Le second acte s'ouvrit sous ces impressions. Personne n'avait ni parlé
ni respiré entre ces deux actes. La grandeur de la scène, la majesté du
pontificat, l'intervention divine pressentie dans le grand-prêtre, la
divinité surtout de la langue des vers dont la perfection faisait
oublier le rhythme pour ne penser qu'au sens, enfin la voix et la
prononciation de Talma, qui résumait dans son accent tous les échos
souterrains ou célestes du Temple, suspendaient la vie des auditeurs. La
présence du roi et des princes, cette autre maison de Juda pour la
France restaurée, et restaurant avec elle la religion et la poésie de
Louis XIV, ajoutait à la puissance de l'impression quelque chose de
tendre, d'antique, de miraculeux.
À la première scène, des femmes et un enfant éperdus s'élancent des
profondeurs du temple sur la scène: c'est Josabeth, la nourrice de Joas
sauvé, les femmes et les filles des lévites, et Zacharie, fils de
Josabeth, élevé avec Joas dans le temple, mais ne connaissant encore ni
le vrai nom ni le rang de son frère de lait. Zacharie annonce à sa mère
la présence inattendue et sacrilége d'Athalie dans le temple.