos et l'autre sur ses épaules,
elle chante et roucoule doucement, et semble vouloir grimper pour
cueillir un baiser.
3° Contact: l'homme et la femme sont couchés et s'étreignent si
étroitement que les cuisses et les bras s'entrelacent comme deux lianes
et se frottent pour ainsi dire.
4° L'homme et la femme oublient tout dans leur transport; ils ne
craignent et ne sentent ni douleur, ni blessures; se pénétrant
mutuellement, ils ne forment plus qu'un seul corps, une seule chair,
soit que l'homme tienne la femme assise sur ses genoux, ou de côté, ou
en face, ou bien sur un lit.
Un poëte a formulé cet aphorisme sur le sujet:
«Il est bon de s'instruire et de converser sur les embrassements, car
c'est un moyen de faire naître le désir; mais, dans la connexion, il
faut se livrer même à ceux que le Kama Shastra ne mentionne pas, s'ils
accroissent l'amour et la passion.»
On observe les règles du Shastra tant que la passion est modérée; mais
quand une fois la roue de l'amour tourne, il n'y a plus ni Shastra ni
ordre à suivre.
CHAPITRE III
Des pressions et frictions (App 1), égratignures, marques faites avec
les ongles.
Généralement, les marques avec les ongles s'impriment sur les aisselles,
la gorge, les seins, les lèvres, le Djadgana ou milieu du corps, et les
cuisses.
Ce sont, aussi bien que les morsures, des témoignages d'amour
singuliers, souvent affectés, entre amants très passionnés; ils se les
donnent au premier rendez-vous, au départ pour un voyage, au retour,
lors d'une réconciliation, enfin quand la femme est dans une ivresse
quelconque.
On fait avec les ongles huit marques, par égratignures ou pressions: la
sonore, la demi-lune, le cercle, le trait de l'ongle ou la griffe du
tigre, la patte de paon, le saut du lièvre, la feuille de lotus bleu.
La sonore se fait en pressant le menton, les seins, la lèvre inférieure
ou le Djadgana, assez doucement pour ne faire aucune marque ou
égratignure, et seulement pour que les poils se hérissent au contact des
ongles dont on entend le grattement.
Un amant en use ainsi avec une jeune fille, lorsqu'il la masse ou lui
égratigne légèrement la tête et s'amuse à la troubler en l'effrayant.
La demi-lune: la courbe d'un seul ongle que l'on imprime sur le cou ou
les seins.
Le cercle: l'ensemble de deux demi-lunes opposées. Cette marque se fait
ordinairement sur le nombril, dans les petits creux qui se forment
autour des fesses dans la station droite, aux aînes.
Le trait: un petit trait d'ongle que l'on imprime sur une partie
quelconque du corps.
La griffe de tigre: ligne courbe tracée sur le sein.
La patte de paon: courbe semblablement tracée sur le sein avec les cinq
ongles; celui qui la réussit est considéré comme un artiste.
Le saut du lièvre: la marque des cinq ongles est faite près d'un bouton
du sein.
La feuille de lotus bleu: marques faites sur les seins ou les hanches en
forme de feuilles de lotus.
Il existe encore d'autres marques et même en nombre illimité; car, dit
un auteur ancien: «l'art d'imprimer les marques d'amour est familier à
tous.» (App. n°2).
Vatsyayana ajoute: «De même que la variété est nécessaire dans l'amour,
la variété, à son tour, engendre l'amour.
C'est pourquoi les courtisanes, qui n'ignorent rien de ce qui concerne
l'amour, sont si désirables.
On ne fait point de marques avec les ongles sur les femmes mariées; mais
on peut faire des marques particulières sur les parties cachées de leur
corps, comme souvenir et pour accroître l'amour.
Les marques des ongles même anciennes et presque effacées rappellent à
une femme et réveillent son amour qui, sans cela, pourrait se perdre
tout à fait.
Une jeune femme sur les seins de laquelle apparaissent ces empreintes
impressionne même un étranger qui les aperçoit à distance.
Un homme qui porte des marques d'ongles et de dents réussit auprès des
femmes, même celles qui sont rebelles à l'amour.
APPENDICE AU CHAPITRE III
N° 1. Ovide, _Art d'aimer_, liv. II.--«Au lit, les amants ne garderont
pas leurs mains immobiles; leurs doigts sauront s'exercer dans le
mystérieux asile où l'amour aime à pénétrer en secret.
«Quand vous aurez trouvé ces endroits qu'une femme aime à sentir
toucher, qu'une sotte pudeur ne vous empêche pas d'y porter la main.
«Vous verrez briller dans ses yeux une mobile clarté, comme les rayons
du soleil se réfléchissent dans l'onde limpide.
«Elle fera entendre des plaintes, d'agréables paroles, des soupirs
d'amour, de tendres gémissements.»
N° 2.--«Les égratignures avec les ongles sont choses malsaines, surtout
dans les pays très chauds, comme l'Inde, où les plaies se guérissent
difficilement. On sait que l'acide unguique contenu dans la corne de
l'ongle est un poison des plus violents. Il suffit de râper l'ongle à
forte dose, dans une boisson, pour qu'elle devienne mortelle. Selon
quelques auteurs, ce fut ainsi que Thémistocle exilé se donna la mort.
CHAPITRE IV
Des morsures.
On peut mordre toutes les parties du corps que l'on baise, excepté la
lèvre inférieure, l'intérieur de la bouche et les yeux.
Les qualités des dents sont: l'éclat, l'égalité entre elles, les
proportions convenables, l'acuité aux extrémités.
Leurs défauts sont d'être rudes, molles, grandes et branlantes.
On distingue plusieurs sortes de morsures: celles non apparentes, ne
laissant sur la peau qu'une rougeur momentanée;
La morsure gonflée: la peau a été saisie et tirée comme avec une
tenaille;
Le point: une très petite portion de peau a été saisie par deux dents
seulement;
Corail et joyau: la peau est pressée à la fois par les dents (les
bijoux) et les lèvres (le corail);
La ligne de joyaux: la morsure est faite avec toutes les dents;
Le nuage brisé: ligne brisée formée de points sortant et rentrant par
rapport à un arc de courbe, à cause de l'intervalle entre les dents;
La morsure du verrat: sur les seins et les épaules, deux lignes de dents
marquées les unes au-dessus des autres, avec un intervalle rouge.
Les trois premières morsures se font sur la lèvre inférieure; la ligne
de points et celle des joyaux, sur la gorge, la fossette du cou et aux
aînes.
La ligne de points seule s'imprime sur le front et les cuisses.
La morsure gonflée, et celle dite corail et joyau, se font toujours sur
la joue gauche dont les traces d'ongles et de dents sont considérées
comme les ornements.
On témoigne à une femme qu'on la désire en faisant, avec les ongles et
les dents, des marques sur les objets suivants qu'elle porte ou qui
lui appartiennent: un ornement du front ou des oreilles, un bouquet de
fleurs, une feuille de béthel ou de tamala.
Voici à ce sujet quelques vers:
«Quand un amant mord bien fort sa maîtresse, celle-ci doit, d'une feinte
colère, le mordre deux fois plus fort.»
Ainsi, pour un point, elle rendra une ligne de points; pour une ligne de
points, un nuage brisé.
Si elle est très exaltée, et si, dans l'exaltation de ses transports
passionnés, elle engage une sorte de combat, alors elle prend son amant
par les cheveux, attire à elle sa tête, lui baise la lèvre inférieure;
puis, dans son délire, elle le mord par tout le corps, en fermant les
yeux.
Et même le jour et en public, quand son amant lui montre quelque marque
qu'elle lui a faite, elle doit sourire à cette vue, tourner la tête de
son côté comme si elle voulait le gronder, lui montre à son tour, d'un
air irrité, les marques que lui-même lui a faites.
Quand deux amants en usent ainsi, leur passion dure des siècles sans
diminuer.
APPENDICE AU CHAPITRE IV
Ovide ne parle guère des mignardises que dans la XIVe Élégie du livre
III, _Des Amours._
«Non, je ne te défends pas quelques faiblesses, puisque tu es belle.
«Il est un lieu fait pour la débauche; là, ne rougis point de te
dépouiller de la tunique légère qui voile tes charmes et de soutenir sur
ta cuisse celle de ton amant; là, qu'il glisse entre tes lèvres de rose,
sa langue jusqu'au fond de ta bouche, et que l'amour varie en mille
manières les jeux de Vénus. Là, n'épargne ni les douces paroles, ni les
caresses provocantes, et fais trembler ta couche par des mouvements
lascifs. Mais fais au moins que je l'ignore; que je ne voie pas tes
cheveux en désordre et la trace d'une dent marquée sur ton cou.
«Si je venais à te surprendre nue dans les bras d'un autre, j'en
croirais plutôt la bouche que mes yeux.»
Properce, livre III, Élégie VIII.
Morsures entre amants.
«Quelle douce querelle tu me fis hier aux flambeaux!
Avec quel plaisir j'ai vu tes éclats, entendu tes malédictions!
«Échauffée par le vin, tu repousses ta table et tu me lances, d'une
main égarée, des coupes encore pleines. Eh bien, poursuis, saisis mes
cheveux, déchire ma figure, menace mes yeux, arrache mes vêtements et
mets à nu ma poitrine, voilà des marques certaines de tendresse.
«Jamais de colère furieuse chez une femme sans un violent amour.
«Quand une belle s'emporte aux amours, qu'elle parcourt les rues comme
une bacchante, que de vains songes l'épouvantent souvent ou qu'elle
s'émeut à la vue d'une jeune fille, ces marques trahissent un amour
réel; pour croire à la fidélité, il faut qu'elle se montre par des
injures.
«Dieu de Cythère, donne à mes ennemis une amante insensible.
«Que mes rivaux comptent sur mon sein les dents de ma maîtresse.
«Que des traces bleuâtres montrent à tous que je l'aime près de moi.
«Je veux me plaindre d'elle ou entendre ses plaintes.
«Je serai, ô Cynthie, toujours en guerre avec toi ou pour toi avec mes
rivaux.
«Je t'aime trop pour vouloir quelque trêve; jouis du plaisir de n'avoir
point d'égale en beauté.
CHAPITRE V
Des diverses manières de frapper et des petits cris qui leur répondent.
Les coups sont une sorte de mignardise.
On assimile l'union sexuelle à une dispute, à cause des mille
contrariétés qui surgissent entre amants et de leur disposition à se
quereller.
Les parties du corps que l'on frappe par passion sont: les épaules, la
tête, la poitrine entre les seins, le dos, le Jadgana, les hanches et
les flancs.
On frappe avec le dos de la main, avec les doigts réunis en tampon, avec
la paume de la main, le poing.
