--Alors, Ghislaine, vraiment vous n’êtes pas trop mal chez Mme de
Maulde?
Et autant des yeux que des lèvres, Mme Dupuis-Béhenne interrogeait
Ghislaine avec une affection anxieuse. Depuis trois jours, elle était de
retour du Midi et, pour la première fois, elle revoyait la jeune fille
qui avait obtenu, cette après-midi-là, quelques heures de liberté.
Jusqu’alors Ghislaine avait peu parlé d’elle-même, interrogeant surtout
sa vieille amie sur le séjour fait à Cannes. Maintenant, il lui fallait
répondre à son tour. La voix un peu lente, elle dit:
--Non, je ne suis pas malheureuse, chère madame; avec le temps,
d’ailleurs, on s’habitue à tant de choses! Cela fait maintenant près de
trois grands mois que je suis chez Mme de Maulde. Je commence à être
bien acclimatée dans ma situation nouvelle.
Mme Dupuis-Béhenne la regarda une seconde, cherchant à démêler si elle
était ou non sincère. Mais il y avait trop de choses imprécises dans son
accent et dans son regard pour que, peu perspicace, elle pût pénétrer
son intime pensée. Physiquement, la jeune fille semblait moins abattue
que trois mois plus tôt; la pâleur du visage s’était rosée un peu, la
ligne de l’ovale était moins effilée; mais le sourire trahissait
toujours le même infini détachement qui émanait aussi des paroles.
Il y eut dans le salon un court silence. Une grosse averse battait les
vitres et les yeux songeurs de Ghislaine regardaient sans voir vers les
carreaux ruisselants. Mme Dupuis-Béhenne demanda:
--La marquise de Maulde est-elle aimable avec vous?
--Mais oui, en général... Du moins, quand elle en a le loisir! Je la
vois fort peu; quoiqu’un peu plus pourtant que sa petite fille, car, de
temps à autre, elle réclame...--oh! avec beaucoup de bonne grâce!--mes
services pour écrire quelque billet pressé ou donner un ordre, ou lui
faire des commissions. Mais, somme toute, Josette et moi, nous
n’occupons qu’une place infime--pour ne pas dire nulle,--dans
l’existence ultra-remplie qu’elle s’est créée pour son plus grand
agrément.
--Elle reçoit toujours beaucoup?
Ghislaine sourit:
--Le jour où elle n’aura plus son salon ouvert, où elle ne sortira plus,
elle sera bien malade! La société lui est aussi indispensable que l’air
respirable. Aussi son salon a-t-il, autant que j’ai pu en juger, une
amusante physionomie! Elle a le don d’en faire manœuvrer artistement la
lanterne magique.
--Alors, Ghislaine, vous y rencontrez des gens qui vous intéressent?
Tant mieux, j’en suis bien contente!
--Chère madame, vous êtes toujours bonne Mais vous comprenez que dans
les conditions où je me trouve chez Mme de Maulde, je ne parais dans son
salon que sur sa demande expresse, quand je ne puis m’en dispenser. Ma
position y est trop fausse pour que je n’en souffre pas un peu, malgré
la philosophie que tous les jours qui passent m’apprennent davantage à
pratiquer.
Mme Dupuis-Béhenne sentait bien que la jeune fille disait vrai. Elle
n’essaya pas de lui répondre, comprenant que les vaines paroles de
consolation ou d’encouragement étaient inutiles; Ghislaine de Vorges
était de la race de celles qui voient les choses telles qu’elles sont et
les acceptent courageusement. Et changeant de sujet, elle reprit:
--M. de Moraines est ravi de votre présence auprès de sa fille.
--Si ravi que cela? fit Ghislaine avec une imperceptible ironie, ses
yeux devenus pensifs, pleins d’une indéfinissable expression.
Soudain, les paroles de Mme Dupuis-Béhenne évoquaient vivante en son
esprit la physionomie aristocratique et fine de M. de Moraines, son
regard d’une hardiesse caressante, sa bouche spirituelle sous la
moustache blonde striée de blanc, sa courtoisie respectueuse et raffinée
dont il lui offrait l’hommage; un hommage qui s’adressait à la femme
bien plus qu’à l’institutrice, si parfaite la trouvât-il. De cela, elle
avait, chaque jour, l’impression plus profonde; sans daigner prendre
garde à un intérêt discret, manifesté seulement par des égards délicats,
par un souci constant de lui faire oublier sa position subalterne à
l’hôtel de Maulde, par une attention, que des nuances seules
trahissaient, pour tout ce qu’elle disait ou faisait...
Mme Dupuis-Béhenne affirmait, très convaincue:
--Ma chère petite, ne soyez pas sceptique en la circonstance, vous n’en
avez pas le droit! M. de Moraines a chanté vos louanges sur tous les
tons à Marc de Bresles qui, en réponse à mes questions répétées à votre
égard, s’est enfin décidé à me renseigner. Quel drôle de garçon de faire
tant de cérémonies pour me parler de vous!... Il vous voit souvent,
n’est-ce pas?
