Je soulevais mon pied droit pour descendre, lorsque je me sentis frapper
assez rudement sur l'épaule. Dire que je ne fus point effrayé de cet
accident serait trahir la vérité, et c'est ici l'occasion de faire
observer au lecteur et de lui prouver, sans trop de vanité, combien il
serait difficile, à tout autre qu'à moi, d'exécuter un semblable voyage.
En supposant au nouveau voyageur mille fois plus de moyens et de talens
pour l'observation que je n'en puis avoir, pourrait-il se flatter de
rencontrer des aventures aussi singulières, aussi nombreuses que celles
qui me sont arrivées dans l'espace de quatre heures, et qui tiennent
évidemment à ma destinée? Si quelqu'un en doute, qu'il essaie de deviner
qui m'avait frappé!
Dans le premier moment de mon trouble, ne réfléchissant pas à la
situation dans laquelle je me trouvais, je crus que mon cheval avait rué
ou qu'il m'avait cogné contre un arbre. Dieu sait combien d'idées
funestes se présentèrent à moi pendant le court espace de tems que je
mis à tourner la tête pour regarder dans ma chambre. Je vis alors, comme
il arrive souvent dans les choses qui paraissent le plus
extraordinaires, que la cause de ma surprise était toute naturelle. La
même bouffée de vent qui, dans le commencement de mon voyage, avait
ouvert ma fenêtre et fermé ma porte en passant, et dont une partie
s'était glissée entre les rideaux de mon lit, rentrait alors dans ma
chambre avec fracas. Elle ouvrit brusquement la porte et sortit par la
fenêtre, en poussant le vitrage contre mon épaule; ce qui me causa la
surprise dont je viens de parler.
On se rappellera que c'était à l'invitation que m'avait apportée ce coup
de vent que j'avais quitté mon lit. La secousse que je venais de
recevoir était bien évidemment une invitation d'y rentrer, à laquelle je
me crus obligé de me rendre.
Il est beau sans doute d'être ainsi dans une relation familière avec la
nuit, le ciel et les météores, et de savoir tirer parti de leur
influence. Ah! les relations qu'on est forcé d'avoir avec les hommes
sont bien plus dangereuses! Combien de fois n'ai-je pas été la dupe de
ma confiance en ces messieurs! J'en disais même ici quelque chose dans
une note que j'ai supprimée parce qu'elle s'est trouvée plus longue que
le texte entier, ce qui aurait altéré les justes proportions de mon
voyage, dont le petit volume est le plus grand mérite.