»Les sauvages unitaires que m’a livrés le commandant Sandoval et

qui sont: Marion, le prétendu gouverneur général de Tucuman;

Avellanieda, le prétendu colonel J.-M. Vilela; le capitaine

José Espejo et le lieutenant en premier Léonard Sosa, _ont été

sur-le-champ exécutés dans la forme ordinaire_, à l’exception

d’Avellanieda, à qui j’ai ordonné que l’on coupât la tête, et que

cette tête, une fois coupée, on l’exposât aux regards du public, sur

la place de Tucuman.

»MANOEL ORIBE.»

Laissons celui-là, et passons à un autre bourreau de Rosas.

«Casamarca, le 29 du mois de Rosas 1841.

»_A Son Excellence monsieur le gouverneur

D. Cl. A. Arredondo._

»Après plus de deux heures de feu, et après avoir passé au fil de

l’épée toute l’infanterie, à son tour toute la cavalerie a été mise

en déroute, et le chef seul s’est échappé par le cerro d’Ambaste,

avec trente hommes; on le poursuit, et sa tête sera bientôt sur la

place publique, comme y sont déjà les têtes des prétendus ministres

Gonzalès Dulce et celle d’Espeche.

»Vive la fédération!

»M. MAZA.»

«_Liste nominative des sauvages unitaires, prétendus chefs et

officiers, qui ont été exécutés après l’action du 29._

»Colonel: Vicente Mercao.

»Commandants: Modesto Villafane, Juan-Pedro Ponce, Damasio Arias,

Manuel Lopez, Pedro Rodriguez.

»Chefs de bataillon: Manuel Riso, Santiago de la Cruz-José.

»Capitaines: Juan-de-Dios Ponce, Jose Salas, Pedro Aranjo, Isidore

Ponce, Pedro Barros.

»Adjudants: Damasio Sarmiento, Eugenio Novillo, Francisco Quinteros,

Daniel Rodriguez.

»Lieutenant: Domingo Diaz.

»M. MAZA.»

Puisque nous en sommes à Maza, continuons; puis nous reviendrons à

Rosas:

«Casamarca, 4 novembre 1841.

»Je vous ai annoncé déjà que nous avions mis en déroute complète le

sauvage unitaire Cubas, qui était poursuivi, et que nous aurions

bientôt la tête du bandit. Il a été pris en effet au Cerro des

Ambastes: il a été pris dans son lit même; en conséquence, la tête

dudit brigand Cubas est exposée sur la place publique de cette ville.

»_Après l’action_:

»On a pris dix-neuf officiers qui suivaient Cubas. Je n’ai _point

fait de quartier_. Le triomphe a été complet, et pas un n’a échappé.

»M. MAZA.»

Glanons en passant, dans le _Boletin de Mendosa_, nº 12, cette lettre

écrite du champ de bataille d’Arroyo-Grande, et adressée au gouverneur

Aldao par le colonel don Geronimo Costa:

«_Nous avons pris plus de cent cinquante chefs et officiers, qui

furent exécutés à l’instant._»

Tout feu d’artifice a son bouquet; terminons par son bouquet ce feu

d’artifice de sang.

J’ai promis de revenir à Rosas; j’y reviens.

Le colonel Zelallaran est tué; on apporte sa tête à Rosas.

Rosas passa trois heures à rouler cette tête du pied et à cracher

dessus; alors il apprend qu’un autre colonel, frère d’armes de

celui-ci, est prisonnier; son premier mouvement est de le faire

fusiller, mais il se ravise; au lieu de le condamner à la mort, il le

condamne à la torture: le prisonnier, pendant trois jours, aura,

douze heures par jour, cette tête coupée exposée devant lui sur une

table.

Rosas fait fusiller, au milieu de la place San-Nicolas, une portion des

prisonniers du général Paz.

Parmi des prisonniers se trouvait le colonel Vedela, ancien gouverneur

de Saint-Louis; au moment du supplice, le fils du condamné se jette

dans les bras de son père.