--Il est reçu en intime chez Mme de Maulde. Mais il me paraît apprécier,
à sa valeur juste, ce brillant milieu et il y vient surtout en curieux
très intelligent que la comédie mondaine amuse, d’autant plus qu’il en
connaît bien les dessous!
Mme Dupuis-Béhenne approuva, l’air contente:
--Oui, très intelligent, vous avez raison, Ghislaine. Alors, comme mon
mari, vous trouvez Marc un garçon remarquable?
--Remarquable... oui; et à différents points de vue. Les hommes de son
monde ne sont pas légion qui acceptent une existence de travail,--ayant
la possibilité d’en mener une autre;--à la condition, il est vrai,
d’avoir moins de fierté et d’indépendance de caractère.
--Je suis contente, Ghislaine, que Marc vous plaise. C’est, au moins,
une personne agréable à voir pour vous chez Mme de Maulde.
--En effet, avec lui, je peux causer un peu sans crainte d’être jugée
oublieuse de ma position d’institutrice. Mêlant notre expérience, nous
philosophons sur les misères de la vie, ou même sur les joies qu’elle
peut donner, dont il désire et veut sa part avec une belle hardiesse de
lutteur que je lui envie, moi qui suis incapable maintenant d’espérer!
Pourtant sa vaillance m’est un très bon exemple; elle a quelque chose de
communicatif! Du réconfort qu’il me donne ainsi, sans le savoir, je lui
suis reconnaissante, comme de m’avoir fait trouver, dans le présent, mon
pain quotidien, comme d’apporter tant de délicatesse à me rendre moins
pénibles mes stations forcées dans le salon ou à la table de Mme de
Maulde.
--Ghislaine, c’est qu’il vous a en particulière estime.
--Comme M. de Moraines alors, interrompit-elle avec un petit sourire où
s’aiguisait une pointe de malice mélancolique.
--Très sérieusement! ma chère enfant. Et d’ordinaire, cependant, je ne
le vois pas très indulgent pour les femmes du monde.
--Justement, je ne suis plus de celles-là, moi!
--Ghislaine, voulez-vous bien ne pas dire de pareilles folies! Si Marc
vous entendait, son admiration pour vous en recevrait une rude atteinte!
--Son admiration? De quoi peut-il m’admirer, mon Dieu? De ce que je
gagne tant bien que mal ma vie, n’ayant pas le choix d’agir autrement!
--Comme nous tous, Ghislaine, il admire votre courage.
Elle eut un sourire d’intense ironie,--si triste:
--Mon courage, c’est celui de qui n’a plus rien à perdre... Alors toute
sensibilité sombre dans une indifférence sans bornes, dans la conscience
très nette de l’inutilité des plaintes.
Encore une fois, un silence lourd de pensées inexprimées tomba entre les
deux femmes. Avec un instinctif besoin de le rompre, Mme Dupuis-Béhenne
questionna, pour distraire Ghislaine:
--Et la capricieuse Josette, qu’en faites-vous?
Ghislaine sourit un peu.
--Nous sommes encore sur le pied de deux puissances qui, en toute
occasion, affirment courtoisement leur indépendance; la puissance
dirigeante devant user de ses privilèges avec une discrétion extrême, la
puissance dirigée très ombrageuse, toujours prête à se révolter contre
un joug, si léger fût-il, qu’on tenterait de lui imposer.
--Enfin, vous vous entendez plutôt bien avec Josette?
D’un singulier accent, Ghislaine dit:
--Josette! Elle est l’intérêt, l’ombre de joie et le nouveau souci de ma
vie.
--Pourquoi?
--Parce que, comme je le prévoyais, je m’attache stupidement à elle et
qu’alors ses lubies, ses froideurs soudaines, inexplicables, survenant
alors que je la crois conquise, que je l’ai vue presque confiante, dans
des minutes d’abandon qui sont exquises... tout cela me tient au cœur...
Si pénétrée que je sois de la certitude que, pour n’être pas déçue, il
ne faut rien attendre de bon des êtres ni des choses!
Mme Dupuis-Béhenne la regarda, surprise:
--Mais, Ghislaine, comment pouvez-vous accorder tant d’importance aux
façons d’être d’une enfant?
--Ah! chère madame, quand on est isolée comme je le suis, on se prend là
où l’on trouve même un semblant d’affection! Et puis, vraiment, c’est
trop dur de vivre sans se donner à personne! Puisque ma vie de femme est
sans avenir, que je ne serai la femme de personne...
--Qu’en savez-vous? Ghislaine.
