III

Les papes, les empereurs d'Allemagne, les tyrannies provinciales, les

républiques et les anarchies municipales se disputaient cet héritage

conquis et reconquis des Romains et des Barbares. Ces ondulations

politiques de l'Italie, du quatrième au quatorzième siècle, seraient

aussi confuses et aussi fastidieuses à décrire que les roulis des vagues

déchaînées par les vents sur une mer d'équinoxe.

Ces divisions, après la mort de l'empereur Frédéric, finirent par se

réduire à peu près à deux grands partis, les Guelfes et les Gibelins:

l'un favorisant de ses voeux et de ses armes la domination des papes;

l'autre, par haine de cette domination pontificale, se dévouant aux

empereurs d'Allemagne, comme si le patriotisme se fût senti moins

humilié et moins oppressé de s'asservir à un dominateur étranger qu'à un

dominateur sacré qui ajoutait un droit divin au droit temporel!

Florence, capitale de l'ancienne Étrurie, aujourd'hui la Toscane, était

le foyer le plus animé des querelles de ces deux grands partis. Cette

république, fondée sur l'industrie, et non sur les armes, prospérait,

malgré ses dissensions intestines, par la seule vertu de la liberté.

C'était évidemment là que l'Italie littéraire et poétique devait éclore,

car l'esprit humain cherche par instinct les terres libres pour dérober,

comme l'aigle, ses oeufs à la tyrannie. De plus, il y avait dans le sang

toscan, écoulement du vieux sang étrusque, une séve non encore épuisée

de génie littéraire et de génie artistique. Cette nation venait de toute

antiquité de Grèce ou d'Égypte. La civilisation élégante et presque

fabuleuse de l'Étrurie avait été anéantie par la soldatesque des

premiers Romains, ces barbares de Romulus; mais cette civilisation, dont

on ne sait rien que par ses oeuvres, avait laissé dans ses vases, dans

ses dessins, dans ses monuments cyclopéens, des témoignages d'une

grande vigueur d'esprit et d'une grande perfection de main. Cette race,

dans la politique, dans le commerce, dans la guerre, avait des facultés

innées qui éclataient souvent en individualités colossales. Les Dante,

les Machiavel, les Médicis, les Buonarotti, les Gondi, les Mirabeau, les

Bonaparte étaient des familles étrusques. Les deux hommes modernes qui

ont remué le plus d'idées par l'éloquence et le plus d'hommes par la

guerre, Mirabeau et Napoléon, sont des Toscans transportés sur la scène

de la France. Le cardinal de Retz, qui fut à l'intrigue ce que Machiavel

fut à la politique, était un Toscan. Cette Athènes de la Toscane était

donc assez naturellement prédestinée à donner une langue et une

littérature à la confédération des villes italiennes qui cherchaient à

reconstruire un esprit moderne sur cette terre antique.

Cours familier de Littérature - Volume 03 · 第 182 / 232 题