Lorsque la femme reçoit un coup, elle fait entendre divers sifflements
et huit sortes de petits cris:
Phra! Phat! Sout et Plat; le cri tonnant, le roucoulant, le pleureur.
Le son Phat imite le son du bambou que l'on fend.
Le son Phut, celui que fait un objet qui tombe dans l'eau.
Les femmes prononcent aussi certains mots, tels que:
Mère, Père, etc.
Quelquefois ce sont des cris ou des paroles qui expriment la défense, le
désir de la séparation, la douleur ou l'approbation.
On peut ajouter à ces exclamations diverses l'imitation du bourdonnement
des abeilles, le roucoulement de la colombe et du coucou, le cri du
perroquet, le piaillement du moineau, le sifflement du canard, la
cascadette de la caille et le gloussement du paon.
Les coups de poing se donnent sur le dos de la femme pendant qu'elle est
assise sur les genoux de l'homme; elle doit riposter en feignant d'être
fâchée et en poussant le cri roucoulant et le pleureur.
Pendant la connexion, on donne entre les deux seins, avec le revers de
la main, des petits coups qui vont en se multipliant et s'accélérant à
mesure que l'excitation augmente, jusqu'à la fin de l'union; à ce moment
on prononce le son Hin répété, ou d'autres alternativement, ou ceux que
l'on préfère dans ce cas.
Quand l'homme frappe la tête de la femme avec le bout de ses doigts
réunis, il prononce le son Phat et la femme le son roucoulant, et ceux
Phat et Phut.
Quand on commence les baisers et autres mignardises, la femme doit
toujours siffler.
Pendant l'excitation, quand la femme n'est pas habituée aux coups, elle
prononce continuellement les mots: assez, assez, finissez et aussi ceux
de père, mère, mêlés de cris et de gémissements, les sons tonnants et
pleureurs.
Vers la fin de l'union, on presse fortement avec la paume des mains les
seins, le Jadgana ou les flancs de la femme et celle-ci fait entendre
alors le sifflement de l'oie, ou la cascadette de la caille.
On peut compter parmi les modes de frapper l'usage de quelques
instruments particuliers à certaines contrées de l'Inde, principalement
à celles du sud:
Le coin entre les seins, les ciseaux pour la tête, les perçoirs des
joues (sans doute des aiguilles très fines). Vatsyayana condamne cet
usage comme barbare et dangereux, et il cite des accidents graves et
même mortels qu'il a occasionnés.
APPENDICE AU CHAPITRE V
N° 1. Contenance des femmes pendant l'union.
Toutes ces pratiques et mignardises sont plutôt de convention que
naturelles, comme tout ce que font les Hindous.
Une Bayadère égarée dans Paris et qui en voudrait faire usage, serait
une curiosité si extraordinaire qu'elle aurait certainement un succès de
vogue pour rire.
La contenance que les femmes d'Europe ont naturellement, ou prennent
pendant l'union, est très variable; les trois types les plus saillants
sont: celles qui gardent le silence et ferment les yeux;
Celles qui font beaucoup d'exclamations et de démonstrations;
Enfin, celles qui, comme prises d'attaques de nerfs, se pâment ou
s'évanouissent.
N° 2.--A Rome, les coups entre amants n'étaient pas seulement des
mignardises, bien qu'ils pussent être du goût des belles, comme ils
l'étaient de celui de la ménagère de Colin, chantée par Béranger, et de
la fille de faubourgs de Jules Barbier, qui voulait un amant:
«Qui la batte et la fouaille depuis le soir jusqu'au matin.»
Tous les poètes élégiaques latins se reprochent d'avoir battu et
maltraité leurs maîtresses, ou se louent d'avoir été frappés par elles.
Ovide, _Les Amours, _livre I, Elégie VII.
«Ma maîtresse pleure des coups que je lui ai donnés dans mon délire.
N'était-ce point assez de l'intimider par mes cris, par mes menaces, de
lui arracher ses vêtements jusqu'à la ceinture! J'ai eu la cruauté de la
traîner par les cheveux et de lui sillonner les joues de mes ongles.
«Puis, honteux de ma stupide barbarie, j'ai imploré son pardon. Ne
crains pas, lui disais-je, d'imprimer tes ongles sur mon visage,
n'épargne ni mes yeux ni ma chevelure, que la colère aide tes faibles
mains.»
Tibulle, livre I, Élégie X.
«La guerre s'allume entre les amants; la jeune fille accable de
reproches le cruel qui a enfoncé sa porte et lui a arraché les cheveux.
Ses joues meurtries sont baignées de larmes; mais le vainqueur pleure à
son tour de ce que son bras a trop bien servi sa colère.
«Il faut être de pierre ou d'acier pour frapper la beauté qu'on aime.
«C'est assez de déchirer sa tunique légère, de briser les liens qui
retiennent ses cheveux, de faire couler ses larmes.
«Heureux celui qui, dans sa colère, peut voir pleurer une jeune fille;
mais celui qui frappe n'est bon qu'à porter le bouclier et le pieu;
qu'il s'éloigne de la douce Vénus.»
Les jeux des filles de Sparte.
Les jeux des filles de Sparte qui avaient un but sérieux au temps
de l'indépendance de cette République, n'étaient plus, après son
asservissement, qu'un spectacle licencieux que Properce a décrit dans
l'Élégie XIV du livre III.
«Heureuse Lacédémone, nous admirons les jeux où se forment les jeunes
filles. Sans honte, elles paraissent nues au milieu des lutteurs. Tour à
tour, on les voit, couvertes de poussière, attendre l'heure de la lice
et recevoir les rudes coups du pancrace.
«Elles attachent le ceste à leurs bras, lancent le disque, ou bien elles
font décrire un cercle à un coursier rapide, ceignent d'un glaive leurs
flancs d'albâtre et couvrent d'un casque leur tête virginale.
«D'autres fois, les cheveux couverts de frimas, elles pressent sur les
longs sommets du Taygète le chien de _Laconie_.»
La loi de Sparte défend le mystère aux amants et on peut se montrer
partout en public aux côtés de la femme qu'on aime. On n'a point à
redouter la vengeance d'un mari, on n'emploie pas d'intermédiaire pour
déclarer ses feux, et si l'on est repoussé, on n'a point à subir de
longs délais. Le regard errant à l'aventure n'est point trompé par la
pourpre de Tyr, ou intercepté par un nombreux cortège d'esclaves.
La description que, dans son chapitre XLII, Lucien donne de la lutte
amoureuse entre Lucius et Palestra lui a peut-être été suggérée par les
jeux de Sparte:
«Nue et droite Palestra commande:
«Frotte-toi d'huile, embrasse ton adversaire, renverse-le d'un croc en
jambe, tiens-le sous toi, glisse; un écart, qu'on se fende, serre bien;
prépare ton arme en avant; frappe, blesse, pénètre jusqu'à ce que tu
sois las. De la force dans les reins! allonge maintenant ton arme,
pousse-là par en bas; de la vigueur; vise au mur, frappe; dès que tu
sens mollir, vite un dégagement et une étreinte; tiens ferme, pas tant
de précipitation; un temps d'arrêt! Allons! au but! Te voilà quitte.
«Une pose, maintenant, dit Palestra, la lutte à genoux! et elle
tombe-sur ses genoux au milieu du lit. Te voilà au milieu, beau lutteur!
serre ton adversaire comme un noeud; penche-le ensuite et fonds sur lui
avec ton trait acéré, saisis-le de près et ne laisse aucun intervalle
entre vous. S'il commence à lâcher prise, enlève-le sans perdre un
instant, tiens-le en l'air, frappe-le en dessous et ne recule pas sans
en avoir reçu l'ordre; fais-le coucher, contiens-le, donne-lui de
nouveau un croc-en-jambe afin qu'il ne t'échappe pas; tiens-le bien et
presse ton mouvement; lâche-le, le voilà terrassé, il est tout en nage.»
CHAPITRE VI
Querelles entre amants.
On peut considérer les querelles entre amants comme une sorte de
mignardise ou de moyen d'excitation.
Une femme qui aime beaucoup un homme ne souffre pas qu'il parle devant
elle d'une rivale, ni que, par mégarde, il l'appelle du nom d'une autre
femme. Quand cela arrive, il en résulte une grosse querelle; la femme
se fâche, crie, dénoue ses cheveux et les laisse tomber en désordre,
se jette à bas de son lit ou de son siège, lance loin d'elle ses
guirlandes, ses ornements et se roule à terre.
L'amant s'efforce alors de l'apaiser par de bonnes paroles; il la relève
et la replace avec précaution sur son lit ou siège; mais elle, sans rien
répondre, se fâche plus fort encore et le repousse; le tirant par les
cheveux, elle lui abaisse la tête, puis elle lui donne des coups de pied
dans les jambes, dans la poitrine et dans le dos; elle se dirige vers
la porte de la chambre comme pour sortir, mais elle ne sort pas; elle
s'arrête près de la porte et fond en larmes.
Au bout de quelques moments, quand elle juge que son amant a fait par
ses paroles et ses actes tout ce qu'il pouvait pour se réconcilier,
elle doit se montrer satisfaite en le serrant dans ses bras et en
lui témoignant son désir de s'unir à lui pour tout oublier; alors la
réconciliation est parfaite.
Quand la femme a sa demeure séparée et que les deux amants se sont
quittés en querelle, la femme signifie à son amant que tout est rompu
entre eux; alors celui-ci envoie successivement vers elle, pour
l'apaiser: le Pitkamarda, le Vita et le Vidashaka.
Elle se rend enfin, elle revient chez son amant et passe la nuit avec
lui.
Voici deux aphorismes au sujet des mignardises qui accompagnent l'union.
Lorsque la connexion est commencée, la passion détermine seule tous les
actes des deux amants.
Toutefois l'homme doit s'étudier, pour reconnaître la manière de
procéder qui lui donne le plus de ressources dans la connection.
Il doit aussi étudier la femme avec laquelle il a des rapports suivis
pour se comporter avec elle de la façon qui lui procure le plus de
plaisir.
La femme doit aussi faire sur elle-même et sur son amant les mêmes
observations, afin de pouvoir seconder son bon vouloir dans la
connection.
Le propre de l'homme est la rudesse et l'impétuosité, celui de la femme,
la délicatesse, la tendresse, l'impressionnabilité, la répugnance pour
les choses naturellement déplaisantes.
L'excitation et l'habitude peuvent produire des effets contraires à
la nature de chaque sexe; mais ils ne sont que passagers, et celle-ci
revient toujours.
APPENDICE AU CHAPITRE VI
Art d'aimer (Ovide, livre II).
«Je ne vous condamne pas à la fidélité, mais tenez secrets vos larcins
d'amour.
