Ces notions suffisent pour expliquer l'origine et la nature des lois

que nous appelons révolutionnaires. Ceux qui les nomment arbitraires ou

tyranniques sont des sophistes stupides ou pervers qui cherchent à

confondre les contraires; ils veulent soumettre au même régime la paix

et la guerre, la santé et la maladie, ou plutôt ils ne veulent que la

résurrection de la tyrannie et la mort de la patrie. S'ils invoquent

l'exécution littérale des adages constitutionnels, ce n'est que pour

les violer impunément. Ce sont de lâches assassins qui, pour égorger

sans péril la République au berceau, s'efforcent de la garrotter avec

des maximes vagues, dont ils savent bien se dégager eux-mêmes.

Le vaisseau constitutionnel n'a point été construit pour rester

toujours dans le chantier; mais fallait-il le lancer à la mer au fort

de la tempête, et sous l'influence des vents contraires? C'est ce que

voulaient les tyrans et les esclaves qui s'étaient opposés à sa

construction; mais le peuple français vous a ordonné d'attendre le

retour du calme. Ses voeux unanimes, couvrant tout à coup les clameurs

de l'aristocratie et du fédéralisme, vous ont commandé de le délivrer

d'abord de tous ses ennemis.

Les temples des dieux ne sont pas faits pour servir d'asile aux

sacrilèges qui viennent les profaner, ni la Constitution pour protéger

les complots des tyrans qui cherchent à la détruire.

Si le gouvernement révolutionnaire doit être plus actif dans sa marche

et plus libre dans ses mouvements que le gouvernement ordinaire, en

est-il moins juste et moins légitime? Non. Il est appuyé sur la plus

sainte de toutes les lois, le salut du peuple; sur le plus irréfragable

de tous les titres, la nécessité.

Il a aussi ses règles, toutes puisées dans la justice et dans l'ordre

public. Il n'a rien de commun avec l'anarchie, ni avec le désordre; son

but, au contraire, est de les réprimer, pour amener et pour affermir le

règne des lois. Il n'a rien de commun avec l'arbitraire; ce ne sont

point les passions particulières qui doivent le diriger, mais l'intérêt

public.

Il doit se rapprocher des principes ordinaires et généraux, dans tous

les cas où ils peuvent être rigoureusement appliqués sans compromettre

la liberté publique. La mesure de sa force doit être l'audace ou la

perfidie des conspirateurs. Plus il est terrible aux méchants, plus il

doit être favorable aux bons. Plus les circonstances lui imposent des

rigueurs nécessaires, plus il doit s'abstenir des mesures qui gênent

inutilement la liberté et qui froissent les intérêts privés, sans aucun

avantage public.

Il doit voguer entre deux écueils, la faiblesse et la témérité, le

modérantisme et l'excès: le modérantisme, qui est à la modération ce

que l'impuissance est à la chasteté; et l'excès, qui ressemble à

l'énergie comme l'hydropisie à la santé.

Les tyrans ont constamment cherché à nous faire reculer vers la

servitude, par les routes du modérantisme; quelquefois aussi, ils ont

voulu nous jeter dans l'extrémité opposée. Les deux extrêmes

aboutissent au même point. Que l'on soit en deçà ou au delà du but, le

but est également manqué. Rien ne ressemble plus à l'apôtre du

fédéralisme que le prédicateur _intempestif_ de la République une et

universelle. L'ami des rois et le procureur général du genre humain

s'entendent assez bien. Le fanatique couvert de scapulaires et le

fanatique qui prêche l'athéisme ont entre eux beaucoup de rapports. Les

barons démocrates sont les frères des marquis de Coblentz; et

quelquefois les bonnets rouges sont plus voisins des talons rouges

qu'on ne pourrait le penser.

Mais c'est ici que le gouvernement a besoin d'une extrême

circonspection; car tous les ennemis de la liberté veillent pour

tourner contre lui, non seulement ses fautes, mais même ses mesures les

plus sages. Frappe-t-il sur ce qu'on appelle l'exagération? Ils

cherchent à relever le modérantisme et l'aristocratie. S'il poursuit

ces deux monstres, ils poussent de tout leur pouvoir à l'exagération.

