Je me vois forcé de terminer ici l'explication de ma nouvelle méthode de
faire l'amour, parce que je m'aperçois qu'elle tombe dans le noir. Il ne
sera pas cependant hors de propos d'ajouter encore quelques
éclaircissemens sur cette découverte, qui ne convient pas généralement
à tout le monde ni à tous les âges. Je ne conseillerais à personne de la
mettre en usage à vingt ans. L'inventeur lui-même n'en usait pas à cette
époque de sa vie. Pour en tirer tout le parti possible, il faut avoir
éprouvé tous les chagrins de la vie sans être découragé, et toutes les
jouissances sans en être dégoûté. Point difficile! Elle est surtout
utile à cet âge où la raison nous conseille de renoncer aux habitudes de
la jeunesse, et peut servir d'intermédiaire et de passage insensible
entre le plaisir et la sagesse. Ce passage, comme l'ont observé tous les
moralistes, est très-difficile. Peu d'hommes ont le noble courage de le
franchir galamment, et souvent, après avoir fait le pas, ils s'ennuient
sur l'autre bord, et repassent le fossé en cheveux gris et à leur grande
honte. C'est ce qu'ils éviteront sans peine par ma nouvelle manière de
faire l'amour. En effet, la plupart de nos plaisirs n'étant autre chose
qu'un jeu de l'imagination, il est essentiel de lui présenter une pâture
innocente pour la détourner des objets auxquels nous devons renoncer, à
peu près comme l'on présente des joujoux aux enfans, lorsqu'on leur
refuse des bonbons. De cette manière on a le tems de s'affermir sur le
terrain de la sagesse sans penser y être encore; et l'on y arrive par le
chemin de la folie, ce qui en facilitera singulièrement l'accès à
beaucoup de monde.
Je crois donc ne m'être point trompé dans l'espoir d'être utile qui m'a
fait prendre la plume, et je n'ai plus qu'à me défendre du mouvement
naturel d'amour-propre que je pourrais légitimement ressentir en
dévoilant aux hommes de semblables vérités.