--Ah! madame, il faut voir les choses comme elles sont. Soyez
tranquille, d’ailleurs, le temps est bien passé, où dans ma toute
jeunesse, j’ai pu regretter qu’il dût en être ainsi parce que j’étais
pauvre. Selon toute vraisemblance, je ne me marierai jamais; du moins,
je veux posséder l’illusion d’être un peu une «maman»; puisque je
rencontre une petite fille très attachante, à peu près abandonnée
moralement et qui m’est... donnée; c’est le mot vrai!
--Pas plus que sa grand’mère, son père ne s’occupe d’elle?
--Peut-être un peu plus que Mme de Maulde, il soupçonne que Josette
n’est pas faite pour accepter une existence sevrée absolument de
tendresse. Mais, avant tout, elle a toujours été pour lui une façon de
joujou drôlet, dont les fantaisies et les propos de gamine très
clairvoyante l’amusent entre temps, quand il a le loisir d’y prendre
garde. Il paraît persuadé qu’il est un excellent père parce qu’il
l’emmène assez souvent au Bois, dans son mail, ou l’accompagne parfois à
cheval le matin, car elle adore monter; parce qu’il lui apporte des
fleurs, des bibelots, des bonbons, ne lui adresse jamais une observation
et lui caresse volontiers les cheveux, en lui disant qu’elle les a
presque aussi beaux que ses yeux dont il est très fier... Pour être
juste, je dois reconnaître que, depuis quelque temps cependant, il
semble entrevoir qu’elle mérite plus et mieux qu’il ne lui a jusqu’ici
donné...
Pourquoi l’entrevoyait-il? Dans la pensée de Ghislaine, passa le
souvenir d’une conversation inattendue qu’elle avait eue un soir avec M.
de Moraines, dans laquelle, pressée par ses questions, elle lui avait
clairement laissé voir le jugement qu’elle portait sur la frivole
affection qu’il donnait à sa fille. Elle se rappelait cette attention
profonde avec laquelle il l’écoutait, lui répondait, sans une dénégation
ni une excuse, sa physionomie spirituelle transformée par une expression
grave du regard quand il s’était sévèrement reconnu un mauvais père pour
Josette. Ce soir-là, elle avait compris qu’il n’était pas uniquement un
brillant clubman, qu’il valait mieux que sa réputation morale et que sa
vie...
Un peu désorientée, Mme Dupuis-Béhenne avait écouté Ghislaine se
demandant si elle parlait ou non sérieusement. Elle interrogea:
--Ainsi cette petite Josette n’est pas insupportable comme on l’avait
dit?
--Insupportable? Mon Dieu, je crois que sans grande sévérité, bien des
gens pourraient, en effet, la trouver ainsi. Mais Je suis, moi, ou très
indulgente ou très aveugle. Avec ses caprices, ses accès de sauvagerie
morose, ses sautes d’humeur imprévues, inexplicables, ses boutades, ses
naïves hardiesses de propos, elle possède une incroyable puissance de
séduction; elle a des retours, des élans, des délicatesses, des mots
exquis qui font qu’on lui pardonne tout!... Quelle vraie femme elle sera
plus tard et comme elle sera délicieuse et redoutable, si volontaire, si
passionnée et si charmeuse!
--Ghislaine, si elle est ainsi, ce sera peut-être pour elle le bonheur
de vous avoir trouvée sur sa route!
Simplement, Ghislaine dit:
--J’essaie de faire pour elle ce que j’aurais fait pour une jeune sœur,
mieux encore, pour ma fille. Josette, en dépit de ses déclarations de
petite femme désillusionnée, me paraît un vrai bébé; près d’elle, je
suis si vieille! si vieille! plus vieille, oh! réellement plus, que sa
grand’mère!
--Au visage près, n’est-ce pas? mon enfant... Pourquoi rattachez-vous
votre manteau? Vous ne partez pas déjà?
--Il le faut, madame, je n’ai que la permission de six heures! La
liberté est un bien que je ne possède plus. J’ai pu venir vous voir
tantôt parce que Josette passait l’après-midi chez une amie.
--Vraiment, Ghislaine, il n’y a pas moyen de vous garder à dîner? En le
faisant demander à Mme de Maulde?
--Chère madame, je suis persuadée qu’elle trouverait le procédé un peu
sommaire! Au revoir, et merci encore de votre bonne affection. Quand je
pourrai m’échapper, je reviendrai dans votre home, où vous savez si bien
me faire oublier ma solitude...
Justement, peut-être, parce qu’elle en avait un instant perdu
conscience, elle en retrouva la sensation aiguë quand elle entendit
retomber derrière elle la porte de l’hospitalière demeure. Elle
descendit lentement, sans prendre garde que quelqu’un montait à sa
rencontre, et elle tressaillit en entendant prononcer son nom.
--Ah! Mlle de Vorges!
C’était Marc de Bresles. Elle lui tendait la main. Il s’inclina, disant:
--J’arrive trop tard, puisque vous partez.
