Les cloches de nos basiliques
S'esquivent tous les jeudis saints,
Et vont à Rome par essaims
Taciturnes et symboliques.
Quand leurs battants, à coups obliques
Ont sonné de pieux tocsins,
Les cloches de nos basiliques
S'esquivent tous les jeudis saints,
Et dans leurs robes métalliques
A l'abri des regards malsains,
En rang, comme des capucins
Elles s'en vont, mélancoliques
Les cloches de nos basiliques.
[L'INSPIRATION Tableau de Fragonard, appartenant au musée du Louvre
(galerie Lacaze) D'après une photographie de la maison Braun.]
[Illustration: HISTOIRE DE LA SEMAINE]
La semaine parlementaire.--Les Chambres ont pris leurs vacances de
Pâques, ajournant au 27 avril leur prochaine séance. Toutefois, avant la
clôture de la session, un certain nombre de résolutions importantes ont
été prises.
D'abord la loi relative à l'avancement des sous-lieutenants, loi votée
par le Sénat. En vertu des nouvelles dispositions, l'avancement sera
garanti dans toutes les armes au bout de deux ans de grade, alors que
jusqu'ici ce privilège était réservé à certaines armes spéciales.
--A la Chambre, vote en première lecture du projet de loi autorisant le
Mont-de-Piété de Paris à faire des avances sur valeurs mobilières au
porteur.
--Est venue ensuite la discussion de la loi relative à l'exercice de la
médecine, discussion à laquelle le docteur Brouardel a pris une part
active, en qualité de commissaire désigné par le gouvernement. Ce qui
caractérise cette loi, c'est qu'elle supprime, à l'avenir, le grade
d'officier de santé et celui de docteur en chirurgie, pour ne laisser
subsister que celui de docteur en médecine. Elle établit en même temps
que les dentistes devront être munis d'un diplôme spécial.
--Le ministre de l'intérieur a déposé sur les bureaux de la Chambre la
demande d'un crédit de 600,000 francs pour combattre l'invasion des
sauterelles en Algérie. Il est probable d'ailleurs que ce crédit sera
insuffisant, car les nouvelles reçues depuis font prévoir que, cette
année, les désastres causés par ce fléau seront encore plus
considérables que les années précédentes.
--Les événements qui se sont produits au Tonkin, et dont le récit a été
apporté par le dernier courrier de Chine, ne pouvaient laisser le
parlement indifférent. Les faits étaient connus, puisqu'ils avaient été
annoncés par le télégraphe, mais, à la lecture des correspondances qui
les racontaient en détail et des commentaires qui les accompagnaient
dans les journaux locaux, on a jugé que la situation était plus grave
qu'on ne l'avait supposé d'abord.
M. de Montfort a donc pris l'initiative d'interroger le gouvernement à
ce sujet. Il s'est surtout appliqué, dans son discours, à développer
cette idée «qu'on s'était trop hâté de présenter comme terminées les
opérations militaires et de déclarer qu'il restait seulement à accomplir
au Tonkin une opération de gendarmerie, besogne pour laquelle les
troupes indigènes étaient suffisantes.» La conclusion de M. de Montfort
est que, pour rétablir l'ordre au Tonkin, il faut avoir la franchise
d'en appeler de nouveau à l'armée régulière.
M. Etienne a répondu qu'on avait fort exagéré les faits et que l'oeuvre
de pacification se poursuit. Il a rappelé que les Anglais ont rencontré
aux Indes des difficultés autrement sérieuses, devant lesquelles
cependant ils n'ont pas reculé: «Il en sera de même au Tonkin, a ajouté
le sous-secrétaire d'État, si nous savons déployer les mêmes qualités de
constance et d'énergie.»
Après une courte réplique de M. de Montfort, qui a reproché à M. Etienne
de n'avoir pas précisé, au nom du gouvernement, les mesures qu'il
comptait prendre, l'incident a été clos.
Les courses et les paris.--Cette question fastidieuse reste à l'ordre du
jour, car les chambres se sont séparées sans arriver à trouver une
solution. Les choses resteront donc en l'état pendant les vacances, ce
qui veut dire que l'autorité continuera à prendre les mesures
nécessaires pour empêcher les paris sur les champs de course, sauf, bien
entendu, les paris entre particuliers, que la loi reconnaît.
Quant, à la commission chargée d'examiner le projet de loi déposé par le
gouvernement, elle a tenu une dernière séance dans laquelle elle a
rédigé un texte définitif. Aux termes de ce projet, dont nous avons
indiqué l'économie générale dans notre dernier numéro, tous les paris
sont interdits, sauf le pari mutuel. Il y a donc une différence sensible
entre le texte proposé par le gouvernement et celui de la commission. Le
gouvernement voulait laisser aux sociétés sportives la police des
hippodromes, c'est-à-dire la faculté d'organiser les paris à leurs
risques et périls; la commission, au contraire, supprime le jeu sous
toutes les formes, mais en faisant une exception pour le pari mutuel,
qui fonctionnerait désormais d'une façon légale.
M. Riotteau, qui réunit les fonctions de président et de rapporteur de
la commission, rédigera son rapport pendant les vacances.
Après avoir terminé la délibération, les membres de la commission ont
décidé, hors séance, de consulter les conseils généraux sur la solution
à donner à la question et ont engagé les assemblées départementales à
l'examiner au cours de la session prochaine qui va s'ouvrir le 6 avril.
Cette consultation sera intéressante, car la question des courses
passionne la province presque autant que Paris.
La question de Terre-Neuve.--Les longues négociations poursuivies par
notre gouvernement avec le cabinet de Londres ont abouti à la
constitution d'une commission d'arbitrage qui sera chargée de régler le
différend. Bien entendu, il ne s'agit ici que du point spécial qui
concerne «la pèche du homard et sa préparation sur la partie des côtes
de Terre-Neuve comprise entre le cap Saint-Jean et le cap Raye.» Nos
droits sur le French Shore ne sauraient, en effet, être mis en question.
Il est entendu entre les deux gouvernements que chacune des deux
puissances s'engage, en ce qui la concerne, à exécuter les décisions de
la commission arbitrale.
Celle-ci se compose de trois spécialistes ou jurisconsultes, désignés
d'un commun accord par les deux gouvernements, et de deux délégués de
chaque pays, qui seront les intermédiaires autorisés entre leurs
gouvernements et les autres arbitres.
Les trois arbitres désignés sont:
M. Martens, professeur de droit des gens à l'Université de
Saint-Pétersbourg;
M. Rivier, consul général de Suisse à Bruxelles, président de l'Institut
de droit international;