Il est dangereux de leur laisser les moyens d'égarer le zèle des bons

citoyens; il est plus dangereux encore de décourager et de persécuter

les bons citoyens qu'ils ont trompés. Par l'un de ces abus, la

République risquerait d'expirer dans un mouvement convulsif; par

l'autre, elle périrait infailliblement de langueur.

Que faut-il donc faire? Poursuivre les inventeurs coupables des

systèmes perfides, protéger le patriotisme, même dans ses erreurs,

éclairer les patriotes, et élever sans cesse le peuple à la hauteur de

ses droits et de ses destinées.

Si vous n'adoptez cette règle, vous perdez tout.

S'il fallait choisir entre un excès de ferveur patriotique et le néant

de l'incivisme, ou le marasme du modérantisme, il n'y aurait pas à

balancer. Un corps vigoureux, tourmenté par une surabondance de sève,

laisse plus de ressources qu'un cadavre.

Gardons-nous surtout de tuer le patriotisme, en voulant le guérir.

Le patriotisme est ardent par sa nature. Qui peut aimer froidement la

patrie? Il est particulièrement le partage des hommes simples, peu

capables de calculer les conséquences politiques d'une démarche civique

par son motif. Quel est le patriote, même éclairé, qui ne se soit

jamais trompé? Eh! si l'on admet qu'il existe des modérés et des lâches

de bonne foi, pourquoi n'existerait-il pas des patriotes de bonne foi,

qu'un sentiment louable emporte quelquefois trop loin? Si donc on

regardait comme criminels tous ceux qui, dans le mouvement

révolutionnaire, auraient dépassé la ligne exacte tracée par la

prudence, on envelopperait dans une proscription commune, avec les

mauvais citoyens, tous les amis naturels de la liberté, vos propres

amis, et tous les appuis de la République. Les émissaires adroits de la

tyrannie, après les avoir trompés, deviendraient eux-mêmes leurs

accusateurs, et peut-être leurs juges.

Qui donc démêlera toutes ces nuances? Qui tracera la ligne de

démarcation entre tous les excès contraires? L'amour de la patrie et de

la vérité. Les rois et les fripons chercheront toujours à l'effacer;

ils ne veulent point avoir affaire avec la raison ni avec la vérité.

En indiquant les devoirs du gouvernement révolutionnaire, nous avons

marqué ses écueils. Plus son pouvoir est grand, plus son action est

libre et rapide; plus il doit être dirigé par la bonne foi. Le jour où

il tombera dans des mains impures ou perfides, la liberté sera perdue;

son nom deviendra le prétexte et l'excuse de la contre-révolution même.

Son énergie sera celle d'un poison violent.

Aussi la confiance du peuple français est-elle attachée au caractère

que la Convention nationale a montré, plus qu'à l'institution même.

En plaçant toute sa puissance dans vos mains, il a attendu de vous que

votre gouvernement serait bienfaisant pour les patriotes autant que

redoutable aux ennemis de la patrie. Il vous a imposé le devoir de

déployer en même temps tout le courage et la politique nécessaires pour

les écraser, et surtout d'entretenir parmi vous l'union dont vous avez

besoin pour remplir vos grandes destinées.

La fondation de la République française n'est point un jeu d'enfant.

Elle ne peut être l'ouvrage du caprice ou de l'insouciance, ni le

résultat fortuit du choc de toutes les prétentions particulières et de

tous les éléments révolutionnaires. La sagesse, autant que la

puissance, présida à la création de l'univers. En imposant à des

membres tirés de votre sein la tâche redoutable de veiller sans cesse

sur les destinées de la patrie, vous vous êtes donc imposé vous-mêmes

la loi de leur prêter l'appui de votre force et de votre confiance. Si

le gouvernement révolutionnaire n'est secondé par l'énergie, par les

lumières, par le patriotisme et par la bienveillance de tous les

représentants du peuple, comment aura-t-il une force de réaction

proportionnée aux efforts de l'Europe qui l'attaque, et de tous les

ennemis de la liberté qui pressent sur lui de toutes parts?