Ne faites point à une femme de présents qui puissent être reconnus par
un autre [25].
[Note 25: Le général Lecourbe s'amusa à faire cadeau du même costume
pour la fête patronale à une douzaine de paysannes qu'il avait pour
maîtresses dans le bourg qu'il habitait dans le département de l'Ain; ce
n'est pas là le plus beau de ses exploits.]
«Si votre maîtresse découvre une infidélité, ne craignez pas de nier;
n'en soyez ni plus soumis, ni plus caressant que de coutume; ce serait
vous avouer coupable, mais prouvez lui par votre vigueur que vous êtes
tout à elle.
«Mais si votre, amante se refroidit, laissez-lui croire à une
infidélité. Heureux celui dont la maîtresse offensée s'évanouit, à qui
elle arrache les cheveux, meurtrit le visage de ses ongles, qu'elle ne
voit qu'en versant des larmes, et sans lequel elle voudrait, mais ne
peut vivre.
«Hâtez-vous toutefois de mettre fin à sa désolation, sa colère pourrait
s'aigrir en se prolongeant.
«Signez la paix dans son lit: c'est là que naquirent ces deux jumeaux,
le pardon et la réconciliation.
«Voyez ces colombes qui viennent de se battre, elles se béquètent
tendrement, elles se caressent et s'expriment leur amour par de doux
roucoulements.
L'Infidélité (Properce, livre IV, Élégie VIII).
La querelle de Properce avec Cynthie est le modèle du genre.
«Un élégant attelage avait conduit à Lavinium ma Cynthie pour y faire à
Vénus quelques sacrifices.
«Irrité de ses infidélités, je voulus changer de couche. J'invite une
certaine Phillis peu séduisante à jeun, mais en qui tout plaît quand
elle est ivre; et, avec elle Théia, femme aimable, mais à qui, dans le
vin, un seul homme ne suffit pas.
«Je voulais passer la nuit avec elles, pour oublier mes chagrins et
réveiller mes sens par la nouveauté.
«Un seul lit fut dressé pour nous trois, sur un gazon à l'écart.
«J'étais entre Théia et Phillis, Lydgamus nous versait à boire un vin
grec de Métymne le plus exquis.
«Un égyptien jouait de la flûte, Phillis des castagnettes, et la rose
pleuvait au hasard sur nos têtes, tandis qu'un nain ramassé dans sa
courte grosseur agitait ses petits bras au son des instruments.
«Cependant nos lampes épuisées ne donnaient qu'une faible lueur. La
table s'était renversée; les dés ne m'apportaient que des coups du plus
triste augure.
«En vain Théia et Phillis chantaient et se découvraient le sein; j'étais
sourd et aveugle, ou plutôt j'étais tout seul aux portes de Lanuvium.
«Soudain, ma porte crie sur ses gonds et j'entends à l'entrée un léger
bruit.
«Bientôt, Cynthie rejette le battant avec violence; son regard nous
foudroie; c'est toute la fureur d'une femme; c'est le spectacle d'une
ville prise d'assaut.
«Dans son courroux, Cynthie jette ses ongles au visage de Phillis; et
Théia, saisie d'effroi, appelle au feu le voisinage qui s'éveille, et
les lumières brillent; dans la rue, s'élève un affreux tumulte; les deux
femmes, les cheveux épars, se réfugient dans la première taverne qui
s'ouvre.
«Cynthie, toute fière de sa victoire, revient alors près de moi, me
frappe, au visage sans pitié, imprime ses ongles dans ma poitrine, me
mord et veut m'aveugler.
«Lasse enfin de me frapper, elle saisit Lygdamus, caché dans la ruelle
du lit et qui implore à genoux ma protection.
«Enfin, moi-même j'implore mon pardon à ses pieds; si tu veux, dit-elle,
que j'oublie ta faute, jamais à l'avenir n'étale une vaine parure, ni au
portique de Pompée, ni aux yeux licencieux du Forum; tu ne t'arrêteras
jamais devant une litière entr'ouverte.
«J'accuse surtout Lygdamus de mes chagrins; qu'il soit vendu, et qu'il
traîne à ses pieds une double chaîne.
«Ensuite, elle purifie la place que Phillis et Théia avaient touchée;
elle me fait changer complètement de vêtements; et trois fois elle
promène au bord de ma tête le souffle enflammé; après qu'on eut échangé
le lin de ma couche, nous cimentâmes la paix par d'ardentes caresses.
CHAPITRE VII
Des goûts sexuels des femmes des diverses régions de l'Inde.
L'auteur donne sur les femmes des différentes contrées de l'Inde des
renseignements qu'il destine aux hommes pour qu'au besoin ils sachent en
faire usage.
Les femmes du centre, entre le Gange et la Jumma, ont des sentiments
élevés et ne se laissent point faire de marques avec les ongles ni avec
les dents.
Les femmes d'Avantika ont le goût des plaisirs bas et des manières
grossières.
Les femmes du Maharashtra aiment les soixante-quatre sortes de voluptés.
Elles se plaisent aux propos obscènes et sont ardentes au plaisir.
Les femmes de Patalipoutra (aujourd'hui Pathna) ont les mêmes ardeurs
que les précédentes, mais ne les manifestent point publiquement.
Les femmes Dravidiennes, malgré les caresses de toutes sortes,
s'échauffent difficilement et n'arrivent que lentement au spasme
génésique.
Les femmes de Vanavasi sont assez froides et peu sensibles aux caresses
et aux attouchements et ne souffrent point de propos obscènes.
Les femmes d'Avanti aiment l'union sous toutes ses formes, mais à
l'exclusion des caresses accessoires.
Les femmes de Malva aiment les baisers, les embrassements et surtout les
coups, mais non les égratignures et les morsures.
Les femmes de Punjab sont folles de l'auparishtaka (caresses avec la
langue, plaisir lesbien)[26].
[Note 26: Plaisir lesbien ou saphisme, titillation ou succion du
clitoris ou de la vulve ou de tous les deux avec la langue. Aujourd'hui
le saphisme a remplacé généralement la tribadie.]
Les femmes d'Aparatika et de Lat sont très passionnées et poussent
doucement le cri: Sit!
Les femmes de l'Oude ont les désirs les plus impétueux, leur semence
coule avec abondance et elles y aident par des médicaments.
Les femmes du pays d'Audhra ont des membres délicats et sont très
voluptueuses.
Les femmes de Ganda sont douces de corps et de langage.
APPENDICE AU CHAPITRE VII
Note I.--Les femmes du centre et du nord-ouest de l'Inde sont grandes et
fortes, mais beaucoup moins délicates que celles du sud.
Ces dernières, d'une taille plutôt au-dessous qu'au-dessus de la
moyenne, ont les membres très délicats et les attaches très fines. Elles
ont toutes de belles dents, de beaux yeux et de beaux cheveux très noirs
et très lisses, qu'elles ont soin d'oindre fréquemment d'huile; elles
les roulent par derrière, en un chignon fixé à côté de l'oreille droite;
elles les ornent de fleurs jaunes, et, quand elles le peuvent, elles y
ajoutent des bijoux d'or placés au sommet de la tête ou à l'extrémité du
chignon.
Les indiennes recherchées dans leur toilette se jaunissent, avec
du safran, toutes les parties du corps qui se laissent voir, et se
noircissent, avec une solution d'antimoine, le bord des paupières.
Selon leurs moyens, elles se parent de bracelets d'or, d'argent ou de
cuivre. Celles qui sont riches se couvrent de bijoux.
La parure d'argent se porte aux jambes et aux pieds, quelquefois aux
bras.
Chaque doigt de pied a son anneau particulier.
Enfin, elles portent au nez un anneau en or très mince, d'un décimètre
de diamètre, de la même manière que nos femmes portent des boucles
d'oreilles.
Les bijoux étant les seuls ornements des femmes indiennes, elles les
gardent constamment, même lorsqu'elles vaquent aux soins domestiques
dont aucune n'est dispensée, pas même les brahmines. Dans l'Inde, toutes
les femmes se font épiler tout le corps.
Les femmes de l'Inde sont naturellement d'une très grande douceur.
Note 2.--Goûts sexuels des dames romaines sous les Césars.
Citons comme toujours les poètes:
Juvénal, Satire VI, _Les femmes_.
«Quelle femme peux-tu épouser sans crainte? à voir l'acteur Bathyle
danse mollement la Léda, Tuccia se pâme; Appulla, comme aux bras d'un
amant, roucoule de petits cris. Telle est folle d'un comédien qui la
ruine; telle a tué la voix d'un ténor. Hispulla adore un tragédien.
Épouse donc et tes enfants naîtront d'une lyre, d'une flûte, d'Echion,
de Glaphyre, d'Embroise.
Hippia, femme d'un sénateur, suit en Égypte un gladiateur.
Agrippine quitte la couche de Claude et court au lupanar chaud d'une
vapeur fétide, où l'attend sa loge vide; nue, une résille d'or sur les
seins, sous le nom de Lycisca, elle montre à qui veut s'en repaître les
flancs qui ont porté Britannicus.
Elle attire ceux qui entrent, perçoit l'argent, assouvit la passion d'un
grand nombre d'hommes qui se succèdent sans relâche. Quand le patron
renvoie ses nymphes, elle sort, mais la dernière et malgré elle. Dévorée
d'ardents prurits, les sens et les organes en feu, palpitante, rompue
par les assauts soutenus, mais non rassasiée, elle porte au chevet des
Césars l'âcre parfum du lupanar.»
Le lupanar où se rendait Messaline ne gardait, on le voit, les femmes
que la nuit; c'était sans doute le cas général.
Le lupanar de Pompéï se compose de petites cellules disposées autour
d'une cour rectangulaire. Sur la clef de voûte en relief de la porte
d'entrée sur la rue, et comme pour servir d'enseigne, sont sculptés des
organes virils de dimensions colossales.
Juvénal, _Mystères de la bonne déesse._
Les membres rougis de vin, elles luttent aux joutes de Vénus. La tribade
Lanfulla défie les filles des lupanars. Insatiable et infatigable,
elle les force à demander merci sous ses caresses. Puis elle se livre
elle-même à la tribade Mesulline qu'elle adore et qui s'attache à ses
flancs.
De toutes les parties de l'antre s'élève un même cri:
«Des hommes! des hommes!» c'est le moment. Chaque matrone fait courir
après son amant. S'il est au lit, qu'il se couvre seulement d'un manteau
et qu'il vole!
Si les amants sont absents, qu'on prenne pour les suppléer les esclaves
de la maison. Si ceux-ci ont fui, redoutant les mystères, qu'on loue
à tout prix des porteurs d'eau. Faute d'homme, la femme non pourvue
accepte un âne.