--Fusillez-les tous les deux, dit Rosas.

Et fils et père tombent frappés dans les bras l’un de l’autre.

En 1832, Rosas fit conduire, sur une place de Buenos-Ayres,

quatre-vingts prisonniers indiens, et, au milieu du jour, à la vue de

tous, il les fit égorger à coups de baïonnette.

Camilla O’Gorman, jeune fille de dix-huit ans, d’une des premières

familles de Buenos-Ayres, est séduite par un prêtre de vingt-quatre

ans. Ils quittent tous deux Buenos-Ayres et se réfugient dans un petit

village de Corrientes, où, se disant mariés, ils ouvrent une espèce

d’école. Corrientes tombe au pouvoir de Rosas. Reconnus par un prêtre

et dénoncés par lui à Rosas, le fugitif et sa compagne sont ramenés

tous deux à Buenos-Ayres, où, sans jugement, Rosas ordonne qu’ils

soient fusillés.

--Mais, fait-on observer à Rosas, Camilla O’Gorman est enceinte de huit

mois.

--Baptisez le ventre, dit Rosas, qui, en bon chrétien, veut sauver

l’âme de l’enfant.

Le ventre baptisé, Camilla O’Gorman est fusillée.

Trois balles traversent les bras de la malheureuse mère, qui, par un

mouvement instinctif, les avait étendus pour protéger son enfant.

Maintenant, comment se fait-il que la France se fasse des amis comme

Rosas et des ennemis comme Garibaldi?

Et en effet, le traité de 1840, signé de l’amiral Mackau, et qui porte

son nom, relevait le pouvoir de Rosas, en laissant la république

Orientale seule engagée dans la lutte.

Ce fut alors qu’apparut Garibaldi à son retour de Rio-Grande.

D’un côté, Rosas et Oribe,--c’est-à-dire la force, la richesse, la

puissance, combattant pour le despotisme.

De l’autre côté, une pauvre petite république,--une ville démantelée,

un trésor à sec, un peuple sans ressources, ne pouvant payer ses

défenseurs, mais combattant pour la liberté.

Garibaldi n’hésita point.--Il alla droit au peuple et à la liberté.

Nous lui rendons la plume, et lui laissons raconter ses luttes pendant

ce siége acharné, qui dura neuf ans, comme celui de Troie.

ALEX. DUMAS.

FIN DU PREMIER VOLUME

TABLE

DU PREMIER VOLUME

Un mot au lecteur 1

I.--Mes parents 27

II.--Mes premières années 32

III.--Mes premiers voyages 36

IV.--Mon initiation 41

V.--Les événements de Saint-Julien 48

VI.--Le Dieu des bonnes gens 55

VII.--J’entre au service de la république de Rio-Grande 63

VIII.--Corsaire 69

IX.--La Plata 77

X.--Les plaines orientales 81

XI.--La poëtesse 85

XII.--Le combat 90

XIII.--Louis Carniglia 95

XIV.--Prisonnier 97

XV.--L’estrapade 102

XVI.--Voyage dans la province de Rio-Grande 107

XVII.--La lagune de los Patos 112

XVIII.--Armement des lancions à Camacua 116

XIX.--L’estancia della Barba 121

XX.--Expédition à Sainte-Catherine 132

XXI.--Départ et naufrage 137

XXII.--Jean Griggs 145

XXIII.--Sainte-Catherine 149

XXIV.--Une femme 152

XXV.--La course 155

XXVI.--Lac d’Imirui 161

XXVII.--Nouveaux combats 164

XXVIII.--A cheval 169

XXIX.--La retraite 178

XXX.--Séjour à Lages et dans les environs 182

XXXI.--Bataille de Taquari 187

XXXII.--Assaut de San José du Nord 197

XXXIII.--Anita 201

XXXIV.--Levée du siége.--Rossetti 213

XXXV.--La picada das Antas 217

XXXVI.--Conducteur de bufs 226

XXXVII.--Professeur de mathématiques et courtier de commerce 238

Montevideo 241

Rosas 262

Manuel Oribe 298

FIN DE LA TABLE.