Malheur à nous, si nous ouvrons nos âmes aux perfides insinuations de

nos ennemis, qui ne peuvent nous vaincre qu'en nous divisant! Malheur à

nous, si nous brisons le faisceau au lieu de le resserrer, si les

intérêts privés, si la vanité offensée se fait entendre à la place de

la patrie et de la vérité!

Elevons nos âmes à la hauteur des vertus républicaines et des exemples

antiques. Thémistocle avait plus de génie que le général lacédémonien

qui commandait la flotte des Grecs: cependant, quand celui-ci, pour

réponse à un avis nécessaire qui devait sauver la patrie, leva son

bâton pour le frapper, Thémistocle se contenta de lui répliquer:

"Frappe, mais écoute", et la Grèce triompha du tyran de l'Asie. Scipion

valait bien un autre général romain: Scipion, après avoir vaincu

Annibal et Carthage, se fit une gloire de servir sous les ordres de son

ennemi. O vertu des grands coeurs! que sont devant toi toutes les

agitations et toutes les prétentions des petites âmes? O vertu, es-tu

moins nécessaire pour fonder une République que pour la gouverner dans

la paix? O patrie, as-tu moins de droits sur les représentants du

peuple français que la Grèce et Rome sur leurs généraux? Que dis-je? Si

parmi nous les fonctions de l'administration révolutionnaire ne sont

plus des devoirs pénibles, mais des objets d'ambition, la République

est déjà perdue.

Il faut que l'autorité de la Convention nationale soit respectée de

toute l'Europe; c'est pour la dégrader, c'est pour l'annuler que les

tyrans épuisent toutes les ressources de leur politique et prodiguent

leurs trésors. Il faut que la Convention prenne la ferme résolution de

préférer son propre gouvernement à celui du cabinet de Londres et des

cours de l'Europe; car si elle ne gouverne pas, les tyrans régneront.

Quels avantages n'auraient-ils pas dans cette guerre de ruse et de

corruption qu'ils font à la République? Tous les vices combattent pour

eux; la République n'a pour elle que les vertus. Les vertus sont

simples, modestes, pauvres, souvent ignorantes, quelquefois grossières;

elles sont l'apanage des malheureux et le patrimoine du peuple. Les

vices sont entourés de tous les trésors, armés de tous les charmes de

la volupté et de toutes les amorces de la perfidie; ils sont escortés

de tous les talents dangereux exercés pour le crime.

Avec quel art profond les tyrans tournent contre nous, je ne dis pas

nos passions et nos faiblesses, mais jusqu'à notre patriotisme!

Avec quelle rapidité pourraient se développer les germes de division

qu'ils jettent au milieu de nous, si nous ne nous hâtons de les

étouffer!

Grâce à cinq années de trahison et de tyrannie, grâce à trop

d'imprévoyance et de crédulité, à quelques traits de vigueur trop tôt

démentis par un repentir pusillanime, l'Autriche, l'Angleterre, la

Russie, la Prusse, l'Italie ont eu le temps d'établir en France un

gouvernement secret, rival du gouvernement français. Elles ont aussi

leurs comités, leur trésorerie, leurs agents; ce gouvernement acquiert

la force que nous ôtons au nôtre; il a l'unité qui nous a longtemps

manqué, la politique dont nous croyons trop pouvoir nous passer,

l'esprit de suite et le concert dont nous n'avons pas toujours assez

senti la nécessité.

Aussi les cours étrangères ont-elles dès longtemps vomi sur la France

tous les scélérats habiles qu'elles tiennent à leur solde. Leurs agents

infestent encore nos armées; la victoire même de Toulon en est la

preuve; il a fallu toute la bravoure des soldats, toute la fidélité des

généraux, tout l'héroïsme des représentants du peuple, pour triompher

de la trahison. Ils délibèrent dans nos administrations, dans nos

assemblées sectionnaires; ils s'introduisent dans nos clubs; ils ont

siégé jusque dans le sanctuaire de la représentation nationale; ils

dirigent et dirigeront éternellement la contre-révolution sur le même

plan.

