Laisse là ton Dieu, traître,
Et venge-moi.
ABNER, _se jetant aux pieds de Joas_.
Sur qui? Sur Joas! sur mon maître!
C'en est fait à ce mot; l'épée d'Athalie s'est brisée dans sa main.
Dieu des Juifs, tu l'emportes!
Elle exhale sa fureur impuissante en imprécations et meurt derrière la
scène, sous le glaive des lévites.
L'impitoyable grand-prêtre s'adresse à Joas, dont il va gouverner
l'enfance:
Apprenez, roi des Juifs, et n'oubliez jamais
Que les rois dans le ciel ont un juge sévère,
L'innocent un vengeur et l'orphelin un père.
Le rideau tombe, et Dieu reste présent dans sa toute-puissance, dans sa
providence, dans sa bonté, dans sa vengeance, à l'âme des spectateurs
édifiés par le poëte sacré et transportés d'un théâtre profane dans le
sanctuaire de la Divinité. Les applaudissements succèdent lentement au
silence transi du coeur et se partagent entre la Bible, Racine et le
grand interprète qui vient de leur prêter sa voix.
Après ce jour, Talma ne grandit plus. Il parut rester aussi grand, mais
stationnaire, comme un astre à son apogée.
La mort le cueillit avant son déclin.