Et son accent était si simple et si sincère qu’elle ne pouvait prendre
ses paroles pour un madrigal banal. Pourtant, elle eut un geste léger
pour l’arrêter, tandis qu’elle souriait un peu:
--Ne parlez pas ainsi, vous auriez l’air de vouloir me faire un
compliment, et je suis une trop vieille personne maintenant pour aimer
les bonbons de ce genre!
--Je ne me permettrai jamais de vous en offrir de pareils! Ils seraient
indignes de vous, et je ne mériterais plus le titre d’ami que vous avez
bien voulu m’accorder, dont je veux demeurer digne!
Elle sourit encore. Une fugitive douceur avait passé dans son âme.
--Faut-il vous avouer que je suis résolue pourtant à essayer, moi, de ne
pas voir en vous un ami; cela, parce que je sais que, dans quelques
mois, vous allez partir... pour revenir, Dieu sait quand!
--Dans trois ou quatre années, précisa-t-il avec une curiosité de
pénétrer sa pensée.
--Dans trois ou quatre années, soit... Pour moi surtout maintenant,
toute séparation est un peu une mort, et je suis devenue très lâche! Je
trouve si horriblement triste de voir s’éloigner un ami que j’en suis à
préférer n’en avoir pas, pour ne pas connaître la tristesse de les
perdre!
Il la regarda avec une sorte de compassion grave:
--Êtes-vous réellement arrivée à ce degré de découragement?... Si vous
le dites, c’est vrai! Et pourtant...
--C’est vrai, répéta-t-elle, s’efforçant de corriger encore, par un
sourire, l’amertume de ses paroles. Mais, je vous en prie, ne me croyez
pas pour cela un monstre! Peut-être le temps me corrigera-t-il d’un
pareil égoïsme! A cette heure, je suis encore comme les gens qui ont été
si cruellement frappés que l’insensibilité leur paraît le plus enviable
des biens... Au revoir!... Nous ne tenons guère là des propos
d’escalier, n’est-ce pas?
De nouveau, elle lui tendit la main. Une seconde, il retint les doigts
légers dans sa ferme étreinte; et, l’enveloppant toute de son regard, il
dit très simplement:
--Voulez-vous croire que je regrette,--de toute mon âme, vraiment,--de
ne pouvoir rien pour alléger, même un peu, votre peine?...
--Je le sais... Et quoi que mes réflexions pessimistes vous fassent
supposer, il me semble bon d’être certaine que je puis compter sur vous
comme sur un ami.
Il s’effaçait pour la laisser passer; mais elle sentit que ses yeux la
suivaient tandis qu’elle descendait les dernières marches.
Dehors, c’était un crépuscule de mars gris et froid, sous un ciel lourd
d’averses. Elle n’y prit pas garde. Elle songeait à sa conversation avec
Mme Dupuis-Béhenne qui avait réveillé les souvenirs de toute sorte nés
de la vie nouvelle qu’elle menait, évoquant même la vision vague de tant
de visages étrangers qu’elle avait vus passer dans le salon de Mme de
Maulde; des gens du monde, gens de lettres, artistes qui, tous, ou
presque tous, l’avaient remarquée et le lui avaient montré, si enfermée
qu’elle demeurât dans une réserve qui tenait à distance les curiosités,
les amabilités protectrices, les équivoques témoignages de sympathie
dont sa clairvoyance démêlait vite la valeur...
Tout à coup, elle pensa à sa brève conversation avec Marc, et une
impatience la prit contre elle-même de s’être ainsi laissée aller à lui
livrer un peu de l’intimité de sa pensée. Pourquoi avait-elle eu cet
abandon?... Elle fit un léger mouvement d’épaules qui semblait rejeter
en arrière la vaine attention donnée à des étrangers, et son esprit
revint vers la fantasque petite créature vers laquelle était attiré tout
son cœur solitaire.
De quelle humeur allait-elle la retrouver? Elle l’avait quittée ayant,
sans motif apparent, son visage des mauvais jours, vibrante, prête à se
révolter si le moindre obstacle se dressait contre sa fantaisie; avec
elle, froide, presque agressive, comme si quelque obscur grief contre
elle irritait son jeune cœur ombrageux.
Peut-être, après tout, Josette était-elle simplement énervée par son
gros rhume qui eût dû la retenir enfermée. Mais Mme de Maulde n’étant
jamais souffrante même, jugeait qu’il fallait traiter les malaises par
le mépris, et avait déclaré à Ghislaine qu’elle ne voyait nul
inconvénient à ce que Josette sortît ce jour-là, comme il était convenu,
pour passer l’après-midi chez des amies. Et Ghislaine avait dû
s’incliner devant la double volonté de la grand’mère et de l’enfant.
