RACINE.--ATHALIE.

(SUITE.)

I

Nous disions, à la fin du dernier de ces Entretiens, que, pour bien

juger d'une oeuvre dramatique, il ne suffisait pas de la lire (chose en

général ingrate, souvent fastidieuse, toujours incomplète), mais qu'il

fallait assister, en corps et en âme, à sa représentation. OEuvre d'art

faite pour la scène et pour la déclamation, c'est du point de vue de la

scène et de la déclamation qu'il convient d'en jouir.

Nous voulons donc, autant qu'il est en nous, vous faire assister à la

plus solennelle représentation d'_Athalie_ qui ait jamais été donnée à

l'Europe, sans en excepter même la première de ces représentations à

Versailles, à laquelle assistaient Racine et Louis XIV.

Mais permettez-moi d'abord, pour bien vous faire comprendre dans quel

esprit la France monarchique, religieuse et littéraire de 1819, assista

à cette représentation unique, dont Talma était le grand intérêt après

Racine, permettez-moi de vous raconter comment, et par quelles

circonstances, et dans quelles dispositions poétiques il me fut donné à

moi-même d'y assister; et permettez-moi enfin de vous dire comment je

garde, de cette représentation, une si longue et si vive mémoire. Je me

souviens aussi du jour et de l'heure où je vis, pour la première fois,

au soleil levant d'Athènes, les bas-reliefs de Phidias resplendir et se

mouvoir, pour ainsi dire, sous les rayons ambiants de la lumière dorée

sur le fronton du Parthénon! Il y a des beautés de la nature et de

l'art qui s'incorporent tellement en nous par la force de l'impression

reçue qu'elles pétrifient en quelque sorte notre esprit d'admiration, et

que nous les portons à jamais en nous comme la pierre taillée porte son

empreinte. Le jour de cette représentation royale d'_Athalie_ fut pour

moi une de ces commotions de l'âme qui se répercutent sur toute une vie.

Cours familier de Littérature - Volume 03 · 第 31 / 232 题