Si les Chats savaient écrire, ils pourraient, parodiant le texte de M.
de Buffon, s’exprimer ainsi en parlant de l’homme:
«La plus noble conquête que le chat ait jamais pu faire est celle
du citadin, de l’homme des villes qui garde pour lui seul les
fatigues du travail pour réserver à son maître le chat les douceurs
du repos. Le citadin protège le chat, pourvoit à son logement, à
sa nourriture; docile autant que doux, il abandonne à son tyran les
meilleurs fauteuils, les plus moelleux coussins, les morceaux les plus
succulents; et, non seulement il fléchit sous la griffe de celui qui
le gouverne, mais il semble consulter ses désirs, et, obéissant aux
impressions qu’il en reçoit, il se précipite, se modère ou s’arrête.»
Car, pour complaire au despote qu’il s’est choisi, l’homme court, se
met à quatre pattes, dévide du fil, joue à cache-cache, rampe sous les
meubles, tient de ridicules discours; ou bien, assis, immobile, il se
tait et évite avec soin de faire le moindre mouvement qui pourrait
troubler le sommeil du Chat qui dort sur ses genoux.
[Illustration]
[Illustration]