III

_Exposé de la situation du royaume présenté aux Chambres le 13 septembre

1830, par M. Guizot, ministre de l'intérieur._

Messieurs, le Roi nous a ordonné de mettre sous vos yeux le tableau de

l'état de la France et des actes du gouvernement depuis la glorieuse

révolution qui a fondé son trône en sauvant notre pays.

Fier de son origine, le gouvernement éprouve le besoin de dire hautement

comment il comprend sa mission et se propose de la remplir.

Il est le résultat d'un héroïque effort soudainement tenté pour mettre à

l'abri du despotisme, de la superstition et du privilège, les libertés

et les intérêts nationaux.

En quelques jours l'entreprise a été accomplie, avec un respect et un

ménagement, jusque-là sans exemple, pour les droits privés et l'ordre

public.

Saisie d'un juste orgueil, la France s'est promis qu'un si beau triomphe

ne serait point stérile. Elle s'est regardée comme délivrée de ce

système de déception, d'incertitude et d'impuissance qui l'a fatiguée

et irritée si longtemps. Elle a compté sur une politique conséquente

et vraie qui ouvrirait devant elle une large carrière d'activité et de

liberté. Elle y veut marcher d'un pas ferme et régulier.

C'est dans ce caractère de l'événement au sein duquel il est né, et des

espérances dont la France est animée, que le gouvernement trouve la

règle de sa conduite.

Il se sent appelé à puiser sa force dans les institutions qui

garantissent la liberté du pays, à maintenir l'ordre légal en améliorant

progressivement les lois, à seconder sans crainte, au sein de la paix

publique fortement protégée, le développement de toutes les facultés,

l'exercice de tous les droits.

Telle est, à ses yeux, la politique qui doit faire porter à notre

révolution tous ses fruits.

Pour la réaliser, une première tâche lui était imposée. Il fallait

prendre partout possession du pouvoir et le remettre à des hommes

capables d'affermir le triomphe de la cause nationale. Grâce aux

conquêtes de 1789, l'état social de la France a été régénéré; grâce à la

victoire de 1830, ses institutions politiques ont reçu en un jour les

principales réformes dont elles avaient besoin. Une administration

partout en harmonie avec l'état social et la Charte, une constante

application des principes consacrés sans retour, tel est aujourd'hui le

besoin pressant, le voeu unanime du pays. De nombreux changements dans

le personnel étaient donc la première nécessité du gouvernement; par là,

il devait faire sentir en tous lieux sa présence, et proclamer lui-même

son avènement. L'oeuvre avance vers son terme. Le temps prononcera sur

le mérite des choix. Mais on peut, dès aujourd'hui, se former une

juste idée de l'étendue et de la célérité du travail; nous vous en

présenterons rapidement les principaux résultats.

A peine entré en fonctions, le ministre de la guerre a pourvu au

commandement des divisions et subdivisions militaires; soixante-quinze

officiers généraux en étaient investis; soixante-cinq ont été remplacés;

dix sont demeurés à leur poste; ils l'ont mérité par la promptitude et

la franchise de leur concours.

En même temps, et dès le 8 août, les officiers généraux qui se

trouvaient chargés de l'inspection ordinaire des troupes ont été

rappelés, et dix lieutenants généraux ou maréchaux de camp ont été

envoyés auprès des corps, avec ordre de proclamer l'avènement du roi,

de prévenir toute scission, et de proposer parmi les officiers les

remplacements nécessaires.

Trente-neuf régiments d'infanterie et vingt-six régiments de cavalerie

ont reçu des colonels nouveaux. Beaucoup de remplacements ont eu lieu

dans les grades inférieurs.

Des commandants nouveaux ont été envoyés dans trente-une places

importantes.

Une commission d'officiers généraux, en fonctions depuis le 16 août,

examine les titres des officiers qui demandent du service. Son travail

est fort avancé.

Des mesures ont été prises dès les premiers jours du mois d'août pour le

licenciement des régiments suisses de l'ancienne garde royale et de la

ligne. Elles sont en pleine exécution. Le licenciement des régiments

français de l'ex-garde et des corps de la maison du roi Charles X est

accompli.

