VI

Avant huit heures j'étais à la porte de Talma. Je montrai mon billet

d'introduction au concierge; je montai, le coeur palpitant, les cinq

étages d'escaliers de bois ciré et luisant qui conduisaient au seuil du

grand homme. Je sonnai doucement, comme un visiteur qui tremble d'être

importun et qui ne veut pas donner un sursaut pénible à l'oreille du

maître de la maison.

Une très-belle femme, en peignoir d'indienne à fleurs bleues, les

cheveux épars sur un cou de Clytemnestre et la ceinture dénouée laissant

entrevoir des épaules et un sein de statue antique, m'ouvrit la porte.

Ses traits étaient imposants de forme, mais bons d'expression; ses

regards répandaient comme des ombres de velours noir sur ses joues. Elle

souriait à demi, mais sans malice, en me regardant: on voyait qu'elle

était habituée à introduire bien des rêves et à éconduire bien des

illusions.

«Vous voulez voir Talma?» me dit-elle; «vous êtes sans doute le jeune

homme qu'il attend? Voulez-vous bien me dire votre nom?» ajouta-t-elle

en tenant toujours sa belle et large main sur la serrure. Je lui dis mon

nom. «Entrez, Monsieur,» me dit-elle. Puis, ouvrant une autre porte qui

donnait sur le cabinet de Talma: «Mon ami,» lui dit-elle d'une voix de

caresse et de familiarité, «c'est ce jeune homme que tu as commandé de

laisser entrer.» Elle disparut après ces mots, en retirant les plis de

son peignoir sur ses pantoufles traînantes, et je restai seul en

présence de Talma.

Cours familier de Littérature - Volume 03 · 第 35 / 232 题