1997 > OVOSITE, ESPACE D’ÉCRITURE HYPERMÉDIA

[Résumé]

Principe de base du web, l’hyperlien relie des textes et des images

entre eux, et les relie aussi à des bandes sonores ou des vidéos. Des

écrivains férus de nouvelles technologies ne tardent pas à en explorer

les possibilités, par exemple dans des sites d’écriture hypermédia ou

des oeuvres d’hyperfiction. Mis en ligne en juin 1997, oVosite est un

espace d’écriture hypermédia conçu par un collectif de six auteurs

issus du département hypermédia de l’Université Paris 8: Chantal

Beaslay, Laure Carlon, Luc Dall’Armellina (qui est aussi le webmestre

d'oVosite), Philippe Meuriot, Anika Mignotte et Claude Rouah. Luc

Dall’Armellina explique en juin 2000: «oVosite est un site web conçu et

réalisé (...) autour d’un symbole primordial et spirituel, celui de

l’oeuf. Le site s’est constitué selon un principe de cellules autonomes

qui visent à exposer et intégrer des sources hétérogènes (littérature,

photo, peinture, vidéo, synthèse) au sein d’une interface unifiante.»

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Mis en ligne en juin 1997, oVosite est un espace d’écriture hypermédia

conçu par un collectif de six auteurs issus du département hypermédia

de l’Université Paris 8.

Principe de base du web, l’hyperlien relie des textes et des images

entre eux, et les relie aussi à des bandes sonores ou des vidéos. Des

auteurs férus de nouvelles technologies ne tardent pas à en explorer

les possibilités dans des sites d’écriture hypermédia, par exemple

oVosite, dont les auteurs sont Chantal Beaslay, Laure Carlon, Luc

Dall’Armellina (qui est aussi son webmestre), Philippe Meuriot, Anika

Mignotte et Claude Rouah.

Luc Dall’Armellina explique en juin 2000: «oVosite est un site web

conçu et réalisé (...) autour d’un symbole primordial et spirituel,

celui de l’oeuf. Le site s’est constitué selon un principe de cellules

autonomes qui visent à exposer et intégrer des sources hétérogènes

(littérature, photo, peinture, vidéo, synthèse) au sein d’une interface

unifiante.

"Les récits voisins", la première cellule active, met en scène huit

nouvelles originales - métaphores d'éclosion ou de gestation - à

travers des ancrages variant selon trois regards: éléments de

l'environnement (rouge), personnages de l'histoire (violet),

correspondances poétiques (bleu). L'interprétation de ces regards,

c'est-à-dire le choix des liens pour chaque élément de texte, incombe à

chaque auteur et dépend de sa perception individuelle du sujet au sein

de son univers intime. "Les récits voisins" est une oeuvre collective,

un travail d'écriture multimédia qui s'est étendu sur près de six mois.

"Désirs" est une proposition de fragmentation d'un poème anonyme (texte

de 1692) et qui occupe l'espace sur le mode de l'apparition des phrases

reliées à des mots qui s'affichent et disparaissent au gré d'un

aléatoire mesuré.»

# L’hyperlien et l’écriture

Les possibilités offertes par l’hyperlien ont-elles changé son mode

d’écriture? La réponse de Luc est à la fois négative et positive.

Négative d’abord: «Non - parce qu’écrire est de toute façon une affaire

très intime, un mode de relation qu’on entretient avec son monde, ses

proches et son lointain, ses mythes et fantasmes, son quotidien et

enfin, appendus à l’espace du langage, celui de sa langue d’origine.

Pour toutes ces raisons, je ne pense pas que l’hypertexte change

fondamentalement sa manière d’écrire, qu’on procède par touches, par

impressions, associations, quel que soit le support d’inscription, je

crois que l’essentiel se passe un peu à notre insu.»

Positive ensuite: «Oui - parce que l’hypertexte permet sans doute de

commencer l’acte d’écriture plus tôt: devançant l’activité de lecture

(associations, bifurcations, sauts de paragraphes) jusque dans l’acte

d’écrire. L’écriture (ceci est significatif avec des logiciels comme

StorySpace) devient peut-être plus modulaire. On ne vise plus tant la

longue horizontalité du récit, mais la mise en espace de ses fragments,

autonomes. Et le travail devient celui d’un tissage des unités entre

elles. L’autre aspect lié à la modularité est la possibilité

d’écritures croisées, à plusieurs auteurs. Peut-être s’agit-il

d’ailleurs d’une méta-écriture, qui met en relation les unités de sens

(paragraphes ou phrases) entre elles.»

# «Des situations nouvelles»

Luc écrit aussi: «La couverture du réseau autour de la surface du globe

resserre les liens entre les individus distants et inconnus. Ce qui

n’est pas simple puisque nous sommes placés devant des situations

nouvelles: ni vraiment spectateurs, ni vraiment auteurs, ni vraiment

lecteurs, ni vraiment interacteurs. Ces situations créent des nouvelles

postures de rencontre, des postures de "spectacture" ou de "lectacture"

(Jean-Louis Weissberg). Les notions de lieu, d’espace, de temps,

d’actualité sont requestionnées à travers ce médium qui n’offre plus

guère de distance à l’événement mais se situe comme aucun autre dans le

présent en train de se faire. L’écart peut être mince entre l’envoi et

la réponse, parfois immédiat (cas de la génération de textes).

Mais ce qui frappe et se trouve repérable ne doit pas masquer les

aspects encore mal définis tels que les changements radicaux qui

s’opèrent sur le plan symbolique, représentationnel, imaginaire et plus

simplement sur notre mode de relation aux autres. "Plus de proximité"

ne crée pas plus d’engagement dans la relation, de même "plus de liens"

ne créent pas plus de liaisons, ou encore "plus de tuyaux" ne créent

pas plus de partage.

Je rêve d’un internet où nous pourrions écrire à plusieurs sur le même

dispositif, une sorte de lieu d’atelier d’écritures permanent et qui

autoriserait l’écriture personnelle (c’est en voie d’exister), son

partage avec d’autres auteurs, leur mise en relation dans un tissage

d’hypertextes et un espace commun de notes et de commentaires sur le

travail qui se crée.»

L'ebook a 40 ans (1971-2011) · 第 28 / 66 题