On sait que les dames romaines se rendaient, sous un déguisement, aux
lieux où les gladiateurs s'exerçaient nus par des combats préparatoires.
Cachées dans une loge, elles assistaient à leurs luttes, faisaient leur
choix et ensuite se faisaient amener ceux qui pouvaient le mieux les
satisfaire.
Juvénal, Sat. VI.--«Il est des femmes qui aiment les timides eunuques,
leurs baisers sans fougue, leurs figures imberbes. Avec eux, elles
n'auront pas besoin de recourir à l'avortement, et malgré cela elles
jouiront à souhait. Car elles prendront soin que leur futur gardien ne
soit fait eunuque qu'après le développement complet de sa virilité.
Pour les dimensions, son pieu ferait envie à Priape. Il est remarqué et
universellement connu dans les bains publics. Qu'il dorme donc près de
la femme de son maître; mais, ô Posthume, garde-toi de lui donner ton
mignon à raser ou à épiler.»
N° 3.--Cruauté des dames Romaines, comparée à la douceur des Indiennes.
Ovide, _Art d'aimer_, livre III.
«J'aime à assister à votre toilette, à voir vos cheveux dénoués sur vos
blanches épaules. Mais je ne puis souffrir que vous déchiriez avec vos
ongles le visage de votre femme de chambre ou que vous lui meurtrissiez
le bras[27], et qu'elle mouille votre chevelure de ses pleurs et de son
sang.»
[Note 27: On voit dans les musées d'antiquités une sorte de pinces qui
servaient aux dames Romaines pour stimuler ou punir leurs esclaves; très
acérées, elles déchiraient la chair et faisaient venir le sang.]
Martial, dans son épigramme 46, maudit Lalegée qui a maltraité
cruellement sa femme de chambre pour une maladresse en la coiffant. Mais
rien n'égale les traits de Juvénal, toujours dans la Satyre VI.
«Si la nuit le mari a tourné le dos à sa moitié, l'intendante est
perdue; on dépouille nue la coiffeuse. Si le liburnien s'est fait
attendre, on le punira du sommeil de son maître.
«Les férules éclatent par la violence des coups, le sang jaillit sous
les fouets et les verges.
«On a des bourreaux à l'année. Ils frappent; l'illustre épouse se farde
le visage. Ils frappent; elle tient cercle avec ses amies, elle admire
les dessins d'une robe brochée d'or. Ils continuent; elle parcourt les
longues colonnes d'un journal. Enfin, las de frapper, les bourreaux
demandent trêve.--Sortez, crie-t-elle alors, justice est faite.
«--En croix l'esclave!--Mais quel crime a-t-il commis? demande le mari,
où sont le délateur et les témoins? Qu'on entende la cause! Il n'est
jamais trop tard pour faire mourir un homme.
«--Imbécile! un esclave est-il un homme? Coupable ou non, il mourra, je
le veux.»
Lorsqu'un gladiateur vaincu dans l'arène attendait son sort de la
décision des spectateurs, on sait que les femmes étaient toujours les
plus impitoyables.
N° 4.--Ce qui, en Europe, plaît aux femmes selon leur nationalité.
En Europe, la conduite à tenir avec les femmes pour leur plaire dépend
de leur caractère.
On admet généralement qu'il faut, pour les Françaises, la jovialité;
avec les Anglaises, l'originalité; avec les Allemandes, le sentiment
ou la sentimentalité; avec les Italiennes, la tendresse; avec les
Espagnoles, la passion.
On cite les Viennoises pour leur amabilité. L'aventure de deux grandes
dames de la cour, une princesse polonaise et la femme du ministre de la
guerre, a couru toute l'Allemagne, il y a un demi-siècle.
Dans un pari, comme deux déesses, elles se disputèrent le prix de la
beauté et prirent pour juge le public.
Fut reconnue la plus belle celle qui, dans un nombre d'heures déterminé,
se fit suivre dans un lieu intime, par le plus grand nombre de jeunes
gens racollés sur le trottoir du boulevard.
Lord Byron et avec lui tous les voyageurs ne tarissent pas d'admiration
pour la jeune fille de Cadix. Martial dit d'elle, livre XIV, 203: «Elle
a des mouvements si brusques, elle est si lascive et si voluptueuse
qu'elle eût fait se masturber Hippolyte lui-même.»
TITRE IV
DES DIFFÉRENTES MANIÈRES DE SE TENIR
ET D'AGIR DANS L'UNION SEXUELLE
CHAPITRE I
Classification des hommes et des femmes d'après les dimensions de leurs
organes sexuels, l'intensité de leur passion et la durée de l'acte
charnel.
On divise les hommes en trois classes, d'après les dimensions de leur
linga.
Classe N° 1, _Le lièvre_.--N° 2, _Le taureau_.--N° 3, _L'étalon_.
On divise également les femmes en trois classes correspondantes d'après
les dimensions de leur yoni.
N° 1, _La gazelle_.--N° 2, _La cavale_.--N° 3, _L'éléphant_ (Voir
l'Appendice, N° 1).
Il y a ainsi trois unions égales, c'est-à-dire entre des classes qui se
correspondent, et six inégales, c'est-à-dire qui ne se correspondent
pas.
Les unions du N° 2 (_taureau_) avec le N° 1 (_gazelle_), et du N° 3
(_étalon_) avec le N° 2 (_cavale_), sont dites supérieures.
Celle du N° 3 (_étalon_) avec le N° 1 (_gazelle_) est dite très
supérieure.
Les unions N° 1 (_lièvre_) avec N° 2 (_cavale_), et N° 2 (_taureau_) avec
N° 3 (_éléphant_), sont dites unions inférieures.
Celle N° 1 (_lièvre_) avec N° 3 (_éléphant_) est dite très inférieure.
Les unions supérieures sont celles qui procurent le plus de
satisfaction.
On classe de la même manière les hommes et les femmes, d'après le degré
d'intensité de la passion génésique, faible, moyen et fort (Appendice N°
2).
Ce point de vue donne, pour les unions, autant de combinaisons que le
précédent.
Il y a, en outre, une troisième classification semblable, d'après le
temps au bout duquel se produit, chez l'homme et chez la femme, le
spasme génésique, et elle donne lieu, pour les unions, aux mêmes
combinaisons (Appendice N° 3).
En combinant entre eux les numéros des trois classifications, on a un
très grand nombre de cas.
Il appartient aux hommes, et surtout aux maris, de prendre, dans
chaque cas, les moyens les plus propres à atteindre le but de l'union
(Appendice N° 4).
Dans le premier acte d'une réunion pour l'accouplement, la passion de
l'homme est intense et son terme court; c'est le contraire dans les
actes suivants. Chez la femme, c'est l'inverse qui a lieu.
APPENDICE AU CHAPITRE I
N° 1.--Dimensions des organes.
Beaucoup de rhétoriciens connaissent les distiques suivants:
OVIDE
Noscitur e pedibus quantum sit virginis antrum
Noscitur e naso quanta sit hasta viro.
Chez une femme: petit pied, petit bijou;
Chez un homme: gros nez, gros membre.
MARTIAL
Mentula tant magna est, lantus tibi, Papile nasus Ut possis, quoties
arrigis, olfacere.
Littéralement: Ton nez est si long, Hapilus, et ta mentule si grande que
tu peux la flairer quand elle est debout.
En vers: Jean a le nez si long et la verge si grande
Qu'il peut se moucher quand il bande.
Le même, Livre XI, 71.
Lydie est aussi large que le derrière d'un cheval de bronze, qu'un vieux
soulier tombé dans la boue, qu'un matelas vide de sa laine. On dit que
j'ai besogné Lydie dans une piscine d'eau de mer; c'est bien plutôt une
piscine que j'ai besognée.
N° 2.--Intensité de la passion.
Martial X. 60.--Sur Chloé et Phlogis.
Vous demandez laquelle de Chloé ou Phlogis vaut le mieux pour l'amour.
Chloé est plus belle, mais Phlogis est un volcan qui rajeunirait Nestor.
Chloé, au contraire, ne sent rien, ne dit rien. On la croirait absente
ou de marbre. Dieu fasse que Phlogis ait les formes de Chloé et Chloé le
feu de Phlogis.
Docteur Villemont, _Amour conjugal_.--C'est un péché plus grand de
forniquer avec une laide qu'avec une belle. Se griser avec du bon vin
est un péché véniel; avec du mauvais, un péché mortel.
Docteur P. Garnier.--La science repousse aujourd'hui l'ancienne théorie
de la toute puissance du clitoris sur la production des désirs vénériens
chez la femme et son développement exagéré n'est point la cause directe
de la luxure et de la tribadie. Beaucoup de femmes sont insensibles aux
titillations de cet organe puisqu'un certain nombre se masturbent en
introduisant dans le vagin des corps qui ont la forme de phallus.
L'absence de l'un des organes génitaux, clitoris, vagin ou ovaire,
suffit quelquefois, mais exceptionnellement, à'éteindre le désir chez la
femme. Le sens génésique se trouve dans toutes les parties du système
génital de la femme, il n'est exclusivement dans aucune d'elles.
Certaines femmes très amoureuses n'éprouvent aucune sensibilité spéciale
dans le clitoris et dans les bulbes du vagin, cette sensibilité est
répandue uniformément dans tout l'appareil génital, dans les seins plus
qu'ailleurs. C'est du coeur et de l'imagination qu'émanent les désirs de
la femme et c'est en excitant ses sentiments qu'on peut et qu'on doit
les provoquer.
La menstruation ne se développe pas seule. L'excitabilité génitale se
décèle souvent avec cet âge par le prurit et la masturbation chez les
petites filles et persiste encore plus souvent après chez de vieilles
femmes lascives.
L'état passif de la femme dans la copulation lui rend _cet acte
possible indéfiniment_, tandis que l'âge et les excès limitent l'homme
étroitement à cet égard.
L'embonpoint n'éteint point le désir chez la femme, mais les femmes
passionnées sont généralement très maigres.
La frigidité féminine a ses degrés et n'est souvent que relative. Malgré
sa fréquence, la répulsion en est très rarement la cause; l'attraction,
le plaisir font seuls défaut. Elle n'empêche que très rarement la femme
de se marier, ne la rend jamais stérile ni mère imparfaite.
Il existe des hommes et des femmes qui vivent continuellement sous
l'influence des organes génitaux. Ce sont ordinairement des sujets
pauvres d'intelligence et des idiots.
Phacès cite un prince maure qui, en trois jours, donnait satisfaction à
ses quarante femmes. On cite une femme publique qui, pendant dix ans, a
reçu tous les jours dix hommes sans en souffrir.
