REGRET SANS FIN

_En souvenir des côtes d’Asie-Mineure._

O pays que nos yeux ne doivent plus revoir!

Où nos voix n’ont été qu’un seul jour entendues.

Villes que nous avons atteintes et perdues

En l’espace qui va d’un soir à l’autre soir,

Ports d’où nous repartions à la lune naissante,

N’aviez-vous pas au cœur de vos mille jardins

La retraite où devaient s’accomplir nos destins

Et dont la porte ouverte attestait une attente?

Vous viendrez nous troubler dans nos nuits d’Occident,

Villes roses de l’aube où nous vous avons vues.

Avec les escaliers de vos petites rues,

Vos toits, vos ponts, vos cours où grince un puits strident.

Éternellement verts en leur printemps d’Asie,

Vos jardins de tombeaux fleuris de liserons,

De quel regret sans fin nous les désirerons,

Oasis que déjà nous nous étions choisie!

[Illustration: Le Bosphore.]

_19 juin._--C’est l’entrée étroite du Bosphore, ses rives escarpées,

les demeures impériales, les bois de pins, le ciel chargé de vapeurs

lumineuses comme le ciel d’un tableau de Delacroix; c’est l’assaut des

souvenirs qui nous battent l’esprit; c’est, montant dans les brumes

d’argent, des palais, des mosquées, des tours, des maisons, la plus

belle ville du monde: Constantinople.

[Fleuron]

[Bandeau]

Les roses d'Ispahan: La Perse en automobile à travers la Russie et le Caucase · 第 30 / 35 题