Vos larmes, Josabeth, n'ont rien de criminel;
Mais Dieu veut qu'on espère en son soin paternel.
Il ne recherche point, aveugle en sa colère,
Sur le fils qui le craint l'impiété du père.
Tout ce qui reste encor de fidèles Hébreux
Lui viendront aujourd'hui renouveler leurs voeux.
Autant que de David la race est respectée,
Autant de Jézabel la fille est détestée.
Joas les touchera par sa noble pudeur
Où semble de son rang reluire la splendeur;
Et Dieu, par sa voix même appuyant notre exemple,
De plus près à leur coeur parlera dans son temple.
Deux infidèles rois tour à tour l'ont bravé:
Il faut que sur le trône un roi soit élevé
Qui se souvienne un jour qu'au rang de ses ancêtres
Dieu l'a fait remonter par la main de ses prêtres,
L'a tiré par leur main de l'oubli du tombeau,
Et de David éteint rallumé le flambeau...
Grand Dieu! si tu prévois qu'indigne de sa race,
Il doive de David abandonner la trace,
Qu'il soit comme le fruit en naissant arraché
Ou qu'un souffle ennemi dans sa fleur a séché!
Mais si ce même enfant, à tes ordres docile,
Doit être à tes desseins un instrument utile,
Fais qu'au juste héritier le sceptre soit remis!
Livre en mes faibles mains ses puissants ennemis!
Confonds dans ses conseils une reine cruelle!
Daigne, daigne, mon Dieu! sur Mathan et sur elle
Répandre cet esprit d'imprudence et d'erreur,
De la chute des rois funeste avant-coureur!...
La voix de Talma, dans ces derniers vers, grondait, comme le destin des
rois, derrière le mystère des révolutions prochaines. Il sortit de la
scène comme le prophète des calamités royales.
L'acte était fini; des choeurs mélodieux remplirent l'entr'acte; mais
les choeurs, il faut en convenir, bien qu'immensément loués par les
rhéteurs sur parole, n'étaient ni à la hauteur du temple de Sion, ni à
la hauteur des grands lyriques sacrés ou profanes. Racine s'était trop
épuisé de génie dans ce premier acte pour se retrouver, dans le choeur,
égal à lui-même. Cependant, comme la musique emportait les paroles sur
l'aile des mélodies, l'effet de ce choeur répandait un parfum de
recueillement, d'espérance et de prière dans la salle. L'Opéra n'était
plus un théâtre; c'était un sanctuaire: Racine et Talma l'avaient
purifié.