C'est surtout chez la femme douée d'une ardente imagination que la
continence provoque l'exaltation cérébrale et celle de l'organe génital.
No 3.--Durée de l'acte charnel.
Ovide, _Art d'aimer_, Livre II.
Allez doucement dans l'hyménée et ne vous hâtez pas d'atteindre le but;
ne laissez pas votre maîtresse en arrière, et ne souffrez pas non plus
qu'elle vous devance dans la course. Le plaisir n'est parfait que
lorsque, également vaincus, l'homme et la femme rendent en même temps
les armes.
J'aime à entendre la voix émue de ma maîtresse exprimer son bonheur et
me prier de le faire durer.
Qu'il m'est doux de la voir se pâmer de plaisir et me demander merci.
La nature n'a point accordé cet avantage à la première jeunesse de la
femme; il est réservé à l'âge qui suit le septième lustre.
A cet âge, et même à un âge plus avancé, les femmes instruites par
l'expérience, qui seule forme les artistes, savent mieux tous les
secrets de l'art d'aimer.
Elles rajeunissent leur corps à force de soins; par mille attitudes
savantes, elles savent varier et doubler les plaisirs de Vénus; elles
font goûter le plaisir sans recourir à des moyens honteux pour rallumer
vos feux; la jouissance qu'elles procurent, elles la partagent
également. C'est pour vous, c'est pour elles qu'elles agissent alors.
Nous emprunterons la note suivante et quelques autres au _Bréviaire de
l'amour expérimental _de Jules Guyot, petit livre publié après la mort
de l'auteur par trois savants très haut placés dans l'estime publique,
_pour l'usage des gens du monde, même les plus chatouilleux au point de
vue de la décence._
N° 4.--Simultanéité des spasmes.
Docteur Jules Guyot, 11° méditation.
La meilleure préparation pour la fécondation est la continence de
l'homme.
L'époque la plus favorable à la conception est le septennaire qui suit
la menstruation.
Les conditions nécessaires sont la simultanéité des deux spasmes ou, à
défaut, le spasme de la femme provoqué le plus tôt possible après celui
de l'homme.
L'ignorance ou la négligence de cette pratique est la cause des neuf
dixièmes des unions stériles (cela explique et corrobore le conseil de
Sanchez).
Cependant, par une déplorable facilité à la conception, la fécondation
se produit très souvent sans que le spasme de la femme ait eu lieu.
CHAPITRE II
Positions et attitudes diverses dans l'acte sexuel qui permettent la
fécondation.
Dans l'union supérieure, la femme doit se placer de manière à ouvrir
l'yoni.
Dans l'union égale, elle se couche sur le dos dans la position naturelle
et laisse l'homme lui faire un collier de ses bras.
Dans l'union inférieure, elle se pose de façon à rétrécir l'yoni; il est
bon aussi qu'elle prenne des médicaments propres à hâter le moment où sa
passion est satisfaite.
Pour la femme _Gazelle_, N° 1, couchée, il est trois positions:
PLEINEMENT OUVERTE.--Elle tient sa tête très basse, de manière à élever
le milieu du corps. L'homme doit alors appliquer sur son linga ou
sur l'yoni de la salive ou quelque onguent lubréfiant pour faciliter
l'introduction.
BAILLANTE.--La femme lève les cuisses et les écarte.
CELLE DE L'ÉPOUSE D'INDRA.--Elle croise ses pieds sur ses cuisses, ce
qui exige une certaine habitude. Cette position est très utile pour
l'union très supérieure (N° 4 _étalon_, avec N° 1 _gazelle_).
Pour les unions inférieures et très inférieures, on a:
1° La position bouclante: l'homme et la femme étant couchés, ont leurs
jambes étendues et appliquées directement, celles de l'un sur celles de
l'autre.
La position peut être horizontale, de côté; dans cette dernière
position, l'homme doit se tenir sur le côté gauche.
Cette règle doit être suivie toute les fois que l'on est couché et
quelque soit le numéro typique de la femme.
POSITION DE PRESSION.--Après que la connexion s'est faite dans la
position bouclante, la femme serre son amant avec ses cuisses.
POSITION ENTRELACÉE.--La femme croise, avec l'une de ses cuisses, la
cuisse de l'homme.
POSITION DITE DE LA CAVALE.--La femme serre, comme dans un étau, le
linga engagé dans son yoni. Cela s'apprend seulement par la pratique et
se fait, principalement, par les femmes du pays d'Andra.
Souvarnanabha donne en outre:
LA POSITION MONTANTE.--Dans laquelle la femme lève ses jambes toutes
droites.
LA POSITION BAILLANTE.--La femme place ses deux jambes sur les épaules
de l'homme.
LA POSITION SERRÉE.--L'homme serre contre lui les deux pieds croisés
et relevés de la femme; si un pied seulement est levé, la position est
demi-serrée. La femme met un pied sur l'épaule de l'homme et étend
l'autre jambe de côté; puis elle prend une position semblable du côté
opposé, et continue ainsi alternativement.
L'ENFONCEMENT DU CLOU.--Une des jambes de la femme est sur la tête de
l'homme et l'autre est étendue de côté.
LA POSITION DU CRABE.--Les deux pieds de la femme sont tirés et placés
sur son estomac.
LE PAQUET.--La femme lève et croise ses cuisses.
LA FORME DU LOTUS.--Dans cette position, la femme croise ses jambes
l'une sur l'autre, en tenant les cuisses écartées. Cette position est
celle indiquée plus haut sous le nom de l'épouse d'Indra.
LA POSITION TOURNANTE.--L'homme, pendant la connexion, tourne autour de
la femme sans se détacher d'elle, ni interrompre l'acte, tandis que
la femme tient son corps embrassé; cela s'apprend seulement en s'y
exerçant.
Il est facile et il convient, dit Souvernanabha, de s'unir de toutes les
manières possibles étant dans le bain; mais Vatsyayana condamne toute
connexion dans l'eau, comme contraire à la loi religieuse.
Quand la femme se tient sur ses mains et ses pieds comme un quadrupède,
et que son amant la monte comme un taureau, cela s'appelle l'union de la
vache. Dans cette position, on peut faire sur le dos toutes mignardises
qui se font ordinairement sur le devant du corps. L'homme peut aussi
saisir avec sa main droite les seins et avec la main gauche titiller le
clitoris, tandis qu'il meut son linga dans le vagin, ce qui double la
volupté de la femme ainsi caressée et peut hâter son spasme de manière à
le faire coïncider avec celui de l'homme.
C'est la position où la matrice est la mieux située pour la conception,
car alors son fond est plus bas que son orifice. C'est la plus naturelle
et la moins voluptueuse, car le clitoris n'est point touché, à moins
qu'on n'y porte la main.
APPENDICE AU CHAPITRE II
Note 1.--OVIDE, _Art d'aimer. _Livre III.
Ovide ne voit dans les attitudes diverses qu'un moyen de coquetterie
pour les belles.
Que les femmes dit-il, apprennent à se connaître pour s'offrir avec tous
les avantages aux combats de l'amour.
Si vous brillez par la beauté de vos traits, couchez-vous sur le dos;
si vous avez une croupe élégante, présentez en aux yeux toute les
richesses. Si vos jambes sont bien faites, placez les sur les épaules
de votre amant, comme Mélanion posait sur ses épaules les jambes
d'Alalante. Si vous êtes de petite taille, que votre amant remplisse le
rôle de coursier. Celle dont la taille a des inflexions voluptueuses
appuiera ses genoux sur le lit, en inclinant légèrement la tête. Celle
dont les cuisses ont la ferme beauté de la jeunesse, dont les seins ont
une courbure gracieuse, se couchera obliquement sur le lit de manière
que son amant, debout près d'elle, la voie dans cette position
charmante.
Celle dont les flancs portent les traces des travaux de Lucine combattra
comme le Parthe, le dos tourné.
Vénus, la mère des amours, en sait varier les jeux de mille manières;
mais la position la plus simple et la moins fatigante, est de s'étendre
sur le côté droit.
Déjazet avait l'habitude de dormir sur le dos, parce que, disait-elle,
«arrive qui plante!»
Note 2.--Théologiens.
Le P. Gury, art. 997.--Les fins qui rendent honnête l'acte conjugal
sont:
1° La génération qui est l'une des principales;
2° Le moyen de satisfaire les obligations entre époux;
3° Le moyen de prévenir l'incontinence chez les époux;
4° Le désir d'animer ou de faire naître un amour honnête, de montrer ou
provoquer l'affection conjugale.
(On peut remarquer que les deux dernières fins légitiment tous les
plaisirs naturels entre époux, même stériles par le fait de leur
conformation naturelle).
Art. 911.--La position tout à fait licite est celle que la nature
elle-même enseigne; c'est-à-dire, la femme couchée dessous et l'homme
dessus (faire la bête à deux dos, comme dit Rabelais).
Aucune position, quoique contre nature, n'est, en principe, gravement
défendue, pourvu que l'acte conjugal puisse être accompli, parce qu'il
n'y a pas d'obstacle à la génération.
Toute position contre nature, prise pour un motif légitime, est exempte
de faute; car, parfois, ces positions sont plus commodes ou seules
possibles; et toute commodité ou nécessité peut rendre légitime cette
dérogation, légère en elle-même, à l'ordre naturel.
Art. 912.--Cela peut arriver pour différentes causes, même celle de la
froideur, lorsqu'on est plus excité dans cette position.
Si l'homme, dit Sanchez, ne peut être amené à connaître sa femme hormis
dans une certaine position, qui doutera que la femme est tenue de la
prendre?
La position, quelle qu'elle soit, n'est condamnée en aucune façon, si
elle est la seule possible.
C'est aussi l'opinion de saint Thomas et de plusieurs autres grands
théologiens, notamment en ce qui concerne la position à retro.
Note 3.--Les hommes de l'art.
Docteur Debay, _Hygiène de l'homme et de la femme._
Toutes attitudes favorables à la fécondation sont permises, toutes
celles qui y mettent obstacle doivent être proscrites. Ainsi les
attitudes assises, indolentes, paresseuses éludent souvent le but de la
nature. L'attitude droite est on ne peut plus fatigante, elle expose
l'homme à de graves accidents, par exemple des tremblements convulsifs
et des paralysies dans les jambes dans la seconde jeunesse.
La posture à retro doit être recommandée dans l'état de grossesse ou
d'obésité de la femme et lorsque le membre viril n'a pas la longueur
requise.
Lorsque celui-ci est trop long, il peut blesser le col de l'utérus et
l'homme doit limiter son introduction à l'aide d'un bourrelet.
