M. Gram, ancien membre de la cour suprême de Norvège.

La commission, composée ainsi de sept membres, statuera à la majorité

des voix et sans appel.

Le gouvernement britannique, qui a agi en cette circonstance avec une

grande loyauté, semble parfaitement décidé à faire respecter les

décisions de la commission arbitrale. Mais, d'autre part, le

gouvernement de Terre-Neuve paraît tout aussi résolu à n'en tenir aucun

compte. La preuve en est que la Cour de justice de la colonie vient de

condamner un capitaine de vaisseau anglais, coupable d'avoir forcé un

pêcheur terre-neuvien à se conformer aux stipulations du _modus vivendi_

anglo-français de 1890. C'est donc la lutte déclarée avec la métropole.

Le gouvernement anglais est-il désarmé vis-à-vis de sa colonie?

Nullement. Mais, pour faire disparaître toute espèce de doute sur la

question, lord Knutsford, ministre des colonies, a déposé un projet de

loi attribuant au gouvernement de la reine les pouvoirs nécessaires pour

mettre à la raison les sujets de l'empire colonial qui se laisseraient

emporter par l'esprit de révolte. Mais ici se présente une réelle

difficulté, difficulté de fait, sinon de droit. Le parlement

métropolitain a-t-il pouvoir de légiférer pour tout l'empire et de

passer outre aux votes contraires des parlements locaux qui fonctionnent

dans toutes les colonies britanniques? En principe, la réponse n'est pas

douteuse; mais dans la pratique c'est autre chose. Nous avons signalé

dernièrement le mouvement d'indépendance qui se produit dans les grandes

colonies anglaises, et notamment en Australie. L'Angleterre, qui sera

probablement obligée de laisser faire en Océanie, voudra-t-elle résister

jusqu'au bout à Terre-Neuve? Il faut le croire, car en réalité la

situation n'est pas tout à fait la même dans les deux cas. En proclamant

son indépendance, l'Australie ne violerait aucun traité international

consenti par la métropole et c'est ce qui arriverait à Terre-Neuve si le

parlement de cette dernière colonie refusait de reconnaître les

conventions passées avec nous par le cabinet de Londres.

On voit donc que la «question des homards» est grosse de conséquences,

car, en fait, elle met en jeu les principes qui gouvernent les relations

de l'Angleterre avec tout son empire colonial.

La loi du lynch en Amérique.--Certaines sociétés secrètes, qui

existaient en Italie sous les noms de la «Maffia», de la «Camorra», se

sont transportées en Amérique avec les émigrants. A la Nouvelle-Orléans,

notamment, les affiliés de l'une de ces sociétés étaient soupçonnés

d'avoir commis des crimes de toutes sortes. Le chef de la police, M.

Hennessy, se voua à la recherche et au châtiment des coupables, mais il

tomba lui-même victime de son zèle sous les balles d'assassins aux gages

de la Maffia. Des arrestations furent opérées. L'affaire fut instruite,

et l'opinion prévoyait une répression éclatante. Quelle ne fut pas la

déception universelle quand on apprit que le jury avait purement et

simplement acquitté la plupart des prévenus, se contentant d'infliger

des peines légères à ceux qui paraissaient avoir la plus lourde

responsabilité!

En présence de cette décision, la foule s'émut; des meetings furent

organisés, et, à la suite de discours violents qui portèrent au dernier

degré la surexcitation populaire, un certain nombre d'habitants

dévalisèrent les boutiques d'armuriers et se rendirent ensuite à la

prison où se trouvaient les accusés. Les portes furent enfoncées, et

onze des malheureux qui y étaient enfermés--et qui en somme devaient

être présumés innocents en vertu du verdict du jury--en furent extraits

et mis à mort, l'un après l'autre, sous les yeux d'une sorte de tribunal

révolutionnaire.

Le gouvernement italien s'est naturellement ému de cet acte inouï, qui

rappelle une époque que l'on croyait oubliée de l'histoire américaine.

Il a fait remettre à M. Blaine une note énergique, mais ici on se trouve

en présence d'une situation assez bizarre créée par la constitution

américaine. En vertu de cette constitution, le gouvernement de

Washington peut se désintéresser de la question, en objectant que les

États confédérés sont indépendants; mais d'autre part, si, dans

l'espèce, l'Italie voulait pousser les choses jusqu'au bout et émettait

la prétention d'exiger par la force de la Louisiane la réparation

qu'elle se croirait en droit de réclamer, le pouvoir central, toujours

en vertu de la constitution, pourrait intervenir et mettre à la

disposition de l'État confédéré son armée et ses escadres.

On n'en arrivera pas--cela est évident--à cette extrémité, mais il sera

curieux de voir comment sera résolu ce point spécial du droit des gens.

La Révolution au Chili.--Les nouvelles reçues du Chili, par voie de

Buenos-Ayres, disent qu'une bataille décisive a eu lieu entre les

insurgés et les troupes du gouvernement. Celles-ci auraient essuyé un

désastre complet. Le colonel Robles qui les commandait a été tué.

D'après le Times, qui a reçu des dépêches privées sur cette sanglante

affaire, le colonel Robles, à court d'approvisionnements, avait du

abandonner soudainement la forte position du mont Sébastopol. Il avait,

avec lui 1,200 hommes d'infanterie, 25 cavaliers et quelques canons. Le

6 de ce mois, il attaqua les insurgés, au nombre de 2,500. Au moment

décisif, il fut trompé par un stratagème de l'ennemi qui, arborant le

drapeau parlementaire, l'amena à entrer en pourparlers; mais les troupes

révolutionnaires reprirent brusquement le feu, qui produisit des effets

épouvantables parmi les troupes du gouvernement. Celles-ci furent

complètement défaites, perdant, en tués et blessés, les deux tiers de

leur effectif.

Le colonel Robles, atteint dès le début de l'action, n'avait été porté

que plus tard dans une ambulance. Cette ambulance prise, le commandant

des insurgés menaça de faire fusiller tout le monde si on ne lui

indiquait pas le colonel. Un infirmier dénonça le malheureux qui fut

aussitôt criblé de balles. Les insurgés procédèrent ensuite au massacre

des officiers blessés.

De son côté la légation du Chili à Paris a reçu de son gouvernement une

dépêche disant que le massacre dans les ambulances du colonel Robles et

de nombreux officiers blessés a produit une consternation générale.

La dépêche ajoute que la révolution dispose seulement des ports de

Taltal, Iquique et Pisagua. Les forces du gouvernement se concentrent

près de la province de Tarapaca.

Il en résulte donc que l'insurrection n'est pas générale et que, dans

l'état actuel des choses, il est impossible de se prononcer sur l'issue

de la lutte engagée par une partie de l'escadre. Mais ce qu'on ne peut

nier, c'est que les révoltés disposent de ressources suffisantes pour

tenir la campagne, peut-être pendant de longs mois.

Nécrologie.--M. Louis Frémy, ancien gouverneur du Crédit foncier de

France.

M. Ernest Hoschedé, l'un des fondateurs et directeurs de la _Gazette des

Beaux-Arts_, auteur de plusieurs volumes de critique d'art.

L'Illustration, No. 2509, 28 Mars 1891 · 第 8 / 27 题