Ils rôdent autour de nous; ils surprennent nos secrets; ils caressent

nos passions; ils cherchent à nous inspirer jusqu'à nos opinions; ils

tournent contre nous nos résolutions. Etes-vous faibles? ils louent

votre prudence. Etes-vous prudents? ils vous accusent de faiblesse; ils

appellent votre courage, témérité; votre justice, cruauté. Ménagez-les,

ils conspirent publiquement; menacez-les, ils conspirent dans les

ténèbres, et sous le masque du patriotisme. Hier, ils assassinaient les

défenseurs de la liberté; aujourd'hui, ils se mêlent à leur pompe

funèbre, et demandent pour eux des honneurs divins, épiant l'occasion

d'égorger leurs pareils. Faut-il allumer la guerre civile? ils prêchent

toutes les folies de la superstition. La guerre civile est-elle près de

s'éteindre par les flots du sang français? ils abjurent et leur

sacerdoce et leurs dieux pour la rallumer.

On a vu des Anglais, des Prussiens, se répandre dans nos villes et dans

nos campagnes, annonçant, au nom de la Convention nationale, une

doctrine insensée; on a vu des prêtres déprêtrisés à la tête des

rassemblements séditieux dont la religion était le motif ou le

prétexte. Déjà des patriotes, entraînés à des actes imprudents par la

seule haine du fanatisme, ont été assassinés; le sang a déjà coulé dans

plusieurs contrées pour ces déplorables querelles, comme si nous avions

trop de sang pour combattre les tyrans de l'Europe. O honte! ô

faiblesse de la raison humaine! une grande nation a paru le jouet des

plus méprisables valets de la tyrannie!

Les étrangers ont paru quelque temps les arbitres de la tranquillité

publique. L'argent circulait ou disparaissait à leur gré. Quand ils

voulaient, le peuple trouvait du pain; quand ils voulaient, le peuple

en était privé; des attroupements aux portes des boulangers se

formaient et se dissipaient à leur signal. Ils nous environnent de

leurs sicaires, de leurs espions: nous le savons, nous le voyons, et

ils vivent! Ils semblent inaccessibles au glaive des lois. Et il est

plus difficile, même aujourd'hui, de punir un conspirateur important,

que d'arracher un ami de la liberté des mains de la calomnie.

A peine avons-nous dénoncé les excès faussement philosophiques

provoqués par les ennemis de la France; à peine le patriotisme a-t-il

prononcé dans cette tribune le mot _ultra-révolutionnaire_ qui les

désignait; aussitôt les traîtres de Lyon, tous les partisans de la

tyrannie, se sont hâtés de l'appliquer aux patriotes chauds et généreux

qui avaient vengé le peuple et les lois. D'un côté, ils renouvellent

l'ancien système de persécution contre les amis de la république; de

l'autre, ils invoquent l'indulgence en faveur des scélérats couverts du

sang de la patrie.

Cependant leurs crimes s'amoncellent; les cohortes impies des

émissaires étrangers se recrutent chaque jour; la France en est

inondée; ils attendent, et ils attendront éternellement un moment

favorable à leurs desseins sinistres. Ils se retranchent, ils se

cantonnent au milieu de nous; ils élèvent de nouvelles redoutes, de

nouvelles batteries contre-révolutionnaires, tandis que les tyrans qui

les soudoient rassemblent de nouvelles armées.

Oui, ces perfides émissaires qui nous parlent, qui nous caressent, ce

sont les frères, ce sont les complices des satellites féroces qui

ravagent nos moissons, qui ont pris possession de nos cités et de nos

vaisseaux achetés par leurs maîtres, qui ont massacré nos frères,

égorgé sans pitié nos prisonniers, nos femmes, nos enfants, et les

représentants du peuple français. Que dis-je? les monstres qui ont

commis ces forfaits sont mille fois moins atroces que les misérables

qui déchirent secrètement nos entrailles: et ils respirent, et ils

conspirent impunément!

Ils n'attendent que des chefs pour se rallier; ils les cherchent au

milieu de vous. Leur principal objet est de nous mettre aux prises les

uns avec les autres. Cette lutte funeste relèverait les espérances de

l'aristocratie, renouerait les trames du fédéralisme; elle vengerait la

faction girondine de la loi qui a puni ses forfaits; elle punirait la

Montagne de son dévouement sublime; car c'est la Montagne ou plutôt la

Convention, qu'on attaque en la divisant et en détruisant son ouvrage.