Aujourd'hui on applique à la racine de la verge, avant l'érection, un
anneau creux en caoutchouc de la longueur nécesaire; il est aussi facile
à mettre qu'à retirer. A son défaut, dit Venête (Cologne 1696), la femme
pourra le remplacer agréablement par sa main.
CHAPITRE III
Attitudes qui ont pour but unique la volupté.
Lorsque l'homme et la femme s'unissent debout, appuyés l'un contre
l'autre ou bien contre un mur ou un pilier, c'est _l'union appuyée._
Quand l'homme, adossé à un mur, soulève et soutient la femme assise
sur ses mains jointes et entre ses bras, tandis que celle-ci, les bras
entrelacés autour de son cou, l'embrasse avec ses cuisses vers le milieu
du corps, et s'imprime à elle-même un mouvement, à l'aide de ses pieds
qui touchent le mur auquel l'homme est appuyé, cela s'appelle la
_connexion par suspension._
(Cette position est figurée dans la collection des fermiers généraux,
reproduction des camées érotiques antiques).
On peut, de même, imiter l'acte du chien, du bouc, du daim, la montée
et la pénétration forcée de l'âne et du chat, le bond du tigre, le
frottement du verrat et la saillie de la jument par l'étalon, en opérant
comme ces différents animaux avec leurs femelles.
L'UNION D'UN HOMME AVEC DEUX FEMMES.
Quand un homme caresse deux femmes dans le même moment, cela s'appelle
l'union double. Elle peut se faire lorsque deux femmes se tiennent
horizontalement sur le bord d'un lit, l'une sur l'autre, face à face,
comme deux amants, et les jambes en dehors du lit; le linga passe
alternativement d'un yoni dans l'autre, par des coups successifs, les
uns à _recto_, les autres à _retro_.
L'union simultanée avec plusieurs femmes s'appelle l'union avec un
troupeau de vaches.
On a de même _l'union dans l'eau; _c'est celle de l'éléphant avec
plusieurs femelles, qui ne se pratique, dit-on, que dans l'eau; _l'union
avec plusieurs chèvres, celle avec plusieurs gazelles, _c'est-à-dire que
l'homme reproduit avec plusieurs femmes les mêmes actes que ces animaux
avec plusieurs femelles.
Dans le Gramaneré, plusieurs hommes jeunes jouissent d'une femme qui
peut être l'épouse de l'un d'eux, l'un après l'autre ou tous en même
temps. La femme est étendue sur l'un d'eux; un autre consomme l'hyménée
de l'yoni et du linga; un troisième se sert de sa bouche, un quatrième
embrasse étroitement le milieu de son corps et ils continuent de cette
manière, en jouissant alternativement des différentes parties de la
femme (App. n° 1).
La même chose peut se faire quand plusieurs hommes sont en compagnie
avec une courtisane, ou quand il n'y a qu'une courtisane pour satisfaire
un grand nombre d'hommes.
L'inverse peut se faire par les femmes du harem royal, quand,
accidentellement, elles peuvent y introduire un homme.
Dans le sud de l'Inde, on pratique aussi l'union basse, c'est-à-dire
l'introduction du linga dans l'anus (App. n° 2).
L'aphorisme suivant forme, en deux vers, la conclusion du sujet:
«L'homme ingénieux multiplie les modes d'union en imitant les
quadrupèdes et les oiseaux; car ces différents modes pratiqués suivant
l'usage de chaque pays et les goûts de chaque personne inspirent aux
femmes l'amour, l'amitié et le respect.»
APPENDICE AU CHAPITRE III
N° 1. Martial, livre X.--«Deux galants se rencontrèrent un matin, chez
Phillis, elle les satisfit tous les deux en même temps: l'un la prit par
devant, et l'autre par derrière.»
N° 2. _La Sodomie_.--Dans l'Inde, cette pratique, à cause des souillures
qu'elle est censée entraîner, n'a jamais eu beaucoup de faveur.
Les musulmans l'y ont propagée en l'approuvant.
Il ne paraît être ici question que de l'union basse, entre un homme
et une femme; elle est moins révoltante que la sodomie parfaite,
qualification que les théologiens donnent à l'union avec un mignon.
Le P. Gury, art. 434.--«La sodomie parfaite n'est pas de la même espèce
que la sodomie imparfaite, parce que, dans la première, l'homme est
porté vers le même sexe et contre la nature, dans la seconde il est
porté contre la nature.
«La première a un nom grec: la Philopédie [Grec: Philopaidia], amour des
jeunes garçons.»
On sait combien la Philopédie était en faveur chez les Grecs et les
Romains. Tous les vers d'Anacréon sont consacrés à Batyle. Qui ne
connaît le vers de Virgile:
«Formosum pastor Corydon ardebat Alexim!
N° 3. _Les Latins_.--Parmi les poètes latins qui ont chanté l'amour,
Ovide est le seul qui se taise sur les mignons.
Catulle et Tibulle se montrent attachés à leurs mignons autant qu'à
leurs maîtresses. Catulle, poésie XV. «Je te recommande mes amours,
Aurélius, toi qui es redoutable à tous les adolescents beaux ou laids.
Satisfais ta passion quand et comme il te plaira, dans toutes les
ruelles où tu trouveras un mignon de bonne volonté, je n'en excepte que
le mien seul; mais si la fureur lubrique s'attaque à lui, malheur à
toi! Puisses-tu, les mains liées, publiquement exposé, subir l'affreux
supplice que le raifort et les mulets font souffrir à l'adultère (sans
doute le même qu'en Chine).
Tibulle, dans l'Élégie IV, livre I, donne des leçons aux amants des
jeunes garçons.
«Prête-toi à toutes les fantaisies de l'objet que tu aimes.
«Pour l'accompagner, ne crains ni la fatigue de la route, ni le chaud,
ni le froid, ni les intempéries.
«Veut-il traverser l'onde azurée, prends la rame.
«Veut-il s'exercer à l'escrime, badine d'une main légère, et souvent
laisse ton flanc à découvert, alors tu pourras essayer de lui ravir un
baiser qu'il laissera prendre en résistant.
«Bientôt, il accordera ces baisers à tes prières, et enfin, de lui-même,
il s'enlacera à ton cou.
«Mais hélas, les jeunes garçons ont pris l'habitude d'exiger des
présents. Enfants, aimez les doctes poètes, l'or ne doit pas l'emporter
sur la muse. Que le barbare qui est sourd à leur voix, qui vend son
amour, soit attaché au char de Cybèle, qu'il se mutile honteusement au
son de la flûte phrygienne.
«Vénus elle-même veut qu'on écoute les doux propos; elle s'intéresse aux
plaintes de l'amant qui supplie, à ses larmes touchantes.»
Dans son célèbre chapitre: _Des Amours_, Lucien complète ces leçons par
la description de la séduction finale.
Après avoir vu et contemplé, le désir vient de se rapprocher par
l'attouchement. Il commence par le chatouiller seulement du bout des
doigts en quelque endroit découvert, puis il promène la main sur tout
son corps de la même manière, ce qu'on lui permet sans difficulté.
Ensuite il essaie de prendre un baiser, chaste d'abord, où ses lèvres
sont simplement juxtaposées à celles de son ami et s'en écartent avant
de les avoir touchées complètement, de manière à n'éveiller chez lui
aucun soupçon. A mesure qu'il trouve plus de complaisance, il renouvelle
les baisers et les prolonge comme dans une sorte d'effusion, sans
passion, mais alors, aucune de ses mains ne reste inactive. Ces
embrassements apparents dans les vêtements condensent la volupté et
augmentent progressivement l'excitation; alors par une manoeuvre
lubrique, il glisse la main sous le sein de son ami et presse les
mamelons qui entrent en érection; ensuite il caresse mollement de ses
doigts le ventre arrondi et ferme et descend dans la tendre touffe qui
ombrage la puissance des organes.
«Si enim vel summis tantum digitis attigerit, totum corpus fructus ille
percurrit. Hoc ubi facilè consecutus est, tertio tentat osculum, non
statim luxuriosum illud sed placidè admovens labia labiis quæ prius
etiam quam plane se contigerint desistant, nullo suspicionis relicto
vestigio. Deindè concedenti se quoque accommodans longioribus amplexibus
quasi illiquescit, etiam placidè os diducens nullamque manum otiosam
esse patitur: nam manifesta illa in vestimentis complexionis voluptatem
conglutinant, aut latenter lubrico lapsu dextra sinum subiens, mamillas
premit paulum ultrà naturam tumentes, et duriusculi ventris rotonditatem
digitis molliter percurrit, post hoc etiam primæ laluginis in pube
florem.»
L'amour, trouvant une occasion favorable, s'emporte à une entreprise
plus hardie et frappe enfin le but qu'il a visé.
Dans sa satyre VI contre les femmes, l'austère Juvénal conseille de
prendre un mignon plutôt qu'une épouse.
«Le lit conjugal a été souillé dès l'âge d'argent, et tu te laisses,
Posthume, atteler au joug.
«Manques-tu de moyens pour y échapper? N'y a-t-il plus de cordes? plus
de fenêtres aux derniers étages? N'as-tu pas le pont Emilien près de ta
demeure?
«Et s'il te déplaît de quitter ce monde, pourquoi ne préfères-tu pas
à une fiancée cet adolescent qui dort près de toi? Lui au moins ne
profitera pas, la nuit, de votre intimité, pour te tourmenter, pour te
demander des cadeaux; il n'exige point que tu t'attaches à ses flancs
et que tu te mettes hors d'haleine aussi longtemps qu'il lui plaît.»
On peut voir dans ce conseil une simple boutade poétique; de même il ne
faut voir qu'une ironie dans la conclusion de Lucien sur le même sujet.
N°4.--Dans le chapitre XXXVIII déjà cité, Lucien se met en scène avec un
partisan des femmes et un Philopède, qui l'ont pris pour juge entre eux,
Chariclès, l'avocat de l'amour avec les femmes, parle avec beaucoup de
raison et d'éloquence et termine ainsi:
«On peut, à la rigueur, concevoir jusqu'à un certain point que l'homme
use de la femme comme vous usez d'un mignon, mais jamais et en aucune
façon il ne doit remplir l'office de femme.
«Si le commerce d'un homme avec son semblable est honnête, qu'à l'avenir
les femmes puissent s'aimer et s'unir entre elles! que ceinte de ces
instruments infâmes, inventés par le libertinage, monstrueuse imitation
faite pour la stérilité (peut-être importés à Rome de l'Inde où nous
verrons plus loin qu'ils étaient fort en usage), une femme embrasse une
autre femme comme le ferait un homme, que l'obscénité de nos tribades
triomphe impudemment. Que nos gynécées se remplissent de Philénis qui
se déshonorent par des amours androgynes. Et combien ne vaudrait-il pas
mieux qu'une femme poussât la fureur de sa luxure jusqu'à vouloir faire
l'homme que de voir celui-ci se dégrader au point de jouer le rôle d'une
femme.»