Clichy.--Imp. Maurice Loignon et Cie, rue du Bac-d’Asnières, 12.

* * * * *

Corrections.

Page 16: «conspirations» remplacé par «conspiration» (dans la

conspiration des princes italiens).

Page 24: «André» par «Andréa» (consacrons à Andréa Vochieri

quelques lignes).

Page 30: «quelle» par «qu’elle» (la tendresse qu’elle avait pour

moi).

Page 43: inséré «fois» (nous fûmes trois fois pris et dépouillés).

Page 56: «discendre» remplacé par «descendre» (me fis descendre à

la Douane).

Page 57: «Cacciopée» par «Cassiopée» (Me guidant sur Cassiopée).

Page 67: «Pao d’Anuear» par «Pão d’Açucar» (le _Pão d’Açucar_,

immense rocher conique).

Page 73 et suivantes: «Maldonato» par «Maldonado» (Nous allâmes

jeter l’ancre à Maldonado).

Page 87: «capitaz» par «capataz» (Au bout de quelques instants

apparut le capataz).

Page 90: «Barraneas» par «Barrancas» (directement en face des

Barrancas de San Gregorio).

Page 91: «abondonné» par «abandonné» (et saisis le timon

abandonné).

Page 94: «rassassié» par «rassasié» (Mon cadavre eût rassasié

quelque loup marin).

Page 98: «Entra-Rios» par «Entre-Rios» (le gouverneur de la

province d’Entre-Rios).

Page 107: «Iguann» par «Iguaçu» (l’embouchure de l’Iguaçu, affluent

du Parana).

Page 121: «particuliè-ment» par «particulièrement» (nous nous

faisions plus particulièrement les hôtes).

Page 123: «chargueada» par «charqueada» (_galpon da charqueada_).

Page 127: «à à» par «à» (lui et ses hommes à une centaine de pas).

Page 135: «inacoutumé» par «inaccoutumé» (un spectacle curieux et

inaccoutumé).

Page 145: «GRIGS» par «GRIGGS» (XXII.--JEAN GRIGGS).

Page 149: «intant» par «instant» (nous eûmes donc à l’instant même).

Page 151: «de de» par «de» (il avait l’habitude de dire).

Page 161: «IMERUI» par «IMIRUI» (XXVI.--LAC D’IMIRUI).

Page 179: «dsipersant» par «dispersant» (prirent la fuite se

dispersant de telle façon).

Page 195: «non-seulemnnt» par «non-seulement» (non-seulement tout

ce que nous avions de fantassins).

Page 206: «américains» par «américaines» (la fille des steppes

américaines ignorait).

Page 216: «Zambeccari» par «Zambecarri» (Parmi eux était notre

capitaine Zambecarri).

Page 222: «Moringue» par «Morinque» (l’infatigable Morinque,

informé de la retraite).

Page 226: «capitaz» par «capataz» (brigandage de certains capataz

mercenaires).

Page 232: «Anzini» par «Anzani» (Anzani avait l’habitude de dire).

Page 257: «casonsillos» par «calzoncillos» (aux _calzoncillos_

flottants).

Page 265: «qu» par «qui» (un colonel à qui Buenos-Ayres est connu).

Page 277: «quelque-quefois» par «quelquefois» (et quelquefois,

douce sur de charité).

Page 296: «Alvares» par «Alvarez» (Herrera, Vasquez, Alvarez,

Ellauri).

Page 302: «Manoel Oribe» est l'orthographe portugaise. Ailleurs

l'auteur écrit «Manuel»; «Banancas» remplacé par

«Barrancas» (Barrancas de Cosonda).

Page 311: inséré un numéro de page (Un mot au lecteur... 1);

«Grigs» remplacé par «Griggs» (XXII.--Jean Griggs).

End of Project Gutenberg's Mémoires de Garibaldi, tome 1/2, by Alexandre Dumas

Mémoires de Garibaldi, tome 1/2 · 第 14 / 14 段