Maintenant, l’idée s’emparait d’elle qu’elle avait eu tort de ne pas
insister pour que cette imprudence fût évitée.
Elle pressa le pas. D’ailleurs, il était tard. L’heure du dîner se
faisait proche; si proche, en effet, qu’en arrivant à l’hôtel, elle vit
qu’un instant à peine lui restait pour s’habiller avant le repas. Vite,
elle monta dans sa chambre. Un feu clair y brûlait; la lampe y était
allumée, et sa clarté douce baignait une admirable botte de roses qui,
déposées sur la table, évoquaient soudain une exquise vision d’été.
Ghislaine sentit, dans cette attention, le cœur de Josette. C’était là
une des formes d’amende honorable dont elle était coutumière...
Traversant la pièce qui séparait sa chambre de celle de la fillette,
elle appela doucement:
--Josette! Vous êtes là?
La porte s’entr’ouvrit.
--Oui; qu’y a-t-il?
Ghislaine allait parler des fleurs, elle s’arrêta, voyant le visage
altéré de l’enfant, où les yeux flambaient avec un éclat de fièvre.
--Josette, ma chérie, vous êtes souffrante?
--Je suis seulement un peu fatiguée, ce n’est rien.
--Fatiguée de quoi?... De votre sortie?
--Fatiguée d’avoir patiné une partie de l’après-midi.
--Comment? Vous avez patiné, enrhumée comme vous l’étiez? Mais c’est
insensé! Comment vous a-t-on laissée faire une pareille folie!
--Je l’ai voulu et je n’ai pas dit que j’étais déjà un peu souffrante!
Le regard de Ghislaine devint presque sévère.
--Oh! Josette, est-il possible que vous soyez à ce point
déraisonnable!... Pourquoi avoir fait cette imprudence?
--Pourquoi?... Parce que...
Elle s’interrompit, et ses grands yeux s’arrêtèrent sur ceux de
Ghislaine.
--J’aime mieux ne pas vous dire ma... raison! En ce moment, vous êtes
fâchée contre moi et vous ne me pardonneriez pas... Faites comme
grand’mère, ne vous inquiétez pas à mon sujet. Jamais, je ne suis
malade; et pourtant, il paraît que je passe mon temps à commettre des
imprudences! Ce ne sera rien cette fois encore. Ne vous occupez pas de
moi!
--Alors, enfant, si vous ne voulez pas que je m’occupe de vous, pourquoi
vous occupez-vous de moi?... Pourquoi y a-t-il une Josette qui apporte
dans ma chambre des roses délicieuses?...
--Ne parlez pas de cela, interrompit-elle de sa manière impétueuse, une
étrange expression dans le regard. C’est par pur égoïsme que je vous ai
offert ces fleurs... Pour qu’elles plaident ma cause près de vous!
--Josette, vous savez bien que cette cause est toujours gagnée
d’avance...
La main de Ghislaine, d’un geste caressant, avait effleuré le petit
visage; elle le sentit si brûlant que son inquiétude la reprit.
--Sûrement, Josette, vous n’êtes pas bien. Il vaudrait mieux vous
coucher, vous avez la fièvre.
L’enfant secoua sa tête volontaire.
--Jamais je ne me coucherai pour un rhume! Grand’mère, cette fois, se
moquerait de moi avec raison. D’ailleurs, voici qu’on annonce le dîner.
Nous avons tout juste le temps de descendre. Ne dites pas à grand’mère
que je suis lasse, n’est-ce pas?
--Elle s’en apercevra bien!
--Oh! non, il n’y a pas de danger!
--Chut, ne parlez pas ainsi, enfant.
Josette ne protesta pas, peut-être parce qu’elle était trop fatiguée
pour le faire. Mais Ghislaine put se convaincre qu’elle avait dit vrai
au sujet de sa grand’mère. Le dîner s’écoula sans que Mme de Maulde
remarquât l’altération du visage de Josette qui, d’ailleurs, avec une
étonnante énergie, s’efforçait de ne rien trahir de son malaise. A son
ordinaire, la marquise monologuait allégrement, se trouvant satisfaite
par les répliques polies de Ghislaine. Elle était habituée à ce que
Josette fût, en général, silencieuse en sa présence, et, à peine elle
s’aperçut que la fillette refusait tous les plats qui lui étaient
présentés. Elle demanda, pourtant:
--Eh bien, Josette, qu’est-ce que ce nouveau caprice? Tu ne dînes pas?
--Je n’ai pas faim, grand’mère.
--Toujours des lubies! Si ton père était là ce soir, il ne manquerait
pas de me répéter encore que tu es bien mal élevée!
Elle n’insista pas et se reprit à raconter à Ghislaine sa visite chez sa
modiste. Toutefois, après le dîner, tandis qu’elle se chauffait
frileusement avant d’aller s’habiller pour l’Opéra, elle s’avisa de
remarquer que Josette, inactive au fond d’une bergère, toussait
passablement.