L'avocat de la philopédie, un rhéteur d'Athènes, réplique:
«L'amour avec un mignon est le seul qui puisse allier la volupté à la
vertu, car les femmes sont une chaîne et souvent un tourment qui ne
laisse point l'homme maître de lui-même, tandis qu'un jeune garçon
peut être un ami, un disciple, un compagnon d'exercices de tout genre.
D'ailleurs l'amour masculin a sur l'autre la supériorité du plaisir sur
la fonction, du superflu sur le nécessaire, etc. etc.»
Ce discours ressemble beaucoup à celui de l'avocat dans les _Plaideurs_
de Racine, et Lucien le prête au philopède avec une intention évidente
de ridicule. La cause est entendue, le juge prononce la sentence
suivante, fine ironie contre la philosophie et les philosophes de son
temps:
«Le mariage est infiniment utile aux hommes; il rend heureux quand on
rencontre bien. Mais la philopédie, considérée comme la sanction d'une
amitié pure et chaste (cas de Socrate et d'Alcibiade), n'appartient,
selon moi, qu'à la seule philosophie. Je permets donc à tous hommes de
se marier, mais les philosophes seuls ont le droit d'aimer les jeunes
gens; la vertu des femmes n'est pas pour eux assez parfaite. Ne sois
point fâché, Chariclès, si Corinthe (la ville des courtisanes) le cède à
Athènes (la ville des philosophes et des mignons).»
N° 5.--Martial adresse nombre d'épigrammes aux philopèdes et aux gitons.
IX, 64.--«Tous les gitons t'invitent à souper, Phébus; celui qui vit de
sa mentule n'est pas, je pense, un homme pur.
XI, 22.--Il maudit un pédéraste masturbant.
XI, 26.--Au jeune Théophorus. «Donne-moi, enfant, des baisers parfumés
de Falerne et passe-moi la coupe après y avoir trempé les lèvres. Si tu
m'accordes en outre les vraies jouissances de l'amour, moins heureux
sera Jupiter avec son Ganymède.»
XII, 64.--Sur Cinna. D'un esclave plus blond, plus frais que le fût
jamais esclave, Cinna fait son cuisinier, Cinna est un fin gourmet.»
XII, 69.--A Paullus. «Comme pour tes coupes et tes tableaux, Paullus, tu
n'as, en fait d'amis, que des modèles.»
XII, 75.--Sur les mignons. «Politimus n'est bien qu'avec les jeunes
filles; Atticus regrette ingénument d'être garçon; Secundus a les fesses
nourries de glands; Diodymus est lascif et fait la coquette; Amphion
pouvait naître fille. Je préfère, ami, les douces faveurs de ces
mignons, leurs dédains superbes et leurs caprices à une dot d'un million
de sesterces.»
XI, 43.--Contre Sabellus.
«Tu m'as lu, Sabellus, sur des scènes de débauche, des vers par
trop excessifs et tels que n'en contiennent pas les livres obscènes
d'Elephanta. Il s'agit de nouvelles postures érotiques, de
l'accouplement par cinq formant une chaîne, enfin de tout ce qu'il est
possible de faire quand les lumières sont éteintes; ce n'était pas la
peine d'être si éloquent.»
«N° 6. La sodomie dans les armées et chez les femmes.
D'après Catulle, la philopédie était de son temps tout à fait générale
à Rome, dont la plupart des citoyens étaient encore à cette époque des
soldats. C'est dans les camps, sans doute, qu'ils avaient contracté ces
habitudes qu'on trouve déjà chez les Grecs dans les armées.
Ainsi on lit dans la _Retraite des Dix mille_ (Xénophon) que, pour
alléger la marche, on ne permit aux mercenaires d'emmener avec eux aucun
impedimentum, butin ou esclave, excepté un jeune garçon pour chaque
soldat.
Les _Mille et une Nuits_ sont un recueil de Sodomies que la traduction
de Galand a transformées en galanteries décentes.
Cette débauche existe dans nos corps indigènes d'Afrique et, pour ce
motif, on ne devrait point y admettre de Français, même comme engagés
volontaires.
Malheureusement on la trouve aussi dans les compagnies de discipline.
On voit à quelle démoralisation sont exposés les enfants de famille
honnêtes condamnés par les conseils de guerre.
Il fut un temps où quelques officiers d'Afrique avaient pris goût à la
sodomie imparfaite.
Les patronnes de quelques maisons de tolérance de France se plaignaient
des offenses faites par eux à la dignité de leurs nymphes.
Cependant quelques femmes provoquent à cette débauche et y prennent un
certain plaisir (la proximité du rectum et du canal vaginal établit une
sympathie du premier avec le vagin et l'utérus) et elles l'accompagnent
ou la font accompagner d'une autre, le clytorisme. On a remarqué dans
les hôpitaux que, chez toutes les femmes traitées pour ulcérations
anales, on trouve en même temps des déformations vulvaires provenant de
la manualisation et du saphisme. La crainte de la conception est sans
doute le motif déterminant de cette double débauche. Cependant on a
vu des femmes qui avaient remplacé le vagin absent par l'urètre et le
rectum, être ainsi fécondées.
A la clinique gynécologique et siphyligraphique de l'hôpital de
Lourcine, le docteur Martineau s'exprimait ainsi:
«Ceux d'entre vous qui assistent à mes visites ont pu s'assurer de la
fréquence de la sodomie chez les femmes qui fréquentent l'hôpital de
Lourcine. Si je la vois coïncider chez les filles publiques avec la
prostitution ordinaire, je la constate le plus souvent chez les femmes
qui ignorent l'abjection d'un acte qui leur est imposé par leur mari.
«A l'hôpital de Lourcine je dois même dire que c'est le cas le plus
ordinaire; je l'observe bien plus fréquemment chez les femmes mariées,
chez les jeunes femmes, chez les filles débauchées, il est vrai, mais
non prostituées. En consultant mes observations, je trouve surtout des
domestiques, des couturières, des modistes, des demoiselles de café,
etc, etc., et très rarement des prostituées. La sodomie donc, pas plus
que les déformations vulvaires provenant de la manualisation et
du saphisme, n'appartient pas à la prostitution. On la rencontre
indifféremment chez la femme mariée et chez celle qui vit dans le
concubinage; chez toutes on trouve, en même temps que les traces de
sodomie, des déformations vulvaires provenant de la manualisation et du
saphisme.
La sodomie s'observe à tous les âges de la femme, depuis huit ans
jusqu'à cinquante et même plus; elle est surtout fréquente entre seize
et vingt-cinq ans parmi les observations recueillies à l'hôpital de
Lourcine. Les femmes qui viennent là ne présentent pas des habitudes
invétérées de sodomie comme les prostituées.»
A. Tardieu avait fait les mêmes remarques, et il nous dit:
«Chose singulière, c'est principalement dans les rapports conjugaux que
se sont produits les faits de cette nature. C'est, en général, très peu
de temps après le mariage que les hommes commencent à imposer à leurs
femmes leurs goûts dépravés. Celles-ci, dans leur innocence, s'y
soumettent d'abord; mais plus tard, averties par la douleur ou
renseignées par une amie, par leur mère, elles se refusent plus ou moins
opiniâtrement à des actes qui ne sont plus dès lors tentés ou accomplis
que par la violence. C'est dans ces derniers cas seulement que le
médecin intervient, consulté par la justice. La cour suprême a rendu
plusieurs arrêts consacrant le principe que le crime d'attentat à la
pudeur peut exister de la part du mari se livrant sur sa femme à des
actes contraires à la fin légitime du mariage, s'ils ont été accomplis
avec violence physique.»
Les révélations des hommes de l'art expliquent comment des théologiens
ont pu, sans être des érotomanes ou des exploiteurs de consciences,
tracer aux confesseurs la règle suivante:
«Immédiatement avant le mariage, avertir la fiancée qu'elle devra se
refuser à tout ce qui est contraire à la procréation, et en cas de doute
sur l'application de cette prescription dans le mariage, consulter au
besoin son confesseur.»
Il peut arriver, surtout dans le bas peuple, qu'une femme ne trouve pas
chez une autre de son intimité, pas même chez sa mère, les lumières ou
la moralité nécessaires pour être bien et suffisamment renseignée.
CHAPITRE IV
Le rôle de l'homme dans l'union.
L'homme doit faire tout ce qu'il peut pour procurer le plaisir à la
femme.
Lorsque la femme est sur son lit et comme absorbée par sa conversation,
l'homme défait le noeud de son vêtement inférieur; et, si elle le
querelle, il lui ferme la bouche par des baisers.
Beaucoup d'auteurs sont d'avis qu'il doit commencer par lui sucer le
mamelon des seins.
Lorsque son linga est en érection, il la touche avec les mains en
différents endroits et caresse agréablement les diverses parties de son
corps.
Si la femme est timide et se rencontre avec lui pour la première fois,
il placera sa main entre ses cuisses qu'elle serrera instinctivement.
Si c'est une très jeune fille, il mettra les mains sur ses seins qu'elle
couvrira sans doute avec les siennes, sous les aisselles et sur le cou.
Si c'est une femme mûre, il fera tout ce qui pourra plaire à tous deux
et ce qui conviendra pour l'occasion.
Puis il lui prendra la chevelure et le menton entre ses doigts pour les
baiser.
Si c'est une jeune fille, elle rougira et fermera les yeux.
Par la manière dont elle recevra ses caresses, il devinera ce qui lui
plaît le plus dans l'union.
A ce sujet, Souvarnanabha dit: Quelque chose que l'homme fasse dans
l'union pour son plaisir, il doit toujours presser la partie du corps de
la femme vers laquelle elle tourne les yeux.
Voici quels sont les signes de la jouissance et de la satisfaction chez
la femme.
Son corps se détend, ses yeux se ferment, elle perd toute timidité,
fait effort pour que les deux organes soient unis aussi étroitement que
possible.
Quand, au contraire, elle n'éprouve point de jouissance, elle frappe
sur le lit avec les mains, ne laisse point l'homme avancer, elle est
maussade, mord l'homme, lui donne des coups de pied et continue son
mouvement quand l'homme a fini.
Dans ce cas, l'homme doit frotter, en l'ébranlant, le yoni de la femme
avec sa main et ses doigts (comme l'éléphant frotte avec sa trompe)
avant de commencer l'union, jusqu'à ce qu'il soit humide, et, ensuite, y
introduire son linga.
Il reprend le même mouvement avec sa main après son spasme, si celui de
la femme ne s'est pas encore produit (voir à ce sujet l'appendice).
