_Proclamation adressée à la France par les Députés des départements
réunis au palais Bourbon, après l'appel et l'arrivée de S. A. R. Mgr le
duc d'Orléans à Paris_.
(31 juillet 1830.)
Français,
La France est libre. Le pouvoir absolu levait son drapeau; l'héroïque
population de Paris l'a abattu. Paris attaqué a fait triompher par les
armes la cause sacrée qui venait de triompher en vain par les élections.
Un pouvoir usurpateur de nos droits, perturbateur de notre repos,
menaçait à la fois la liberté et l'ordre; nous rentrons en possession de
l'ordre et de la liberté. Plus de crainte pour les droits acquis; plus
de barrière entre nous et les droits qui nous manquent encore.
Un gouvernement qui, sans délai, nous garantisse ces biens, est
aujourd'hui le premier besoin de la patrie. Français, ceux de vos
députés qui se trouvent déjà à Paris se sont réunis; et en attendant
l'intervention régulière des Chambres, ils ont invité un Français qui
n'a jamais combattu que pour la France, M. le duc d'Orléans, à exercer
les fonctions de lieutenant général du royaume. C'est à leurs yeux le
plus sûr moyen d'accomplir promptement par la paix le succès de la plus
légitime défense.
Le duc d'Orléans est dévoué à la cause nationale et constitutionnelle;
il en a toujours défendu les intérêts et professé les principes. Il
respectera nos droits, car il tiendra de nous les siens. Nous nous
assurerons par des lois toutes les garanties nécessaires pour rendre la
liberté forte et durable:
Le rétablissement de la garde nationale, avec l'intervention des gardes
nationaux dans le choix des officiers;
L'intervention des citoyens dans la formation des administrations
départementales et municipales;
Le jury pour les délits de la presse;
La responsabilité légalement organisée des ministres et des agents
secondaires de l'administration;
L'état des militaires légalement assuré.
La réélection des députés promus à des fonctions publiques.
Nous donnerons enfin à nos institutions, de concert avec le chef de
l'État, les développements dont elles ont besoin.
Français, le duc d'Orléans lui-même a déjà parlé, et son langage est
celui qui convient à un pays libre: «Les Chambres vont se réunir, vous
dit-il; elles aviseront aux moyens d'assurer le règne des lois et le
maintien des droits de la nation.