Bête de somme, bête de trait, bête de selle ou bête de luxe, le
Cheval a la vie la plus dure qui soit: il tire, il porte, il court,
il est entravé, il est battu, ses flancs saignent sous les coups
d’éperon; et puis, un jour, il tombe sur un champ de bataille ou meurt
lamentablement au coin d’une rue ou au bord d’un fossé.
Dieu des Chevaux, il faut que pour ceux-là il soit un paradis, un
paradis de gazon vert et tendre dans lequel, loin des mors, des
harnais, des fouets et des cravaches, les Chevaux pourront s’ébattre et
se reposer.
Mais les âmes des Chevaux méchants ne connaîtront jamais le repos ni
le calme. Attachées pour l’éternité au volant d’un moteur, ces âmes
damnées, devenues chevaux-vapeur, tireront des voitures, porteront des
fardeaux, parcourront à toute vitesse les routes de la terre et du ciel
avec les automobilistes et les aviateurs.
Dieu des Chevaux! Votre justice est terrible.
[Illustration]
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