Pour compenser les pertes qu'entraîne ce licenciement, l'effectif des

régiments d'infanterie de ligne sera porté à 1500 hommes, celui des

régiments de cavalerie à 700 hommes, celui des régiments d'artillerie et

du génie à 1,200 et 1450 hommes.

Trois régiments nouveaux, un de cavalerie, sous le nom de _lanciers

d'Orléans,_ deux d'infanterie, sous les n° 65 et 66, et six bataillons

d'infanterie légère s'organisent en ce moment.

Deux bataillons de gendarmerie à pied ont été spécialement créés pour

faire le service dans les départements de l'Ouest.

Une garde municipale a été instituée pour la ville de Paris. Plus de

la moitié des hommes qui doivent la composer sont prêts à entrer en

activité de service.

Le général commandant l'armée d'Afrique a été changé. Le drapeau

national flotte dans les rangs de cette armée qui s'est montrée aussi

empressée de l'accueillir que digne de le suivre, et qui recevra les

récompenses qu'elle a si vaillamment conquises.

Ainsi, au bout de cinq semaines, le personnel de l'armée est renouvelé

ou près du terme de son renouvellement.

La marine n'appelait pas des réformes si étendues. Par sa nature même,

ce corps exige la réunion de connaissances spéciales et d'une expérience

longue et continue. Aussi l'ancien gouvernement avait-il été forcé d'y

conserver ou d'y admettre des officiers qui professaient hautement les

opinions dont il poursuivait la ruine; ils se sont hâtés d'accueillir

notre révolution; elle accomplissait leurs voeux. Là peu de changements

étaient donc nécessaires. Cependant les abus qui y avaient pénétré ont

été abolis. Trois contre-amiraux, douze capitaines de vaisseau, cinq

capitaines de frégate, quatre lieutenants de vaisseau et un enseigne ont

été admis à la retraite. Une commission présidée par le doyen de l'armée

navale examine avec soin les réclamations des officiers que l'ancien

gouvernement avait écartés. Une création nouvelle, celle des amiraux

de France, a assuré à la marine des récompenses proportionnées à ses

services, et l'a fait sortir de cette espèce d'infériorité où elle

était placée comparativement à l'armée de terre, qui possédait seule la

dignité de maréchal de France. Enfin l'illustre chef de l'armée navale

en Afrique a reçu du Roi, par son élévation à ce grade, le juste prix

de ses travaux; et ses compagnons trouveront à leur arrivée en France,

l'avancement et les distinctions qu'ils ont si bien méritées.

Nulle part la réforme n'était plus nécessaire et plus vivement

sollicitée que dans l'administration intérieure. La plupart de ses

fonctionnaires, instruments empressés ou dociles d'un système de fraude

et de violence, avaient encouru la juste animadversion du pays. Ceux-là

même dont les efforts avaient tendu à atténuer le mal s'étaient usés

dans cette lutte ingrate, et manquaient auprès de la population de cet

ascendant moral, de cette confiance prompte et facile, première force du

pouvoir, surtout quand il vit en présence de la liberté. 76 préfets

sur 86, 196 sous-préfets sur 277, 53 secrétaires généraux sur 86, 127

conseillers de préfecture sur 315, ont été changés. En attendant la loi

qui doit régénérer l'administration municipale, 393 changements ont déjà

été prononcés; et une circulaire a ordonné aux préfets de faire, sans

retard, tous ceux qu'ils jugeraient nécessaires, sauf à en demander la

confirmation définitive au ministre de l'intérieur.

Le ministre de la justice a porté toute son attention sur la composition

des parquets, tant des cours souveraines que des tribunaux de première

instance. Dans les premières, 74 procureurs généraux, avocats généraux

et substituts, dans les secondes, 254 procureurs du Roi et substituts

ont été renouvelés. Dans la magistrature inamovible, le ministère s'est

empressé de pourvoir aux sièges vacants, soit par démission, soit par

toute autre cause. A ce titre, ont déjà eu lieu 103 nominations de

présidents, conseillers et juges. A mesure que les occasions s'en

présentent, les changements continuent. Les justices de paix commencent

à être l'objet d'un scrupuleux examen.

