DU ROI

À Potsdam, le 5 septembre 1777.

.....Je reviens de la Silésie, dont j'ai été très content: l'agriculture

y fait des progrès très sensibles; les manufactures prospèrent; nous

avons débité à l'étranger pour 5,000,000 de toile, et pour 1,200,000

écus de draps. On a trouvé une mine de cobalt dans les montagnes, qui

fournit à toute Silésie. Nous faisons du vitriol aussi bon que

l'étranger. Un homme fort industrieux y fait de l'indigo tel que celui

des Indes; on change le fer en acier avec avantage, bien plus simplement

que de la façon que Réaumur le propose. Notre population est augmentée,

depuis 1756 (qui était l'année de la guerre), de cent quatre-vingt

mille hommes. Enfin tous les fléaux qui avaient abîmé ce pauvre pays

sont comme s'ils n'avaient jamais été; et je vous avoue que je ressens

une douce satisfaction à voir une province revenir de si loin.

Ces occupations ne m'ont point empêché de barbouiller mes idées sur le

papier; et pour épargner la peine de les transcrire, j'ai fait imprimer

six exemplaires de mes rêveries: je vous en envoie un. Je n'ai eu que le

temps de faire une esquisse; cela devrait être plus étendu; mais c'est à

de vrais savants à y mettre la dernière main. Messieurs les

encyclopédistes ne seront peut-être pas toujours de mon avis: chacun

peut avoir le sien. Toutefois si l'expérience est le plus sûr des

guides, j'ose dire que mes assertions sont uniquement fondées sur ce que

j'ai vu, et sur ce que j'ai réfléchi.

Vivez, patriarche des êtres pensants, et continuez, comme l'astre de la

lumière, à tirer l'univers. _Vale_. FÉDÉRIC.

Correspondance de Voltaire avec le roi de Prusse · 第 118 / 125 题