Il y a neuf actes que l'homme doit accomplir.
1° LA PÉNÉTRATION OU MOUVEMENT EN AVANT.--Les deux organes se portent
tout droit l'un vers l'autre, exactement en face;
2° LA FRICTION ou BARATEMENT.--Le linga tenu dans la main est tourné
en rond dans le yoni, autour des bords (comme dans le baratement du
beurre);
3° LE PERCEMENT.--Le yoni est abaissé et le linga frappe sa partie
supérieure;
4° LE FROTTEMENT.--Dans la même situation, le linga frappe contre la
partie inférieure du yoni;
5° LA PRESSION.--Le linga presse le yoni pendant un temps long;
6° LE COUP.--Le linga, tiré hors du yoni, y revient ensuite et le frappe
fort et à fond; la sortie rend de la vigueur au linga, retarde le spasme
de l'homme; le retour tend à accélérer celui de la femme;
7° LE COUP DU VERRAT.--Le linga revient frapper seulement une partie du
yoni;
8° LE COUP DU TAUREAU.--Le linga dans sa rentrée frappe à la fois les
deux côtés du yoni;
9° LE SPORT DU MOINEAU.--Le linga a un mouvement très rapide de va et
vient dans le yoni sans en sortir.
Cela se fait généralement vers la fin de l'union, lorsque l'homme sent
qu'il ne peut plus retarder son spasme.
APPENDICE AU CHAPITRE IV
PLAISIR DE LA FEMME DANS L'UNION
Vatsyayana discute longuement les opinions des anciens sages sur la
semence de la femme; nous préférons donner les résultats de la science
moderne sur ces questions si vieilles.
Dans l'union, le clitoris grossit et se dresse; les grandes et les
petites lèvres se gonflent; le tissu érectile du vagin entre en
action, excité par le frottement; la muqueuse vulvo-utérine sécrète,
conjointement avec les glandes, une humeur visqueuse qui rend le canal
plus glissant.
Cette sécrétion, bien qu'elle apparaisse quelquefois sous la forme
d'un fluide laiteux, n'est point une éjaculation, car la femme n'a pas
d'appareil éjaculateur.
Le plaisir, chez la femme, est dû, pour la plus grande partie, aux
chatouillements exercés sur le clitoris, et, pour le reste, aux
frottements produits sur les parois du vagin et les petites lèvres,
pendant l'action.
Si le spasme voluptueux a moins de violence chez la femme, il est par
contre plus prolongé que chez l'homme.
Les femmes nerveuses ou à imagination ardente éprouvent un plaisir très
vif au moindre chatouillement des parties. Tout contact par l'homme les
impressionne.
Les femmes lymphatiques, grasses, n'arrivent au spasme vénérien qu'après
de longues caresses et excitations des organes.
Le Docteur Jules Guyot, _bréviaire de l'amour Expérimental, _s'exprime
ainsi sur le sujet, dans sa 3e méditation.
«Tant que le spasme n'est pas déterminé dans les deux parties, la
fonction n'est pas accomplie; l'homme n'a pas émis le fluide vivant,
la femme n'a pas projeté de ses limbes, dans l'utérus, des ovules avec
toute l'énergie nécessaire.»
Une cause déterminante du spasme réside dans les mamelles et surtout
dans les titillations et la succion des mamelons.
Beaucoup de jeunes filles croient permis et permettent à leurs amies et
quelquefois à leurs amis la titillation et la succion de leurs seins;
leur pudeur ne s'en effarouche point comme de l'attouchement des parties
secrètes. C'est ce que le docteur Gauthier appelle l'onanipumammaire,
très commun dans les pensionnats.
L'impression ressentie détermine constamment l'érection du clitoris;
et la friction de ce dernier organe, simultanée à la succion ou à la
friction des mamelons, amène nécessairement le spasme génésique.
Rarement, le baiser avec les lèvres et dans la bouche peut produire un
pareil résultat.
Dans l'état de besoin et de désir, les lèvres vaginales de la femme sont
fermes et vibrantes, les seins sont gonflés et les mamelons en érection.
Si la femme ne présente pas ces signes, l'homme doit les déterminer
par ses caresses, et ne doit accomplir la connexion que lorsqu'il est
parvenu à produire le désir chez la femme.
Dans ce cas, il commence par toucher délicatement le clitoris.
Le clitoris est placé en haut et en avant de la vulve, sous deux
petites lèvres, tout près et au-dessous du pubis ou mont de Vénus, à
la commissure supérieure des grandes lèvres, comme serait un bouton de
violette caché sous les feuilles supérieures; il est court, et le plus
souvent a 2 ou 3 centimètres de long; il est de quelques centimètres
au-dessus du vagin, canal de 4 à 10 centimètres de diamètre qui monte de
la vulve à la matrice ou utérus.
La vulve ou vestibule des organes génitaux de la femme s'ouvre de haut
en bas par deux replis membraneux placés de chaque côté; ce sont les
grandes et les petites lèvres, celles-ci au-dessous de celles-là, qui,
par leur accolement naturel, forment le vestibule.
Par suite de cette disposition, le pénis, en s'introduisant dans le
vagin, ne touche que rarement le clitoris; mais il le touche dans la
connexion complète, par le contact et le frottement extérieur des
surfaces supérieures du pénis et des parties subspubiennes de la femme;
en d'autres termes, le pénis qui se meut de bas en haut vient choquer ou
presser la tête du clitoris qui lui se dirige toujours de haut en bas.
Dans ce cas, l'excitation du clitoris se communique nécessairement à
tout le reste de l'appareil génital de la femme.
Lorsque le vagin entre en érection, soit spontanément, soit par
l'excitation des autres organes, il se porte en avant, s'entr'ouvre et
favorise ainsi l'introduction du pénis qui, si cette introduction était
intempestive ou violente, pourrait déchirer les parois du vagin et
blesser la femme au col de l'utérus.
«La matrice,» dit Platon, «est un animal qui se meut extraordinairement
quand elle hait ou aime passionnément quelque chose. Son instinct est
surprenant lorsque par son mouvement précipité elle s'approche du
membre de l'homme pour en tirer de quoi s'humecter et se procurer du
plaisir[28].
[Note 28: Cuveillier.--La matrice (mater) ou utérus (utriculus, outre)
est l'organe de la gestation, le vase où se produit la fécondation par
la semence virile des oeufs détachés de l'ovaire.]
Si les parties de la femme n'entrent point en érection, le pénis se meut
dans le vagin qui reste insensible; dans ce cas l'homme seul éprouve un
plaisir et le spasme, par l'effet de la friction exercée sur les parois
internes du vagin par le pénis.
L'homme peut ainsi s'épuiser sans que la femme éprouve aucun plaisir,
parce que, soit par ignorance de la nature de la femme, soit par
impétuosité passionnelle, il n'agit que sur les muqueuses vaginales.
Dans ces conditions, la femme reste froide, insensible, souvent même
elle souffre; l'homme s'offense de son inertie, de sa stérilité, car
elle ne peut concevoir en cet état.
De là naissent la désaffection et l'infidélité souvent réciproques qui
seraient évitées sûrement par des rapports mieux compris entre époux.
C'est sans doute pour éviter ces fâcheux effets que des théologiens
permettent et même conseillent à la femme des attouchements sur
elle-même qui suppléent à l'insuffisance du mari pour déterminer son
spasme et pour, autant que possible, le faire coïncider avec celui de
l'homme.
La matrice est située dans l'excavation du bassin; son axe, dirigé
obliquement de haut en bas et d'avant en arrière, occupe la ligne
médiane entre la vessie et le rectum. Il est maintenu dans sa position
par les ligaments ronds et les ligaments larges qui, lâches et
flexibles, lui permettent de flotter, pour ainsi dire, dans l'excavation
du bassin et d'y exécuter des mouvements plus ou moins étendus. C'est
pour quoi on l'attire facilement vers la vulve dans certaines opérations
chirurgicales et, lors de la grossesse, elle se déplace et s'élève dans
l'abdomen.
CHAPITRE V
Ce qui se passe quand la femme prend le rôle actif.
Certaines conditions physiques dans lesquelles se trouve l'un des
amants, notamment la fatigue de l'homme à la suite d'efforts prolongés
sans crise finale (il est des hommes qui restent ainsi indéfiniment en
érection), peuvent déterminer la femme à prendre alors le rôle actif.
Souvent l'amour du changement et la curiosité suffisent pour l'y
décider.
Il y a deux cas: celui ou la femme, durant la connexion, pivote sur
l'homme de manière à continuer l'union sans interrompre le plaisir; et
celui où elle prend la position de l'homme dès le début de l'action.
Dans ce dernier cas, avec des fleurs dans ses cheveux flottants, et des
sourires mêlés de gros soupirs, elle presse le sein de son amant avec
ses seins, et, baissant la tête un grand nombre de fois, elle le caresse
de toutes les manières dont il avait l'habitude de la caresser et de
l'exciter, en lui disant: «Vous avez été mon vainqueur, je veux, à mon
tour, vous faire demander grâce.»
Par intervalles, elle jouera la honte, la fatigue et le désir de
terminer la connexion.
Cependant, outre les neuf actes propres à l'homme elle fera encore les
trois suivants.
Les PINCES.--Elle tient le linga dans l'yoni, le fait pénétrer par une
sorte d'aspiration répétée, le serre et le garde ainsi longtemps..
Le PIVOT.--Pendant la connexion, la femme tourne autour de l'homme comme
une roue horizontale autour d'un axe vertical.
Le BALANCEMENT.--C'est l'inverse du baratement; l'homme soulève le
milieu de son corps et la femme imprime au milieu du sien et aux organes
engagés ensemble un mouvement oscillatoire et tournant (App. n° 1).
Quand la femme est fatiguée, elle pose sa tête sur celle de son amant et
reste ainsi, les organes continuant à être unis; quand elle est reposée,
l'homme tourne autour d'elle et recommence l'action (App. _n°2).
APPENDICE AU CHAPITRE V
N° 1.--Dans Pétrone, _Satyricon_, CXI.
«Une mère amène sa fille à Eumolpe. Le vieillard se couche sur le dos
dans son lit, fait étendre la jeune fille sur son corps, membres contre
membres; puis il enjoint à son valet Coréas de se glisser sous le lit
et s'appuyer sur le parquet pour soulever son maître avec ses reins.
L'ordre est d'aller doucement. Il obéit et répond par des mouvements
égaux à ceux de l'habile écolière.
«Cependant l'exercice touche à sa fin, Eumolpe crie à l'esclave de
presser la mesure, et ainsi balancé entre la nymphe et Coréas, il semble
jouer à l'escarpolette.