XXIV

Un autre jeune traducteur de _la Divine Comédie_ tente en ce moment une

oeuvre mille fois plus difficile, et, chose plus étonnante encore, il y

réussit.

Nous voulons parler de la traduction de _la Divine Comédie_ en vers

français, par M. Louis Ratisbonne.

Malgré le prodigieux effort de talent et de langue nécessaire pour

traduire un poëte en vers, M. Louis Ratisbonne n'a pas seulement rendu

le sens, il a rendu la forme, la couleur, l'accent, le son. Il a

communiqué au mètre français la vibration du mètre toscan; il a

transformé, à force d'art, la période poétique française en tercets du

Dante. Ce chef-d'oeuvre de vigueur et d'adresse dans le jeune écrivain

est tout à la fois un chef-d'oeuvre d'intelligence de son modèle. M.

Louis Ratisbonne rappelle la traduction, jusqu'ici inimitable, des

_Géorgiques_ de Virgile par l'abbé Delille; mais le Dante, poëte

abrupte, étrange, sauvage et mystique tout ensemble, est mille fois plus

inaccessible à la traduction que Virgile. La lumière se réfléchit mieux

que les ténèbres dans le miroir de l'esprit humain comme dans le miroir

de l'Océan. Le vers de M. Ratisbonne roule, avec un bruit latin, dans la

langue française, les blocs, les rochers et jusqu'au limon de ce torrent

de l'Apennin toscan qu'on entend bruire dans les vers du Dante.

Cours familier de Littérature - Volume 03 · 第 201 / 232 题