Les étoiles les plus brillantes n'ont jamais été celles que je contemple
avec plus de plaisir; mais les plus petites, celles qui, perdues dans un
éloignement incommensurable, ne paraissent que comme des points
imperceptibles, ont toujours été mes étoiles favorites. La raison en est
toute simple: on concevra facilement qu'en faisant faire à mon
imagination autant de chemin de l'autre côté de leur sphère, que mes
regards en font de celui-ci, pour parvenir jusqu'à elles, je me trouve
porté sans effort à une distance où peu de voyageurs sont parvenus avant
moi, et je m'étonne, en me trouvant là, de n'être encore qu'au
commencement de ce vaste univers: car il serait, je crois, ridicule de
penser qu'il existe une barrière au-delà de laquelle le néant commence;
comme si le néant était plus facile à comprendre que l'existence! Après
la dernière étoile, j'en imagine encore une autre, qui ne saurait non
plus être la dernière. En assignant des limites à la création, tant
soient-elles éloignées, l'univers ne me paraît plus qu'un point lumineux
comparé à l'immensité de l'espace vide qui l'environne, à cet affreux et
sombre néant, au milieu duquel il serait suspendu comme une lampe
solitaire.--Ici je me couvris les yeux avec les deux mains, pour
éloigner toute espèce de distraction, et donner à mes idées la
profondeur qu'un semblable sujet exige; et, faisant un effort de tête
surnaturel, je composai un système du monde, le plus complet qui ait
encore paru. Le voici dans tous ses détails; il est le résultat des
méditations de toute ma vie. "Je crois que l'espace étant...." Mais
ceci mérite un chapitre à part; et, vu l'importance de la matière, il
sera le seul de mon voyage qui portera un titre.