XXXI

Ozanam allait, à la fin de l'automne, s'embarquer pour la France. En

quittant la maison qu'il avait habitée au bord de la mer, dans ces

tièdes maremmes de Toscane où l'on respire une atmosphère d'Élysée

antique, dit M. Lacordaire, son ami, dans un récit véritablement

virgilien de sa mort, il ôta son chapeau pour saluer le soleil et le

firmament. Sa femme, son enfant, ses frères étaient là. Il éleva ses

mains au ciel et dit à haute voix: «Je vous remercie, mon Dieu, des

souffrances et des afflictions que vous m'avez envoyées dans cette

demeure que je quitte. Acceptez-les en rémission de mes faiblesses.»

Puis, se tournant vers sa femme: «Je veux, ajouta-t-il, qu'avec moi tu

bénisses Dieu de mes douleurs.» Et en l'embrassant: «Je le bénis aussi

des consolations qu'il m'a données!» en révélant à cette Béatrice, par

un regard et par un triste sourire, que ces bonheurs et ces consolations

avaient été pour lui personnifiés en elle. Il expira en touchant le

rivage de la France.

Voilà le traducteur qu'il fallait au poëte mystique de la philosophie

des trois mondes. M. de Lamennais, écrivain plus consommé dans le

maniement de la langue, avait dans l'esprit l'énergique âpreté du Dante,

Ozanam en avait l'onction: le rocher est imposant, mais il n'est beau

que quand il ruisselle pour désaltérer un peuple; sous la main d'Ozanam

il aurait ruisselé des larmes épiques des abondances du coeur.

Quant aux commentaires sur le sens obscur de l'histoire de la

philosophie du poëme, Ozanam n'aurait pas mieux réussi que M. de

Lamennais à répandre une complète lumière sur ce chaos. Tous ces

commentaires ne sont au fond que de la nuit délayée avec des ténèbres.

C'est la poésie qu'il faut chercher dans ce livre; ce ne sont pas des

opinions posthumes ou des allusions mortes.

Nous allons, le livre à la main, vous conduire, autre VIRGILE, dans ces

trois mondes, pour y glaner çà et là des vers sublimes, et pour y

recueillir, dans l'aridité des siècles en poudre, quelques-unes de ces

gouttes de rosée qu'on trouve à la fin d'une longue nuit sur l'herbe des

tombes.

Cours familier de Littérature - Volume 03 · 第 208 / 232 题