Pour nous, nous ne ferons la guerre qu'aux Anglais, aux Prussiens, aux

Autrichiens et à leurs complices. C'est en les exterminant que nous

répondrons aux libelles: nous ne savons haïr que les ennemis de la

patrie.

Ce n'est point dans le coeur des patriotes ou des malheureux qu'il faut

porter la terreur, c'est dans les repaires des brigands étrangers, où

l'on partage les dépouilles et où l'on boit le sang du peuple français.

Le Comité a remarqué que la loi n'est point assez prompte pour punir

les grands coupables. Des étrangers, agents connus des rois coalisés,

des généraux teints du sang des Français, d'anciens complices de

Dumouriez, de Custine et de Lamarlière, sont depuis longtemps en état

d'arrestation et ne sont point jugés.

Les conspirateurs sont nombreux; ils semblent se multiplier, et les

exemples de ce genre sont rares. La punition de cent coupables obscurs

et subalternes est moins utile à la liberté que le supplice d'un chef

de conspiration.

Les membres du tribunal révolutionnaire, dont en général on peut louer

le patriotisme et l'équité, ont eux-mêmes indiqué au Comité de salut

public les causes qui, quelquefois, entravent sa marche sans la rendre

plus sûre, et nous ont demandé la réforme d'une loi qui se ressent des

temps malheureux où elle a été portée. Nous vous proposerons

d'autoriser le Comité à vous présenter quelques changements à cet

égard, qui tendront également à rendre l'action de la justice plus

propice encore à l'innocence, et en même temps plus inévitable pour le

crime et pour l'intrigue. Vous l'avez même déjà chargé de ce soin par

un décret précédent.

Nous vous proposerons, dès ce moment, de faire hâter le jugement des

étrangers et des généraux prévenus de conspiration avec les tyrans qui

nous font la guerre.

Ce n'est point assez d'épouvanter les ennemis de la patrie; il faut

secourir ses défenseurs. Nous solliciterons donc de votre justice

quelques dispositions en faveur des soldats qui combattent et qui

souffrent pour la liberté.

L'armée française n'est pas seulement l'effroi des tyrans; elle est la

gloire de la nation et de l'humanité. En marchant à la victoire, nos

vertueux guerriers crient: "Vive la République!" En tombant sous le fer

ennemi, leur cri est: "Vive la République!" Leurs dernières paroles

sont des hymnes à la liberté; leurs derniers soupirs sont des voeux

pour la patrie. Si tous les chefs avaient valu les soldats, l'Europe

serait vaincue depuis longtemps. Tout acte de bienfaisance envers

l'armée est un acte de reconnaissance nationale.

Les secours accordés aux défenseurs de la patrie et à leurs familles

nous ont paru trop modiques. Nous croyons qu'ils peuvent être, sans

inconvénient, augmentés d'un tiers. Les immenses ressources de la

République, en finances, permettent cette mesure: la patrie la réclame.

Il nous a paru aussi que les soldats estropiés, les veuves et les

enfants de ceux qui sont morts pour la patrie, trouvaient dans les

formalités exigées par la loi, dans la multiplicité des demandes,

quelquefois dans la froideur ou dans la malveillance de quelques

administrateurs subalternes, des difficultés qui retardaient la

jouissance des avantages que la loi leur assure. Nous avons cru que le

remède à cet inconvénient était de leur donner des défenseurs officieux

établis par elle, pour leur faciliter les moyens de faire valoir leurs

droits.

D'après tous ces motifs, nous vous proposons le décret suivant:

La Convention nationale décrète:

ARTICLE PREMIER

L'accusateur public du tribunal révolutionnaire fera juger incessamment

Diétrich, Custine, fils du général puni par la loi, Desbrullis, Biron,

Barthélémy et tous les généraux prévenus de complicité avec Dumouriez,

Custine, Lamarlière, Houchard. Il fera juger pareillement les

étrangers, banquiers et autres individus prévenus de trahison et de

connivence avec les rois ligués contre la République.

