XX

Au troisième acte, le ministre d'Athalie, Mathan, vient pour arracher du

temple l'enfant, terreur de la reine. Il dévoile à son confident les

voies par lesquelles il est parvenu au pouvoir. Racine ici fait parler

Machiavel dans la langue de Tacite. Écoutez, vous qui connaissez les

ambitieux de cour ou de popularité; est-ce Séjan qui parle?

Qu'est-il besoin, Nabal, qu'à tes yeux je rappelle

De Joad et de moi la fameuse querelle,

Quand j'osai contre lui disputer l'encensoir;

Mes brigues, mes combats, mes pleurs, mon désespoir?

Vaincu par lui, j'entrai dans une autre carrière,

Et mon âme à la cour s'attacha tout entière.

J'approchai par degrés de l'oreille des rois,

Et bientôt en oracle on érigea ma voix.

J'étudiai leur coeur, je flattai leurs caprices;

Je leur semai de fleurs le bord des précipices;

Près de leurs passions rien ne me fut sacré;

De mesure et de poids je changeais à leur gré.

Autant que de Joad l'inflexible rudesse

De leur superbe oreille offensait la mollesse,

Autant je les charmais par ma dextérité,

Dérobant à leurs yeux la triste vérité,

Prêtant à leurs fureurs des couleurs favorables,

Et prodigue surtout du sang des misérables.

Enfin au dieu nouveau qu'elle avait introduit

Par les mains d'Athalie un temple fut construit.

Jérusalem pleura de se voir profanée;

Des enfants de Lévi la troupe consternée

En poussa vers le Ciel des hurlements affreux.

Moi seul, donnant l'exemple aux timides Hébreux,

Déserteur de leur loi, j'approuvai l'entreprise,

Et par là de Baal méritai la prêtrise.

Par là je me rendis terrible à mon rival;

Je ceignis la tiare, et marchai son égal.

Toutefois, je l'avoue, en ce comble de gloire,

Du Dieu que j'ai quitté l'importune mémoire

Jette encore en mon âme un reste de terreur,

Et c'est ce qui redouble, et nourrit ma fureur.

Heureux si, sur son temple achevant ma vengeance,

Je puis convaincre enfin sa haine d'impuissance,

Et, parmi les débris, le ravage et les morts,

À force d'attentats perdre tous mes remords!...

Mais voici Josabeth.

Josabeth refuse Éliacin à Athalie; le grand-prêtre, à sa vue, laisse

éclater sa colère en imprécations célestes. Il rejette tous les secours

humains que la faiblesse maternelle de Josabeth lui suggère pour sauver

l'enfant. Il passe en revue les femmes, les vieillards, les lévites.

L'inspiration le saisit à la vue de cette faiblesse derrière laquelle il

voit tout à coup la force de Dieu. Ici Talma se transfigura

véritablement en prophète; on crut voir la lueur divine se répandre

comme une losange de foudre sur les traits de son visage et jusque sur

les plis de ses draperies.

Cours familier de Littérature - Volume 03 · 第 109 / 232 题