La reine d'Angleterre est arrivée cette semaine à Grasse où elle va
pendant un mois goûter les effets bienfaisants de notre température
méditerranéenne. Sans vanité chauvine, on peut dire que la reine
d'Angleterre aurait été bien en peine de mieux choisir, si elle
cherchait un climat tempéré, une station bien abritée contre les retours
offensifs du froid qui troublent les premières journées du printemps.
Grasse est située à souhait pour satisfaire aux désirs des santés les
plus débiles, des convalescences les plus délicates, ou simplement des
oisivetés les plus dorées et les plus exigeantes. A treize kilomètres de
la mer bleue, au penchant d'une douce colline que peuplent de fleurs et
de fruits les champs de roses et d'oliviers, au milieu d'un site
délicieux s'étagent les villas princières qui entourent Grasse.
Jamais les vents d'est, si redoutables sur la côte, jamais l'humidité
que le crépuscule répand sur bien des points du littoral, ne viennent
troubler la sérénité de l'atmosphère. Les vents froids de la mer
s'arrêtent avant d'atteindre le rivage.
De la terrasse du Grand-Hôtel on jouit d'une vue panoramique admirable,
et l'on peut, du milieu du boulevard Thiers, apercevoir: à l'ouest, la
ville, dont les maisons en plein midi sont ensoleillées toute la
journée, les montagnes des Maures et de l'Esterel; en face, au sud, une
plaine immense, qui a comme horizon la Méditerranée; à l'est, les
villages voisins, dont les clochers émergent de toutes parts au milieu
des champs de fleurs, puis les phares d'Antibes et de Villefranche, et,
tout au fond, le groupe des Alpes couvertes d'un blanc manteau de neige.