II

Le Comité de salut public fera, dans le plus court délai, son rapport

sur les moyens de perfectionner l'organisation du tribunal

révolutionnaire.

III

Les secours et récompenses accordas par les décrets précédents aux

défenseurs de la patrie blessés en combattant pour elle, ou à leurs

veuves et à leurs enfants, sont augmentés d'un tiers.

IV

Il sera créé une commission chargée de leur faciliter la jouissance des

droits que la loi leur donne.

V

Les membres de cette commission seront nommés par la Convention

nationale, sur la proposition du Comité de salut Public.

* * * * * * * * *

_Rapport sur les principes de morale politique qui doivent guider la

Convention nationale dans l'administration intérieure de la République,

fait au nom du Comité de salut public, le 18 pluviôse, l'an 2e de la

République, par Maximilien Robespierre; imprimé par ordre de la

Convention nationale_ (18 pluviôse an II - 5 février 1794)

Citoyens représentants du Peuple.

Nous avons exposé, il y a quelque temps, les principes de notre

politique extérieure: nous venons développer aujourd'hui les principes

de notre politique intérieure.

Après avoir marché longtemps au hasard, et comme emportés par le

mouvement des factions contraires, les représentants du Peuple français

ont enfin montré un caractère et un gouvernement. Un changement subit

dans la fortune de la nation annonça à l'Europe la régénération qui

s'était opérée dans la représentation nationale. Mais jusqu'au moment

même où je parle, il faut convenir que nous avons été plutôt guidés,

dans des circonstances si orageuses, par l'amour du bien et par le

sentiment des besoins de la patrie que par une théorie exacte et des

règles précises de conduite, que nous n'avions pas même le loisir de

tracer.

Il est temps de marquer nettement le but de la révolution, et le terme

où nous voulons arriver; il est temps de nous rendre compte à

nous-mêmes, et des obstacles qui nous en éloignent encore, et des

moyens que nous devons adopter pour l'atteindre: idée simple et

importante qui semble n'avoir jamais été aperçue. Eh! comment un

gouvernement lâche et corrompu aurait-il osé la réaliser? Un roi, un

sénat orgueilleux, un César, un Cromwell, doivent avant tout couvrir

leurs projets d'un voile religieux, transiger avec tous les vices,

caresser tous les partis, écraser celui des gens de bien, opprimer ou

tromper le peuple, pour arriver au but de leur perfide ambition. Si

nous n'avions pas eu une plus grande tâche à remplir, s'il ne

s'agissait ici que des intérêts d'une faction ou d'une aristocratie

nouvelle, nous aurions pu croire, comme certains écrivains plus

ignorants encore que pervers, que le plan de la Révolution française

était écrit en toutes lettres dans les livres de Tacite et de

Machiavel, et chercher les devoirs des représentants du peuple dans

l'histoire d'Auguste, de Tibère ou de Vespasien, ou même dans celle de

certains législateurs français; car, à quelques nuances près de

perfidie ou de cruauté, tous les tyrans se ressemblent. Pour nous, nous

venons aujourd'hui mettre l'univers dans la confidence de vos secrets

politiques, afin que tous les amis de la patrie puissent se rallier à

la voix de la raison et de l'intérêt public; afin que la nation

française et ses représentants soient respectés dans tous les pays de

l'univers où la connaissance de leurs véritables principes pourra

parvenir; afin que les intrigants qui cherchent toujours à remplacer

d'autres intrigants soient jugés par l'opinion publique sur des règles

sûres et faciles.

Il faut prendre de loin ses précautions pour remettre les destinées de

la liberté dans les mains de la vérité qui est éternelle, plus que dans

celles des hommes qui passent, de manière que si le gouvernement oublie

les intérêts du peuple, ou qu'il retombe entre les mains des hommes

corrompus, selon le cours naturel des choses, la lumière des principes

reconnus éclaire ses trahisons, et que toute faction nouvelle trouve la

mort dans la seule pensée du crime.

Discours par Maximilien Robespierre — 17 Avril 1792-27 Juillet 1794 · 第 12 / 21 段