Dans le conseil d'État, et en attendant la réforme fondamentale qui

se prépare, le nombre des membres en activité de service a été

provisoirement réduit de 55 à 38; sur ces 38,20 ont été changés. Le

Conseil de l'instruction publique était composé de 9 membres; 5 ont été

écartés. La même mesure a été prise à l'égard de 5 inspecteurs généraux

et de 14 recteurs d'académie sur 25. Un travail se prépare pour apporter

dans les collèges, pendant les vacances, les changements dont la

convenance sera reconnue. Une commission est chargée de faire un prompt

rapport sur l'École de médecine, et d'en préparer la réorganisation.

Dans le département des affaires étrangères, la plupart de nos

ambassadeurs et ministres au dehors ont été révoqués.

La situation du ministre des finances, quant au personnel, était

particulièrement délicate. Il n'en est pas des principaux agents

financiers comme des autres fonctionnaires. Leurs affaires sont mêlées,

enlacées dans celles de l'Etat, et veulent du temps pour s'en séparer.

Il faut plusieurs mois pour qu'un receveur général en remplace

complètement un autre; celui qui se retire a une liquidation à faire;

celui qui arrive a la confiance à obtenir. Au milieu d'une crise dont

l'ébranlement ne pouvait manquer de se faire sentir dans les finances

publiques, il y eût eu péril à écarter brusquement des hommes d'un

crédit bien établi, et qui s'empressaient de le mettre au service du

Trésor. Dans les autres parties de l'administration, une confusion de

quelques jours est un mal; dans l'administration financière, un embarras

de quelques instants serait une calamité. La réserve est donc ici

commandée par la nature des choses et l'intérêt général. Le ministre

des finances a dû s'y conformer. Il a commencé, du reste, dans son

administration, une réforme qu'il poursuivra, de département en

département, avec une scrupuleuse attention.

Vous voyez, messieurs; nous nous sommes bornés au plus simple exposé des

faits; il en résulte clairement que le personnel de l'administration de

la France a déjà subi un renouvellement très-étendu, et que si, dans

l'un des services publics, le renouvellement n'a pas été aussi rapide

qu'ailleurs, ce ménagement était dû à l'un des plus pressants intérêts

de l'État.

En écartant les anciens fonctionnaires, nous avons cherché pour les

remplacer des hommes engagés dans la cause nationale et prêts à s'y

dévouer; mais la cause nationale n'est point étroite ni exclusive; elle

admet diverses nuances d'opinions; elle accepte quiconque veut et peut

la bien servir. A travers tant de vicissitudes qui depuis quarante ans

ont agité notre France, beaucoup d'hommes se sont montrés, dans des

situations différentes, de bons et utiles citoyens; il n'est aucune

époque de notre histoire contemporaine qui n'ait à fournir d'habiles

administrateurs, des magistrats intègres, de courageux amis de la

patrie. Nous les avons cherchés partout; nous les avons pris partout où

nous les avons trouvés. Ainsi, sur les 76 préfets que le Roi a choisis,

47 n'ont occupe aucune fonction administrative depuis 1814; 29 en ont

été revêtus. Parmi ces derniers, 18 avaient été successivement destitués

depuis 1820. Parmi les premiers, 23 avaient occupé des fonctions

administratives avant 1814; 24 sont des hommes tout à fait nouveaux et

portés aux affaires par les derniers événements. Le moment est venu pour

la France de se servir de toutes les capacités, de se parer de toutes

les gloires qui se sont formées dans son sein.

Malgré son importance prédominante en des jours de crise, le personnel

n'a pas seul occupé l'attention du gouvernement; il a pris aussi des

mesures pour rendre promptement à l'administration des choses la

régularité et l'ensemble dont elle a besoin.

Dès le 6 août, le ministre de la guerre a donné des ordres pour arrêter

la désertion et faire rejoindre les hommes qui avaient quitté leurs

corps. Il a pourvu au retrait des armes et des chevaux abandonnés par

les déserteurs.

De nombreux mouvements de troupes ont été opérés, soit dans le but de la

réorganisation des corps, soit pour porter des forces sur les points où

leur présence était jugée utile.

Des désordres se sont manifestés dans quelques régiments de cavalerie et

d'artillerie, et dans un seul régiment d'infanterie. Mais de promptes

mesures ont été prises pour rétablir l'ordre, resserrer les liens de la

discipline, et rendre justice à chacun.