--Il me semble que ton rhume ne va pas mieux, petite. Mets-toi donc au
lit. Mlle de Vorges ira dans un instant voir comment tu te trouves. J’ai
besoin de son obligeance encore un moment pour qu’elle me déchiffre deux
mélodies qui m’ont été envoyées tantôt, et dont je verrai l’auteur ce
soir. Vous voulez bien, n’est-ce pas? mademoiselle.
Ghislaine s’inclina. Mais elle suivait des yeux Josette, qui, sans
protester, s’était levée et tendait, comme chaque soir, son front au
baiser distrait de sa grand’mère.
--Bonsoir, Josette, repose-toi. C’est incroyable de se laisser abattre
ainsi comme un bébé pour un rhume! Dis à Catherine de te monter à boire
quelque chose de chaud. Demain, tu seras remise!
Josette ne répondit pas. Elle disparaissait comme une petite ombre pâle,
avec un instinctif regard vers Ghislaine où il y avait une prière pour
qu’elle vînt la retrouver...
Mais Mme de Maulde retint la jeune femme bien plus longtemps qu’elle ne
s’y était attendue.
Quand elle put enfin regagner son appartement, il y avait une grande
heure déjà que Josette l’avait quittée.
Elle arriva au seuil de la chambre de la fillette, dont la porte était
restée ouverte sur le petit salon. La lampe y brûlait encore, et sa
lumière, voilée de rose, tombait sur la figure menue de Josette. La tête
fine, enfouie dans la sombre épaisseur des cheveux dénoués, creusait
l’oreiller, et les yeux profonds regardaient fixement dans le vague.
Ghislaine demanda, s’approchant du lit:
--Vous ne dormez pas? Josette.
--Non, je vous attendais. Je pensais bien que vous étiez trop bonne pour
ne pas venir voir ce que je devenais!
La voix jeune s’élevait avec une douceur chaude et profonde. Ghislaine
prit dans les siennes la main brûlante de la fillette, et demanda:
--Comment êtes-vous? chérie.
Josette détourna un peu la tête.
--Ne vous occupez pas ainsi de ma santé! Je ne le mérite pas, puisque
c’est de ma faute si je suis souffrante... comme j’ai désiré l’être...
--Désiré!
--Oui, c’est très mal, et si j’étais vraiment malade, je l’aurais bien
mérité! Venez tout près de moi que je vous fasse ma confession; et, pour
l’écouter, n’ayez pas vos yeux sévères... mais les autres qui m’ont pris
le cœur la première fois, je crois vraiment, que je vous ai vue...
Ghislaine tressaillit tant il y avait d’obscure tendresse dans l’accent
de Josette. Elle se pencha et mit ses lèvres sur le visage que la fièvre
colorait et qui ne se déroba pas.
--Je vous écoute avec toute mon affection, ma petite enfant chérie.
D’un geste rapide, Josette se blottit contre son épaule, le visage à
demi caché sous le voile souple des cheveux. Le buste mince dans les
plis de sa robe de nuit, elle avait l’air d’une vraie petite fille, et,
plus profondément encore, Ghislaine se sentit pour elle une âme de
mère...
A voix basse, Josette parlait:
--Ne soyez pas si bonne avant d’avoir entendu ma confession... Pourtant,
je veux que vous sachiez... Je vous l’avais bien dit dès votre arrivée
près de moi que j’étais une mauvaise petite créature... Ce matin, quand
j’ai vu que vous alliez me laisser tout l’après-midi pour votre
amie, Mme Dupuis-Béhenne, et que cela vous était tout à fait
égal,--naturellement!--j’ai été prise d’un de mes terribles accès de
jalousie et je suis devenue très méchante... J’étais exaspérée de voir
que vous ne vous doutiez même pas de l’ennui mortel que j’aurais toute
la journée sans vous... J’avais envie, pour me venger, de vous
tourmenter, de vous dire des paroles désagréables... C’est bien laid,
n’est-ce pas, ce que je vous avoue là? Mais je ne serai tranquille que
quand vous saurez et m’aurez pardonné!... Seulement, je vous en supplie,
que ma confession ne vous éloigne pas de moi!...
L’accent de Ghislaine se fit bas et tendre tandis que ses doigts
caressaient les cheveux légers:
--Que je m’éloigne de vous, parce que vous dites que vous m’aimez,
Josette!
--Parce que je suis une égoïste, capricieuse, méchante fille! Écoutez la
fin, maintenant... Quand je vous ai vue partir si tranquille, me
laissant chez Yvonne, l’air indifférente, je n’ai plus eu que l’idée de
vous obliger à vous occuper de moi, à n’importe quel prix! Alors...
La voix de Josette s’étouffa plus encore. Elle parlait si bas qu’à peine
Ghislaine l’entendait.
