CHAPITRE XXXVIII.

Je soulevais mon pied droit pour descendre, lorsque je me sentis frapper

assez rudement sur l'épaule. Dire que je ne fus point effrayé de cet

accident serait trahir la vérité, et c'est ici l'occasion de faire

observer au lecteur et de lui prouver, sans trop de vanité, combien il

serait difficile, à tout autre qu'à moi, d'exécuter un semblable voyage.

En supposant au nouveau voyageur mille fois plus de moyens et de talens

pour l'observation que je n'en puis avoir, pourrait-il se flatter de

rencontrer des aventures aussi singulières, aussi nombreuses que celles

qui me sont arrivées dans l'espace de quatre heures, et qui tiennent

évidemment à ma destinée? Si quelqu'un en doute, qu'il essaie de deviner

qui m'avait frappé!

Dans le premier moment de mon trouble, ne réfléchissant pas à la

situation dans laquelle je me trouvais, je crus que mon cheval avait rué

ou qu'il m'avait cogné contre un arbre. Dieu sait combien d'idées

funestes se présentèrent à moi pendant le court espace de tems que je

mis à tourner la tête pour regarder dans ma chambre. Je vis alors, comme

il arrive souvent dans les choses qui paraissent le plus

extraordinaires, que la cause de ma surprise était toute naturelle. La

même bouffée de vent qui, dans le commencement de mon voyage, avait

ouvert ma fenêtre et fermé ma porte en passant, et dont une partie

s'était glissée entre les rideaux de mon lit, rentrait alors dans ma

chambre avec fracas. Elle ouvrit brusquement la porte et sortit par la

fenêtre, en poussant le vitrage contre mon épaule; ce qui me causa la

surprise dont je viens de parler.

On se rappellera que c'était à l'invitation que m'avait apportée ce coup

de vent que j'avais quitté mon lit. La secousse que je venais de

recevoir était bien évidemment une invitation d'y rentrer, à laquelle je

me crus obligé de me rendre.

Il est beau sans doute d'être ainsi dans une relation familière avec la

nuit, le ciel et les météores, et de savoir tirer parti de leur

influence. Ah! les relations qu'on est forcé d'avoir avec les hommes

sont bien plus dangereuses! Combien de fois n'ai-je pas été la dupe de

ma confiance en ces messieurs! J'en disais même ici quelque chose dans

une note que j'ai supprimée parce qu'elle s'est trouvée plus longue que

le texte entier, ce qui aurait altéré les justes proportions de mon

voyage, dont le petit volume est le plus grand mérite.

Expédition nocturne autour de ma chambre · 第 46 / 48 题