Tous les services de l'armée ont été assurés. Les corps de l'ancienne

garde royale et les régiments suisses ont reçu religieusement en solde,

masses, etc., tout ce qu'ils pouvaient prétendre. Les approvisionnements

pour l'armée d'Afrique ont été complétés jusqu'au 1er novembre, en se

servant, forcément et à cause de l'urgence, du marché précédemment

conclu. Les rapports du nouvel intendant en chef de cette armée

amèneront à de meilleurs moyens pour régler cet important service.

L'armement des gardes nationales est l'un des objets qui attirent

spécialement les soins du ministre. Des ordres sont donnés pour

rassembler et fournir promptement tous les fusils dont on pourra

disposer; un grand nombre est déjà délivré.

L'activité la plus régulière se déploie dans l'administration de la

marine. Des vaisseaux de l'État sillonnent en ce moment toutes les mers

pour porter sur tous les points du globe nos grandes nouvelles.

Ils feront respecter partout les couleurs nationales; partout ils

protégeront le commerce et rassureront les navigateurs français. Des

croisières sont établies dans ce but à l'entrée du détroit de Gibraltar

et sur toutes nos côtes.

Notre escadre continuera de seconder les opérations de notre armée de

terre en Afrique; elle assurera nos communications entre Alger et la

France, et aucun approvisionnement ne sera compromis.

Le Conseil d'amirauté s'occupe de réunir les matériaux d'une législation

complète sur les colonies: une commission sera chargée de mettre le

gouvernement en mesure de la présenter bientôt aux Chambres.

Des travaux nouveaux sont entrepris à Dunkerque et dans d'autres ports.

Partout règne la plus exacte discipline; l'ordre est partout maintenu

sur les vaisseaux comme sur terre, dans les arsenaux et dans les

ateliers.

L'irrégularité des communications, le renouvellement des fonctionnaires,

le nombre et la gravité des affaires générales, avaient pendant

trois semaines un peu ralenti les travaux ordinaires du ministère de

l'intérieur. Non-seulement ils ont repris leur cours, mais aucune trace

de cet arriéré momentané ne subsiste plus. Une organisation plus simple

de l'administration centrale a permis de porter dans la correspondance

une activité vraiment efficace. Des instructions ont été partout données

sur les affaires de l'intérêt le plus général et le plus pressant, sur

l'organisation des gardes nationales, sur la prestation de serment des

fonctionnaires, sur la publication des listes électorales et du jury,

sur les prisons, etc. Tous les préfets sont maintenant à leur poste;

l'autorité est partout reconnue et en vigueur. Sans doute elle rencontre

encore des obstacles; quelque agitation subsiste sur un certain nombre

de points. Elle a éclaté à Nîmes; on la redoute dans deux ou trois

autres départements du Midi. Ceux de l'Ouest, si longtemps le théâtre

des discordes civiles, en contiennent encore quelques vieux ferments.

C'est le devoir du gouvernement de ne pas perdre de vue ces causes

possibles de désordre, il n'y manquera point; déjà il est partout en

mesure; des troupes ont marché vers le Midi, d'autres sont cantonnées

dans l'Ouest. Une surveillance active et inoffensive à la fois est

partout exercée. Elle suffira pour prévenir un mal que rêvent à peine

les esprits les plus aveugles. La promptitude avec laquelle les troubles

de Nîmes ont été réprimés est bien plus rassurante que ces troubles

mêmes ne peuvent paraître inquiétants.

Une autre inquiétude se fait sentir. On craint que notre révolution et

ses résultats ne rencontrent, dans une partie du clergé français,

des sentiments qui ne soient pas en harmonie avec ceux du pays. Le

gouvernement du Roi n'ignore, messieurs, ni les imprudentes déclamations

de quelques hommes, ni les menées ourdies à l'aide d'associations ou

de congrégations que repoussent nos lois. Il les surveille sans les

redouter. Il porte à la religion et à la liberté des consciences un

respect sincère; mais il sait aussi jusqu'où s'étendent les droits de

la puissance publique, et ne souffrira pas qu'ils reçoivent la moindre

atteinte. La séparation de l'ordre civil et de l'ordre spirituel

sera strictement maintenue. Toute infraction aux lois du pays, toute

perturbation de l'ordre seront fortement réprimées, quels qu'en soient

les auteurs.