--Alors? chérie.
Josette releva un peu la tête et sans pitié pour elle-même, elle acheva,
laissant son regard dans celui de Ghislaine:
--Alors, comme je savais que vous seriez fâchée que j’aille patiner,
enrhumée comme je l’étais, comme j’avais la certitude que vous
deviendriez inquiète si j’étais un peu souffrante... vous voyez comme je
vous connais!... que vous vous reprocheriez de n’avoir pas insisté
auprès de grand’mère pour que je reste à la maison, j’ai fait exprès
d’aller au Palais de glace, d’y patiner sans m’arrêter... Pour que vous
pensiez à moi, pour avoir une place dans votre vie, pour que j’y compte
pour quelque chose, même en mal, tantôt j’aurais même risqué de me tuer!
Dans sa voix, dans tout son être, vibrait une sorte de violence
passionnée, et Ghislaine sentit que ses paroles étaient non une vaine
déclamation d’enfant, mais l’absolue et simple vérité...
Avant qu’elle eût répondu, Josette s’était redressée et, rejetant en
arrière, cette fois, le flot sombre de ses cheveux, elle priait avec une
humilité d’accent que jamais Ghislaine ne lui avait encore entendue:
--Pouvez-vous me pardonner? Je vous assure que j’ai très honte de
moi-même et que je me juge aussi mal, aussi sévèrement que vous pouvez
le faire! Personne ne m’a habituée à ne pas suivre, sans hésiter ni
réfléchir, toutes mes impressions, même les plus mauvaises!... Avant de
vous connaître, je n’y prenais pas garde, tant je me savais seule,
indifférente à ceux qui m’entouraient. Mais vous avez été si bonne pour
moi que, dès le premier jour de votre arrivée, je ne me suis plus sentie
abandonnée... Quelque chose me criait que vous aviez vraiment de
l’intérêt pour moi, que je pouvais aller à vous sans crainte d’être
déçue... Seulement, c’était si beau et si délicieux d’espérer même cela,
que je ne pouvais croire que ce fût vrai. Et mon mauvais _moi_, celui
qui doute de tout et de tout le monde, voulait me persuader que mon
imagination seule me faisait vous voir ainsi!... Je m’efforçais de ne
pas vous aimer... Maintenant...
Ghislaine l’enveloppa d’un regard où était toute son âme.
--Maintenant, Josette, vous m’aimez un peu?
--Maintenant...
Elle s’arrêta une seconde, ses yeux admirables s’éclairaient d’une sorte
de passion grave et fervente.
--... Je vous aime comme je n’ai jamais aimé personne, de toutes mes
forces, de tout mon cœur que je vous donne... si vous voulez bien le
prendre, mais pour le garder!... Je vous aime... ah! autant que vous
aimerait votre _vraie_ enfant! Je vous aime à souhaiter être seule au
monde avec vous, afin d’être sûre que personne ne vous enlèvera à moi!
Ah! la tendresse juvénile, si naïvement ardente, de cette âme de petite
fille, comme elle pénétrait l’âme triste de la femme sans avenir qui se
réchauffait à sa flamme!...
Ghislaine attira l’enfant tout contre son cœur.
--Josette, ma Josette, personne ne m’enlèvera à vous... Nous allons être
bien heureuses l’une près de l’autre, puisque je tâcherai d’être pour
vous une _vraie_ maman... Le voulez-vous? ma chérie.
--Si je veux?... Oh! je ne rêve pas, dites? C’est réellement que... que
vous voulez bien de moi pour votre enfant?
Mieux encore que ses lèvres, le regard de Ghislaine répondait... Alors
Josette se courba sur la main qui tenait emprisonnée la sienne et,
longuement, elle y appuya ses lèvres. Quand elle releva la tête, de
grosses larmes mouillaient ses joues; mais elle souriait et, comme un
mot divin que sa bouche osait à peine prononcer, timide, elle murmura
tout bas:
--Maman, ma maman à moi!...
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Une heure plus tard, Ghislaine était là encore, assise auprès du lit où
enfin Josette dormait d’un sommeil agité; et, le regard profond, elle la
contemplait, reposant toute frêle avec son air de petite fille, ses
cheveux noirs ruisselants sur l’oreiller... Sous les paupières abaissées
que les cils ourlaient d’un trait sombre, avaient disparu les yeux qui
parlaient avec tant de mystérieuse passion, clos, à cette heure, comme
la bouche caressante qui venait de l’appeler du nom de la suprême
tendresse: «Maman.»
Et ce nom que Ghislaine s’était entendu donner pour la première fois,
résonnait encore en tout son être, y éveillant l’âme que toute femme
porte en elle, qui est celle des mères, faite d’amour et de dévouement.
