2007 > QUEL AVENIR POUR L'EBOOK?

[Résumé]

Suite à une enquête lancée fin 2006 sur l’avenir de l’ebook, voici les

réponses de deux professionnels du livre: Pierre Schweitzer, concepteur

du projet @folio, un lecteur portable de textes, et Denis Zwirn,

fondateur de la bibliothèque numérique Numilog. Selon Pierre, «la

chance qu’on a tous est de vivre là, ici et maintenant cette

transformation fantastique. Quand je suis né en 1963, les ordinateurs

avaient comme mémoire quelques pages de caractères à peine.

Aujourd’hui, mon baladeur de musique pourrait contenir des milliards de

pages, une vraie bibliothèque de quartier. Demain, par l’effet conjugué

de la loi de Moore et de l’omniprésence des réseaux, l’accès instantané

aux oeuvres et aux savoirs sera de mise. Le support de stockage lui-

même n’aura plus beaucoup d’intérêt. Seules importeront les commodités

fonctionnelles d’usage et la poétique de ces objets.»

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Suite à une enquête lancée fin 2006 sur l’avenir de l’ebook, voici les

réponses de deux professionnels du livre: Pierre Schweitzer, concepteur

du projet @folio, un lecteur portable de textes, et Denis Zwirn,

fondateur de la bibliothèque numérique Numilog.

# «La poétique des objets»

Concepteur du projet @folio, un lecteur portable de textes, Pierre

Schweitzer explique en décembre 2006: «La lecture numérique dépasse de

loin, de très loin même, la seule question du "livre" ou de la presse.

Le livre et le journal restent et resteront encore, pour longtemps, des

supports de lecture techniquement indépassables pour les contenus de

valeur ou pour ceux dépassant un seuil critique de diffusion. Bien que

leur modèle économique puisse encore évoluer (comme pour les "gratuits"

la presse grand public), je ne vois pas de bouleversement radical à

l’échelle d’une seule génération. Au-delà de cette génération, l’avenir

nous le dira. On verra bien. Pour autant, d’autres types de contenus se

développent sur les réseaux. Internet défie l’imprimé sur ce terrain-

là: celui de la diffusion en réseau (dématérialisée = coût marginal

nul) des oeuvres et des savoirs. Là où l’imprimé ne parvient pas à

équilibrer ses coûts. Là où de nouveaux acteurs peuvent venir prendre

leur place.

Or, dans ce domaine nouveau, les équilibres économiques et les logiques

d’adoption sont radicalement différents de ceux que l’on connaît dans

l’empire du papier - voir par exemple l’évolution des systèmes de

validation pour les archives ouvertes dans la publication scientifique

ou les modèles économiques émergents de la presse en ligne. Il est donc

vain, dangereux même, de vouloir transformer au forceps l’écologie du

papier - on la ruinerait à vouloir le faire! À la marge, certains

contenus très spécifiques, certaines niches éditoriales, pourraient

être transformées - l’encyclopédie ou la publication scientifique le

sont déjà. De la même façon, les guides pratiques, les livres

d’actualité quasi-jetables et quelques autres segments qui envahissent

les tables des librairies pourraient l’être, pour le plus grand bonheur

des libraires. Mais il n’y a là rien de massif ou brutal selon moi. Nos

habitudes de lecture ne seront pas bouleversées du jour au lendemain,

elles font partie de nos habitudes culturelles, elles évoluent

lentement, au fur et à mesure de leur adoption (= acceptation) par les

générations nouvelles.»

Selon Pierre, «la chance qu’on a tous est de vivre là, ici et

maintenant cette transformation fantastique. Quand je suis né en 1963,

les ordinateurs avaient comme mémoire quelques pages de caractères à

peine. Aujourd’hui, mon baladeur de musique pourrait contenir des

milliards de pages, une vraie bibliothèque de quartier. Demain, par

l’effet conjugué de la loi de Moore et de l’omniprésence des réseaux,

l’accès instantané aux oeuvres et aux savoirs sera de mise. Le support

de stockage lui-même n’aura plus beaucoup d’intérêt. Seules importeront

les commodités fonctionnelles d’usage et la poétique de ces objets.»

# «Un produit commercial»

Selon Denis Zwirn, fondateur de la librairie numérique Numilog,

interviewé en août 2007, on peu noter «un premier point d'inflexion

dans la courbe de croissance du marché des livres numériques. Plusieurs

facteurs sont réunis pour cela:

(1) le développement de vastes catalogues en ligne utilisant pleinement

les fonctionnalités de la recherche plein texte dans les livres

numérisés, comme les catalogues de la future Bibliothèque numérique

européenne, de VollTextSuche Online, de Google et d'Amazon. Une fois le

contenu trouvé dans un des ouvrages ainsi "sondé" par ce type de

recherche révolutionnaire pour le grand public, il est naturel de

vouloir accéder à la totalité de l'ouvrage... dans sa version

numérique.

(2) Des progrès techniques cruciaux tels que la proposition commerciale

d'appareils de lecture à base d'encre électronique améliorant

radicalement l'expérience de lecture finale pour l'usager en la

rapprochant de celle du papier. Par exemple l'iLiad d'Irex ou le Sony

Reader, mais bien d'autres appareils s'annoncent. Le progrès concerne

toutefois tout autant le développement des nouveaux smartphones

multifonctions comme les BlackBerry ou l'iPhone, ou la proposition de

logiciels de lecture à l'interface fortement améliorée et pensée pour

les ebooks sur PC, comme Adobe Digital Editions.

(3) Enfin, le changement important d'attitude de la part des

professionnels du secteur, éditeurs, et probablement bientôt aussi

libraires. Les éditeurs anglo-saxons universitaires ont massivement

tracé une route que tous les autres sont en train de suivre, en tout

cas aux États-Unis, en Europe du Nord et en France: proposer une

version numérique de tous les ouvrages. Même pour les plus réticents

encore il y a quelques années, ce n'est plus une question de

"pourquoi?", c'est simplement devenu une question de "comment?". Les

libraires ne vont pas tarder à considérer que vendre un livre numérique

fait partie de leur métier normal.»

Selon Denis, «le livre numérique n'est plus une question de colloque,

de définition conceptuelle ou de divination par certains "experts":

c'est un produit commercial et un outil au service de la lecture. Il

n'est pas besoin d'attendre je ne sais quel nouveau mode de lecture

hypermoderne et hypertextuel enrichi de multimédia orchestrant

savamment sa spécificité par rapport au papier, il suffit de proposer

des textes lisibles facilement sur les supports de lecture électronique

variés qu'utilisent les gens, l'encre électronique pouvant

progressivement envahir tous ces supports. Et de les proposer de

manière industrielle. Ce n'est pas et ne sera jamais un produit de

niche (les dictionnaires, les guides de voyage, les livres pour les non

voyants...): c'est en train de devenir un produit de masse, riche de

formes multiples comme l'est le livre traditionnel.»

L'ebook a 40 ans (1971-2011) · 第 61 / 66 题