Le gouvernement compte sur le concours des bons citoyens pour porter

remède à un mal d'une autre nature, dont la gravité ne saurait être

méconnue; il s'occupe avec assiduité de la préparation du budget, et ne

tardera pas à le présenter aux Chambres. Mais la perception de certains

impôts a rencontré depuis six semaines d'assez grands obstacles: ils

ont disparu en ce qui concerne les douanes; leur service, un moment

interrompu sur deux points de la frontière, dans les départements des

Pyrénées-Orientales et du Haut-Rhin, a été promptement rétabli. L'impôt

direct est partout payé avec une exactitude, disons mieux, avec un

empressement admirable. Mais des troubles ont eu lieu dans quelques

départements à l'occasion de l'impôt sur les boissons, et en ont

momentanément suspendu la perception. Aussi, sur quinze millions de

produits qu'on devait attendre des contributions indirectes, pendant le

seul mois d'août, y aura-t-il perte de deux millions. Décidé à apporter

dans cet impôt les réductions et les modifications qui seront jugées

nécessaires, le gouvernement proposera incessamment aux Chambres un

projet de loi-concerté avec la Commission qu'il a nommée à cet effet. La

France peut compter aussi que, dans les divers services du budget, il

poussera l'économie aussi loin que le permettra l'intérêt public, et

qu'il ne négligera aucun moyen d'alléger les charges des contribuables.

Mais il est de son devoir le plus impérieux, il est de l'intérêt public

le plus pressant, que rien ne vienne jeter l'incertitude et le trouble

dans le revenu de l'État. C'est sur la perception régulière et sûre de

l'impôt que repose le crédit; c'est sur l'étendue et la solidité du

crédit que repose le développement rapide, facile, des ressources de

l'État et de la prospérité nationale. Certes, le crédit du Trésor est

grand et assuré, il ne restera point au-dessous de ses charges; il va

suffire aisément dans le cours de ce mois au payement de plus de 100

millions qu'exigent les besoins du service. Mais pour qu'il subsiste et

se déploie de plus en plus, il importe essentiellement que ses bases ne

soient pas ébranlées.

Elles ne le seront point, messieurs, pas plus que notre ordre social ne

sera compromis par la fermentation momentanée qui s'est manifestée

sur quelques points, et que repousse de toutes parts la sagesse de la

France. Sans doute, dans son gouvernement comme en toutes choses,

la France désire l'amélioration, le progrès, mais une amélioration

tranquille, un progrès régulier. Satisfaite du régime qu'elle vient de

conquérir, elle aspire avant tout à le conserver, à le consolider. Elle

veut jouir de sa victoire, et non entreprendre de nouvelles luttes. Elle

saura bien mettre elle-même le temps à profit pour perfectionner ses

institutions, et elle regarderait toute tentative désordonnée comme une

atteinte à ses droits aussi bien qu'à son repos.

Ce repos, messieurs, le gouvernement, fort de ses droits et du concours

des Chambres, saura le maintenir, et il sait qu'en le maintenant il fera

prévaloir le voeu national. Déjà, à la première apparence de troubles,

les bons citoyens se sont empressés au-devant de l'autorité pour l'aider

à les réprimer, et le succès a été aussi facile que décisif. Partout

éclaterait le même résultat. Les lois ne manquent point à la justice;

la force ne manquera point aux lois. Que les amis du progrès de la

civilisation et de la liberté n'aient aucune crainte; leur cause ne sera

point compromise dans ces agitations passagères. Le perfectionnement

social et moral est le résultat naturel de nos institutions; il se

développera librement et le gouvernement s'empressera de le seconder.

Chaque jour, de nouvelles assurances amicales lui arrivent de toutes

parts. Chaque jour l'Europe reconnaît et proclame qu'il est pour tous un

gage de sécurité et de paix. La paix est aussi son voeu. Au dedans comme

au dehors, il est fermement résolu à conserver le même caractère, à

s'acquitter de la même mission.

Mémoires pour servir à l'Histoire de mon temps (Tome 2) · 第 18 / 53 题