Dans le silence de l’hôtel où tous reposaient, elle songeait et,
regardant en elle-même, elle y découvrait que ce soir-là, vraiment, elle
venait d’adopter cette enfant étrangère qu’un hasard lui avait
confiée... Cela, non pas seulement pour combler le vide affolant de sa
propre existence sans but ni attache, mais surtout parce qu’elle
souhaitait faire heureuse une enfant esseulée...
Et comme elle se connaissait bien, elle savait que, désormais, chaque
jour qui passerait l’attacherait plus étroitement à cette petite fille
qu’elle aimerait d’autant plus qu’elle lui aurait été plus dévouée...
Elle savait que, sans compter, elle lui donnerait non pas seulement son
temps, mais tout ce que l’enfant réclamerait de sa pensée, de son âme,
de sa vie enfin qu’elle lui consacrait...
Peut-être, mon Dieu! elle allait ainsi au-devant de quelque souffrance
encore inéprouvée, en abandonnant son cœur à cette enfant qui l’appelait
impérieusement à elle... Qui l’appelait... pourquoi? Surtout parce
qu’elle était solitaire, n’ayant près d’elle personne qui pût désaltérer
la soif d’aimer, et plus encore d’être aimée! qui brûlait son jeune
cœur.
Mais dans quelques années,--quatre, cinq années au plus,--de fillette,
de jeune fille, elle deviendrait femme... Alors elle trouverait la
véritable source vive qu’appelait son âme aimante. Elle se marierait,
elle serait mère, et telle que Ghislaine la connaissait bien
maintenant,--jalousement exclusive, incapable de ne pas s’absorber en
une tendresse unique,--elle ne songerait plus guère, sans doute, à
désirer ni à réclamer,--toute à son bonheur nouveau,--l’affection qui
aurait été la joie de sa jeunesse, mais qui, désormais, serait pour
elle, inutile et superflue... Peut-être même, elle s’étonnerait et
sourirait d’avoir si follement aimé une étrangère, avec un enthousiasme,
une naïveté, une fougue de petite fille...
Oui, tout cela était dans l’ordre fatal des choses, dans l’ordre de la
vie qui se raille des promesses, des protestations les plus sincères,
qui dénoue, qui brise, comme en un jeu ironique, les liens les plus
forts en apparence, ceux que la mort seule semblait pouvoir rompre...
Et, sans illusion, Ghislaine le savait, elle que l’expérience avait si
durement instruite!...
Un léger frisson la secoua. Pourquoi avait-elle cette clairvoyance
sceptique et décevante? Pourquoi, à l’avance, pressentait-elle le
déchirement qu’elle éprouverait à voir se détacher d’elle le cœur de
Josette, après qu’elle lui aurait donné une véritable tendresse de
mère?... Pourquoi lui était-il impossible d’oublier que c’était pure
chimère d’espérer faire sienne cette petite fille étrangère dont le
moindre incident, un simple caprice de Mme de Maulde pouvait la
séparer!...
Car celles qui sont seules demeurent seules, quoi qu’elles fassent pour
s’attacher les autres, surtout les heureux...
Mais après tout, qu’importait?... Oui, il se pouvait qu’elle
s’illusionnât sur la valeur morale de cette petite fille qui peut-être
ne méritait pas l’affection infiniment généreuse qu’elle était prête à
lui donner... Oui, c’était folie à elle de chercher un peu de joie dans
sa juvénile tendresse... Selon l’égoïste prudence, il était absurde à
elle de se laisser ainsi attirer par une enfant qui, plus tard, sans
doute, n’aurait guère de place pour elle dans son existence; pour elle
qui devrait alors s’effacer discrètement et disparaître, sa tâche
remplie...
Oui, ceux qui se dévouent, reçoivent bien rarement la récompense de leur
dévouement et sont quelquefois les plus délaissés, les plus oubliés...
Ceux-là même dont l’âme est le plus meurtrie parce qu’ils demandent
moins...
Et ensuite? Par une crainte lâche de souffrir, elle n’était pas femme à
refuser de mettre autant de lumière qu’il dépendait d’elle dans une
sombre vie d’enfant. Tout le bien qu’elle pourrait faire, tout le
bonheur qu’elle pourrait donner à Josette de Moraines, elle était prête
à le faire, à le donner, sans retour sur elle-même...
D’ailleurs, comme elle l’avait dit à sa vieille amie, n’espérant rien de
son propre avenir, sachant pour avoir beaucoup vécu parmi les hommes,
qu’elle n’avait rien à en attendre; déçue, dédaignée, oubliée par eux,
et sans doute parce qu’elle avait vu trop bien de quel alliage est fait
leur amour, ne le regrettant pas--ou ne le regrettant plus--de toute son
âme désillusionnée, lasse infiniment déjà, elle était prête à vivre
seulement du bonheur des autres... Elle à qui la destinée fermait tout
espoir de goûter les joies qui illuminent la vie des femmes...